Sanctuaire de Verdelais
Homélies
Pentecôte – Année B 27 mai 2012
D'un seul cœur, les apôtres participaient fidèlement à la prière, avec quelques femmes dont Marie, mère de Jésus, et avec ses frères, relatent les Actes des Apôtres (1, 14). Et voici que cinquante jours après Pâques la maison où ils se tiennent est investie par un bruit semblable à un violent coup de vent et comme des langues de feu, viennent se poser sur eux. Tout bascule en cet instant.
Nous avons du mal à imaginer cette scène. Nous sommes plutôt habitués à des manifestations plus discrètes de la part de Dieu ! Par exemple, après le déchaînement des éléments, la Parole de Dieu s’adresse à Elie dans le murmure d’une brise légère (Cf. 1 R 19, 12), ou encore lorsque Dieu s’adresse au jeune Samuel au cœur de la nuit (1 S 3, 10).
C’est que l’événement de la Pentecôte est d’importance. Il transforme les apôtres.
Avant qu’il ne retourne auprès de son Père, Jésus ressuscité, leur avait demandé de rester à Jérusalem dans l’attente de l’Esprit Saint : Vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit, qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre, leur avait-il dit. (Ac 1, 8). C’est maintenant, et ce grand bruit ameute la foule qui est témoin de ce grand bouleversement dans la vie de ces gens simples que sont les apôtres : Ces hommes qui parlent ne sont-ils pas tous des Galiléens ? Comment se fait-il que nous les comprenions dans notre langue ? Les apôtres sont devenus polyglottes, ou plutôt, c’est l’Esprit Saint qui l’est par leur bouche.
Mais l’Esprit Saint révèle pour chacun de ceux qui a été investi par lui, des charismes particuliers : chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit. Cela se vérifiera par la suite, Pierre n’a pas la même mission que Jean ou que Paul ou encore que Jacques. Chacun transmet le même message, mais avec la richesse de sa personnalité et des inspirations que lui donne l’Esprit Saint.
Il en est toujours ainsi dans l’Eglise, les charismes et les missions sont différents. Ils ne sont pas les mêmes pour un évêque, ou un moine, pour un père ou une mère de famille chrétienne ou un célibataire. Mais en même temps, l’Esprit Saint fait l’unité de l’Eglise réunie par le Christ.
Et cependant, nous le voyons bien, il y a des dissensions dans l’Eglise, mais ce n’est pas la faute de l’Esprit ! Dans le passage de la lettre aux Galates que nous avons entendu, saint Paul le dit bien : Puisque l’Esprit nous fait vivre, laissons-nous conduire par l’Esprit. C’est l’unique condition pour être dans la vérité avec nous-mêmes, entre nous, mais en premier lieu avec Dieu, accueillir cet Esprit d’amour qui transforme notre façon d’être dans tous les domaines de notre vie.
Comme le dit Jésus, c’est l’Esprit de vérité qui nous guide vers la vérité toute entière. Vérité qu’il est lui-même.
Ce feu de l’Esprit, ce feu d’amour, il est au fond du cœur de tous les baptisés, et à plus forte raison de tous les confirmés. Quand est-il de ce feu en nous-mêmes ? Est-il enfoui sous un tas de cendres que l’on pourrait appeler par exemple, esprit de consommation, esprit du monde, ou bien peur de témoigner de sa foi ? Ou bien est-il de plus en plus brûlant, désireux de mettre le feu à notre vie de chrétiens et auprès de ceux qui nous entourent ? Cet Esprit nous pousse-t-il à prendre des risques par amour pour les autres et pour le Seigneur ? Nous sentons-nous touchés par les personnes et les événements ? Avons-nous le désir de partager la joie de notre foi ?
Dimanche dernier, quelque 115 adultes ont reçu le sacrement de confirmation à la cathédrale Saint-André de Bordeaux. Hier, un grand nombre de jeunes l’ont reçu à leur tour à la cathédrale. Demain, ici, à Verdelais, il y aura une rencontre diocésaine de la vie consacrée, nous attendons plusieurs centaines de personnes. Il y aura aussi 17 jeunes et adultes qui recevront le sacrement de confirmation. Nous rendons grâce à Dieu pour le dynamisme de l’Eglise qui est en Gironde. Comment ces événements nous touchent, et si nous n’avons pas été confirmés, pensons-nous recevoir ce sacrement qui fait de nous, comme les apôtres, des témoins de la Bonne Nouvelle.
J.E. Gatuingt sm
7e dimanche de Pâques B - 2012
« Dieu est Amour : celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui ».
Le collectif culturel qui a établi pour notre secteur le programme de « la nuit européenne des Musées », a d’office inscrit la basilique de Verdelais à son programme. Pourtant, comme dit la fiche Croire qu’on trouve près de la Procure : « Comment visiter une église ? » rappelle que « Les églises ne sont pas des musées… » - Le « noctambule de mai » a bien sûr été accueilli hier soir dans cette basilique. Il a pu voir de vieux murs, des statues datant de divers siècles, un retable baroque avec des marbres du Minervois, des vitraux historiés du 19e s, une verrière de la manufacture de Sèvres… Il a pu s’émouvoir devant une série de tableaux sur la vie de la Vierge en train de s’écailler, s’attrister devant la grisaille des murs et protester contre les infiltrations d’eau à travers les voûtes par temps de pluie… Il aura pris des photos intelligentes, prouvant sa culture artistique, tout en rêvant à ce que pourrait être cette basilique rénovée. Etc. etc. La France des musées est riche de tout un patrimoine religieux qui provient des Eglises chrétiennes.
Avec des lunettes culturelles, on acquiert certes une certaine vision des choses, « magique » peut-être, si le filtre est de qualité, mais limitée quand même. Le regard de la foi voit plus loin et plus profond. Pour parler de l’épreuve douloureuse de sa passion et de la joie immense qui s’ensuivrait, Jésus emploie devant ses disciples la comparaison de la femme qui accouche. C’était l’Evangile de vendredi dernier. Dans le parcours spirituel de l’année liturgique, l’Eglise qui célèbre le Christ et qui vit de lui, avec lui, par lui, pour lui, en lui… est comme ramenée dans le sein de maternel du Cénacle dans la dernière étape du temps pascal, pour en être expulsée par l’Esprit Saint au jour de la Pentecôte et propulsée sur les chemins de la mission jusqu’aux extrémités de la terre. Avant la Pentecôte, ce 7e dimanche de Pâques est vraiment celui du sein maternel, le dimanche de Nicodème, en quelque sorte. Exerçons-nous donc en ce temps à relire avec un regard de foi cette basilique dans laquelle nous nous retrouvons régulièrement en communauté d’Eglise, Corps mystique du Christ, car notre basilique nous dit merveilleusement le mystère et la vocation de l’Eglise vivante des baptisés.
Le narthex et la double porte sont là pour nous faire entrer et sortir, car la basilique est un lieu de passage où on ne reste pas. On entre au supermarché pour ses emplettes mais on n’y reste pas ; on va à l’école pour apprendre mais on n’y reste pas ; on va au cinéma pour rêver mais on n’y reste pas ; on va au restaurant pour bien manger mais on n’y reste pas… Et pourquoi vient-on dans la basilique ? Quelle invitation nous y a amenés ? Qu’est-ce qu’on y cherche ? Qu’est-ce qu’on y trouve ? A quelle condition en sort-on plus heureux ?
Prenons du temps pour une exploration préter-culturelle de notre chère basilique de Verdelais. Quand je franchis la porte de bois, je me trouve tout de suite devant moi une allée entre deux rangées de bancs, qui s’étale comme un tapis rouge pour m’indiquer où il importe d’aller, où est le pôle de ce bâtiment. Au bout, là-bas, brûle et vacille une flamme, signe de la présence du Maître du lieu, signe de vie et point lumineux à partir duquel mes yeux, s’habituant peu à peu à la pénombre de la nef, découvrent mille signes merveilleux – de beauté et de mystère que les siècles ont déposés là comme les couches géologiques d’une histoire vécue par des femmes et des hommes d’alentour depuis des millénaires. Au bout de l’allée, à l’horizon, se dresse un monumental retable, comme un livre ouvert proclamant la foi chrétienne. Cat telle est la vocation d’un retable baroque.
Tout en haut, tandis que nos yeux devinent un plafond bleu piqué d’étoiles, notre regard de foi rejoint celui d’Abraham accueillant la promesse divine d’une descendance nombreuse comme les étoiles du ciel – et nous sommes de la descendance de notre père dans la foi. Contre la voûte, une croix et en dessous, l’image du Père éternel tenant le monde dans sa main et portant dans son cœur le dessein de sauver l’humanité par le sacrifice de son Fils. En-dessous du tableau de l’Assomption de Marie médiatrice, le retable célèbre l’heure où le dessein du Père commence à se réaliser : l’Annonciation, le message de l’ange et le oui de Marie. Et vient Noël, cette nuit qui éclaire le monde parce que la Vierge est devenue mère et présente au monde son fils. Elle trône au centre du retable parce qu’elle est à la charnière de l’histoire de l’humanité basculant d’avant vers après Jésus-Christ. - Ce que Marie de Nazareth et de Bethléem a fait dans son vie singulière, l’Eglise continue à le faire par les sacrements – par l’Eucharistie surtout - : donner le Christ au monde ; faire des hommes des enfants de Dieu. D’où l’autel et le tabernacle au centre du chœur, dans l’axe du Père et de Marie, Mère de son Fils fait homme. Le projet de Dieu sur l’humanité et son désir d’alliance sont racontés, commentés, médités… dans la liturgie de la Parole : d’où l’ambon, et son micro relayant la chaire d’autrefois, au milieu de la nef. Nous entrons donc dans une église pour dialoguer avec Dieu : lui nous parle le premier, d’abord par l’art de la basilique, puis par les ministres de la parole. Et nous lui répondons, par des chants mais surtout par notre profession de foi et en nous ouvrant au don qu’il nous fait de la révélation, de la vie, du pardon et de la paix, de son envoi…. Prends pitié ! gloire à toi ! Nous te prions ! Merci !
Que disent les nefs latérales que le XIXe s. a ajoutées de part et d’autre de la nef du moyen-âge ? Celle du sud célèbre la miséricorde de Dieu envers nous, de la chapelle du Sacré Cœur à la chapelle des confessions, avec, dans son vitrail, le Christ révélant l’amour de son cœur à Marguerite Marie, en passant par le baptistère où il est donné au premier homme en nous, l’Adam pécheur, de renaître enfant de Dieu, de l’eau et de l’Esprit, pour la vie éternelle. Et n’oublions pas les représentants de l’Eglise du ciel qui nous accueillent dans cette nef, modèles et aînés qui nous entraînent : Antoine de Padoue, Exupérence, Thérèse de Lisieux… La nef nord nous parle davantage des bien-aimés de Dieu qui ont accueilli son fils sur terre, les humbles, les anawim : c’est la sainte famille avec les trois générations, les trois âges de la vie : Anne et Joachim, les grands-parents, Joseph, le père, et puis Marie et Jésus enfants. Dans la peinture de la voûte, un verset du livre de Job, repris par le Magnificat de Marie : « le Seigneur élève les humbles ! » De ce côté de l’église, on épanche son cœur, on dépose des fleurs, on allume un cierge… Peu à peu la basilique se révèle comme la maison de famille des chrétiens. Sont présents les fidèles du jour mais aussi, entourant Marie et se tenant avec elle devant le Seigneur, les saints, dont nombre d’images font vivre et chanter les murs, tandis qu’ils nous redisent : vous aussi, vous êtes appelés à devenir des saints, chacun selon sa vocation !
Pourquoi une basilique mariale ? pourquoi un clocher si haut ? – pour affirmer haut et fort la place que Dieu a donnée à la Vierge Marie dans la vie et la mission de son Fils, le Sauveur.
L’église n’est pas faite pour être visitée vide mais pour que s’y tienne une assemblée sainte. Ils étaient 500 disent les Actes, quand Pierre s’est levé pour présider à l’élection d’un nouveau ministre de l’Evangile, en remplacement de Judas…
Dans les églises, demeures de Dieu au milieu de la cité des hommes, nous nous exerçons à cette merveilleuse inhabitation réciproque dont parle St Jean : Dieu établit sa demeure en nous pour nous donner envie de demeurer en lui, sur terre et dans le ciel…
La maison du Père est une maison de prière : nous venons d’entendre, dans l’Evangile, la prière de Jésus pour son Eglise vivante. Et nous allons dans quelques instants, prier nous aussi le Père, dans la prière eucharistique, par la voix du prêtre célébrant.
Vive la nuit des musées et la nuit des cathédrales, si elles nous incitent à porter un regard neuf sur notre église pour l’habiter autrement, et prendre nos repères à l’aide de cette boussole qui nous tourne vers l’Orient, vers le Soleil qui se lève sur ceux qui gisaient dans l’ombre et qui vient nous visiter. « Jésus-Christ, ton Eglise t’acclame ! » Amen !
Robert Witwicki sm
Fête de l'Ascension 2012 (notes )
Quelle fête étonnante que l'Ascension…
la seule que nous célébrons toujours un jeudi …
Comment peut-on fêter un départ ?
Souvent notre expérience dans notre vie quotidienne, et peut-être la notre à cette époque de l'année aux fréquents départs en retraite ou aux annonces de mutations
Notre célébration n'a de sens que si derrière le regret de la séparation se profile la possibilité de retrouvailles et d'un enrichissement ultérieur
Le départ que nous célébrons aujourd'hui a été le fruit d'une décision unilatérale, les disciples ont été mis devant le fait accompli : au moment où ils désiraient le plus s'installer dans cette réalité nouvelle de la rencontre avec le ressuscité, vécue depuis Pâques,
alors qu'ils lui demandaient, encouragés par cette expérience :
"Seigneur, est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté en Israël ?"
c'est alors qu'il leur annonce, sans prévenir : "je m'en vais"
et ses paroles sont suivies d'un effet immédiat.
C'est terminé, ne perdez pas votre temps à regarder vers le ciel leur dit l'ange
Et c'est dans cette situation dans laquelle nous sommes jusqu'à aujourd'hui
Nous aussi nous pouvons être tentés, alors que les chrétiens se font plus rares et discrets que jamais de demander à Jésus :
"Seigneur, est-ce maintenant que tu vas rétablir ton royaume, en France, en Europe, dans le monde"
et nous pouvons pour cela recevoir comme eux la réponse de l'ange :
"il ne vous appartient pas de connaître les délais et les dates que le Père a fixés dans sa liberté souveraine"
Notre réalité aujourd'hui est de vivre après le départ de notre maître Jésus
dans le temps de la discrétion, on pourrait dire de sa quasi absence
et je ne suis pas sûr que nous y soyons plus habitués ou préparés que les disciples
La preuve en est qu'aujourd'hui encore beaucoup nous disent :
"où est-il ton Dieu ?", je ne le vois pas, je n'y crois pas, c'est ton invention ou celle de tes pères, on t'a bourré le crâne de ces idées absurdes…
et Dieu reste silencieux et invisible…
Un premier enseignement de l'Ascension est que nous devons accepter que telle est bien la condition du chrétien jusqu'au retour du Christ (dont les délais ne nous appartiennent pas puisqu'ils n'appartiennent pas même au Christ lui-même)
Etre chrétien se décide et se vit dans ce contexte
N'en soyons donc pas surpris ou déçus ou découragés
Ne soyons pas surpris que certains (ou peut-être même beaucoup) décident de ne pas suivre Dieu parce qu'ils disent de rien voir : ce n'est pas facile de suivre un tel Dieu !
la vie chrétienne consiste à répondre et à offrir sa vie à un Dieu qui a voulu se faire humble et discret, presque caché…
et il n'a d'ailleurs été présent que quelques années sur notre terre, a vécu dans un village inconnu d'un pays presque ignoré de l'histoire des civilisations et il n'a parlé que trois ans … il n'a même fait que parler, il n'a même pas écrit… d'autres ont dû le faire pour lui…
Mais bien-sûr, ce n'est qu'un premier aspect de notre réalité et de notre célébration aujourd'hui :
Jésus dit aussi à ses disciples, selon le livre des Actes :
"vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit, qui viendra sur vous,
alors vous serez mes témoins jusqu'aux extrémités de la terre…"
Au fond si Jésus s'efface, c'est aussi pour nous laisser notre pleine responsabilité
Il nous quitte mais c'est désormais à nous d'assurer da continuation de sa mission terrestre :
et il invite les disciples à y travailler en proclamant la Bonne nlle mais aussi en agissant dans le monde
Jésus en s'éloignant révèle la grandeur notre vocation de chrétiens qui est de manifester sa présence et son action dans le monde par nos paroles et par nos actes
Dieu s'est fait discret, presque invisible, mais nous ne le sommes pas
et il nous appartient de rendre visible, audible, compréhensible la présence et l'action de Dieu dans notre monde
On raconte qu'un homme n'attachait pas son chameau, car il faisait confiance à Dieu. Le chameau s'enfuit et l'homme blâma Dieu. Il lui fut répondu "Dieu n'a d'autres mains que les tiennes".
Comme quelqu'un l'a écrit aussi :
Dieu n'a plus d'autres mains que les nôtres pour agir
ni d'autre voix que la notre pour être annoncé
Ceci vaut dans le monde, mais aussi dans l'Eglise
et le livre des Actes nous raconte comment la communauté s'est organisée peu à peu pour répondre à ses nécessités internes et à son devoir d'évangélisation
Paul, dans l'extrait de la lettre aux Ephésiens que nous venons d'entendre rappelle aussi comment la communauté doit se construire avec l'aide de tous, "le peuple saint est organisé pour que les tâches du ministère soient accomplies et que se construise le corps du Christ" et il ajoute, "dans l'harmonie et la cohésion, tout le corps poursuit sa croissance, grâce aux connexions internes qui le maintiennent, selon l'activité qui est à la mesure de chaque membre", uni par la charité.
Dieu s'est effacé, mais pour mettre en valeur notre pleine responsabilité de le rendre visible et actif dans le monde
Mais tout ceci ne se fait pas sans son aide : il est discret mais pas absent
et le don de l'Esprit Saint est le moteur de sa présence
On a décrit, dans une époque récente, l'Esprit Saint comme le grand oublié : il a certainement repris une certaine place dans notre vie de chrétiens, mais est-ce suffisant ? Avons-nous pris la pleine mesure de son action, de l'importance de son rôle dans la vie chrétienne
notre réponse risque sans doute d'être oui et non
et c'est pourquoi il est important de vivre réellement ce temps qui nous sépare maintenant de la Pentecôte en demandant que vienne sur nous à nouveau et plus profondément que jamais le don de l'Esprit Saint
Reprenons cette tradition très ancienne qui a fait de l'intervalle entre l'Ascension et la Pentecôte un temps d'intercession et de prière pour demander l'Esprit Saint sur nous, nos familles, nos communautés, sur toute l'Eglise, sur tous les chrétiens, sur le monde entier
Depuis toujours l'Eglise s'est identifiée pour cela avec la communauté réunie à Jérusalem au Cénacle, avec Marie, pour demander ce don.
Un temps de prière fervente et intense
L'Esprit a fait des apôtres apeurés des témoins ardents et courageux,
il a ouvert leur esprit à la connaissance du Christ
il leur a donné les mots et les idées pour annoncer l'évangile
Jésus est monté au ciel, mais par l'Esprit il a fait descendre le ciel sur la terre
il a rendu visible et manifeste sa présence au milieu de nous
Nous aussi, unissons-nous à cette prière
prenons le temps ces jours-ci pour entrer au Cénacle, pour demander l'Esprit Saint
qu'il nous renouvelle personnellement et collectivement
qu'il donne un nouvel élan à chacun d'entre nous, à nos communautés et à toute l'Eglise pour que l'œuvre du Christ soit poursuivie partout avec la même ardeur
Que Marie qui a soutenu et encouragé la prière des disciples le fasse encore pour nous aujourd'hui, elle qui avait été la première revêtue du don de l'Esprit Saint, qu'elle nous ouvre à ce don aujourd'hui encore !
Jésus quitte ses disciples, se fait discret, mais il agit au milieu de nous, par nous.
Que l'Esprit Saint fasse, donc avec l'aide de Marie, une communauté vivante et ardente de missionnaires pour le monde d'aujourd'hui.
Que Jésus notre Maître continue à être visible et présent au milieu de nous sur nos visages et par notre vie.
P. André Fétis, sm, Assistant général
Cinquième dimanche de Pâques – Année B - 6 mai 2012
Il est redoutable de commenter cet évangile alors que nous sommes dans un pays de vignes et qu’il y a parmi vous des viticulteurs ! Rassurez-vous, je ne vais pas m’engager dans ce domaine, j’en serais d’ailleurs bien incapable !
Si Jésus nous parle de la vigne, c’est précisément parce que cette image parle à son auditoire, comme il parle à certains d’entre vous.
Je suis la vigne, dit Jésus, et vous les sarments. Cette allégorie concerne l’Eglise. Jésus à lui tout seul, ne constitue pas l’Eglise, mais les membres de cette Eglise, que nous sommes, ne la constituent pas pour autant, s’ils ne sont pas rattachés, pourrait-on dire, organiquement à Jésus.
Demeurez en moi, comme moi en vous. C’est à une grande intimité que Jésus nous invite. Il nous propose en fait de participer à l’intimité qu’il partage avec son Père entre lesquels circule un flux d’amour qui est l’Esprit Saint. Cette vie divine, source de toute création, il veut nous la donner et nous en faire bénéficiaires dès notre vie terrestre. Le principe vital de cette vie, c’est l’amour. C’est lui qui est à l’origine de notre existence, c’est lui qui nous est proposé d’accueillir, c’est lui qui nous fera porter beaucoup de fruits à condition que nous restions greffés à la vigne qu’est le Christ.
Il est la vigne, nous sommes les sarments. Ne croyons surtout pas que nous devenons indifférenciés en faisant partie de la vigne. Chaque sarment de vigne, a sa vie propre tout en faisant partie de la vigne. Chaque chrétien garde sa personnalité, tout en faisant partie de l’Eglise, Corps du Christ. Mais chacun de nous a besoin d’être émondé avec amour par le Seigneur. Parfois, cela fait mal, mais c’est pour un bien, une plus grande fidélité au projet que Dieu à sur chacun d’entre nous, pour une meilleure rentabilité : tout sarment qui donne du fruit, mon Père, le nettoie, pour qu’il en donne davantage.
Etre rattaché à la vigne qui est le Christ est assurément un bien que nous désirons. Mais le Seigneur souhaite qu’il y ait une cohésion entre nous. Même si, comme je viens de le dire, chacun est unique, il n’empêche que nous sommes invités à vivre en communion avec le Christ, mais aussi entre nous.
Or, voici le commandement du Père, nous dit saint Jean, dans la deuxième lecture, avoir foi en son Fils Jésus Christ, et nous aimer les uns les autres comme il nous l’a commandé. Là bien souvent commencent les difficultés dans l’Eglise ! Comment accepter les différentes mentalités, les différentes sensibilités, les différents points de vue, en un mot, la diversité ? Est-ce que ce qui nous unit est plus fort que ce qui peut nous séparer ? Nous rejoignons l’évangile. Celui qui nous unit, c’est le Christ, notre foi en lui. Reconnaissons-nous dans chaque chrétien, chaque chrétienne, un frère, une sœur en Christ ? Et même au-delà de l’Eglise du Christ, nous sommes invités à considérer tout homme, toute femme, comme notre frère, notre sœur, car, qu’il le sache ou non, qu’il l’accepte ou le refuse, son existence a été voulue par Dieu, qui l’a fait à son image et ressemblance. Nous autres chrétiens, devrions être toujours des gens de dialogue, de paix, mus par l’amour qui nous vient de Dieu. Mais reconnaissons que ce n’est pas facile !
L’Eglise était en paix dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie, conclue le texte du passage des Actes des Apôtres que nous avons entendu. Mais ce qui précède, c’est la défiance des chrétiens de Jérusalem à l’égard de Paul, cet ancien persécuteur devenu un héraut de la foi. Ils avaient bien quelques raisons de se méfier, et il a fallu l’introduction de Barnabé et toute l’autorité des apôtres pour les convaincre. Accueillir l’autre comme un frère, c’est aussi faire preuve de prudence et de discernement, et le discernement se fait en Eglise.
Prudence aussi vis-à-vis de ces Juifs qui n’acceptent pas de reconnaître en Jésus le Messie annoncé et qui maintenant en veulent à la vie de celui qui était des leurs par son zèle contre les chrétiens et qui est devenu un fervent missionnaire de l’évangile. Paul, comme les autres apôtres, paiera de sa vie son engagement pour le Christ. Aujourd’hui encore, des chrétiens meurent à cause de la fidélité à leur foi, mais pour autant, il faut faire preuve à la fois de détermination et de prudence.
Dans la crainte du Seigneur, l’Eglise se multipliait avec l’assistance de l’Esprit Saint. L’Esprit de Dieu est toujours à la disposition de l’Eglise, aujourd’hui, comme hier. Peut-être comptons-nous parfois trop sur nos propres forces humaines, et nous risquons de nous décourager. Certes, nous devons utiliser nos compétences, notre travail, pour faire avancer le Royaume de Dieu, mais c’est d’abord l’œuvre du Seigneur et il compte bien que nous fassions appel à son Esprit.
Unis au Christ, comme les sarments à la vigne, que son esprit nous fasse porter beaucoup de fruits de paix, d’amour et de foi dans notre monde.
Jean-Edouard Gatuingt
2ème dimanche de Pâques - de la Miséricorde – 15 avril 2012
Mgr Laurent Dognin, évêque auxiliaire de Bordeaux.
Pèlerinage organisé par les sœurs de Marie Joseph et de la Miséricorde
(transcription de l’homélie enregistrée)
Frères et sœurs,
Il est assez rare d’avoir un passage d’Evangile qui soit aussi daté, en-dehors des récits de la Passion. Il est très situé chronologiquement. En deux parties : d’abord le soir de la Résurrection, le dimanche qui a suivi la mort de Jésus, et puis huit jours après. Il y a eu une semaine, au cours de laquelle les Apôtres, les disciples, les femmes, tous ceux qui ont connu Jésus, vont être mis à l’épreuve de la foi.
Tous vont découvrir que le tombeau est vide, que les linges ont été posés, qu’ils ne sont plus sur le corps de Jésus – c’est un signe très important – et en même temps certains ont vu Jésus et d’autres pas, et ceux-ci ont beaucoup de mal à croire dans le témoignage de ceux qui ont vu Jésus. C’est le cas de Thomas, qui n’arrive pas à croire au témoignage des Apôtres, ses compagnons, qui ont vu Jésus ressuscité. L’épreuve de la foi va se résoudre finalement par les apparitions de Jésus : c’est uniquement en voyant Jésus vivant que les Apôtres et tous les disciples vont croire que Jésus est vraiment ressuscité. Que le corps de Jésus n’a pas été volé, ou qu’il a été mis ailleurs, comme ils pouvaient le croire au début. La foi en Jésus ressuscité repose donc d’abord dans la vision du Christ lui-même, qui n’apparaît pas du tout comme un cadavre réanimé, mais vraiment comme un corps de ressuscité, transfiguré. Corps transfiguré donc mais, en même temps, on nous précise qu’il y avait des traces de ses plaies dans ses pieds, dans ses mains. Il montre ses mains et son côté à Thomas, comme il les avait montrés aux disciples huit jours avant. En montrant ainsi ses mains, ses pieds et son côté, Jésus se fait reconnaître par les traces de sa Passion, par les traces du don de sa vie pour tous les hommes, les traces de cet amour total que le Seigneur a manifesté en acceptant d’aller jusqu’à la mort et la mort sur la croix. C’est le don de sa vie qui apparaît et c’est sur ce signe que les Apôtres vont le reconnaître, par les traces de l’amour extraordinaire que Jésus a manifesté en allant jusqu’à la croix. Le fait que Jésus se présente avec ses plaies montre que sa Passion n’est pas terminée ; le Christ, même ressuscité, continue à partager avec les hommes leurs difficultés, leurs épreuves de santé, les épreuves familiales, les problèmes de nos pays, les guerres… Ce plaies restent visibles, ouvertes, jusqu’à son retour glorieux.
Le reproche que Jésus fait à Thomas est de ne pas croire le témoignage des Apôtres qui ont vu Jésus. Dans l’Evangile de Saint Marc tous les récits de la résurrection sont complètement dans le doute. Personne n’arrive à croire personne. Les femmes avaient tellement peur qu’elles n’ont rien dit à personne. Toujours dans St Marc, Jésus s’adresse à tous les apôtres et pas seulement à Thomas comme dans St Jean : « il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur cœur, parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu ressuscité [1]». Il leur reproche de ne pas croire les témoins. « Heureux ceux qui croient sans avoir vu » sous-entendu Jésus, mais qui ont entendu cependant entendu le témoignage de ceux qui l’ont vu. Il n’y a pas de foi en Jésus ressuscité sans témoignage et il n’y a pas de témoignage sans témoins.
Ce pèlerinage d’aujourd’hui fait mémoire aussi de Marie-Thérèse de Lamourous, qui, avec l’aide du P. Guillaume-Joseph Chaminade, s’est engagée dans un acte de miséricorde, résolument, d’abord auprès des prêtres réfractaires, durant la Révolution, et ensuite auprès des femmes qui s’étaient prostituées, probablement à cause de la misère qui régnait alors. On voit bien que la manière dont elle s’est engagée n’est pas purement humaine. C’est vraiment le Seigneur qui l’a poussée, appelée. Livrée à ses seules forces humaines, elle n’aurait jamais fait tout cela. Elle a ainsi manifesté par sa vie la miséricorde du Christ vis-à-vis de ces personnes. Pour nous, il est important de fonder notre foi sur les témoins qui nous ont précédés, sur les saints, qui nous montrent comment le Seigneur continue, aujourd’hui, à manifester sa miséricorde à l’égard de tous les hommes. On entend parfois des personnes autour de nous – et peut-être nous le pensons nous-mêmes dans notre cœur, dans des moments de grande souffrance – « Le Seigneur m’a abandonné ! Si Dieu existait, il n’y aurait pas toute cette misère, toutes ces guerres ! » Quand on a cette attitude, on ne voit pas tout ce que Dieu fait par ces personnes, par ces témoins, qui, dans la foi, croient en Jésus ressuscité et qui, par cette foi s’engagent à l’égard des autres. Dans leur engagement, comme c’est le cas de Marie-Thérèse de Lamourous, le Christ lui-même continue de manifester sa miséricorde à tous les hommes.
Je voudrais aussi parler de la première partie de l’Evangile, où l’on voit Jésus donner à ses Apôtres le pouvoir de pardonner les péchés : voilà encore un acte de miséricorde extraordinaire. « Il répandit sur eux son souffle et leur dit : Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis… ». Il faut se rappeler que pardonner les péchés, ce n’est pas un acte humain. Dieu seul peut pardonner les péchés. Souvenons nous : avant de guérir le paralytique, Jésus lui dit : « confiance mon fils, tes péchés sont pardonnés ![2] » La réaction des gens a été de dire : il blasphème ! Qui peut pardonner les péchés si non Dieu seul [3]? Le pouvoir extraordinaire, la puissance de vie, que Jésus donne à ses Apôtres, c’est vraiment de les mettre à la place de Dieu, de leur demander de faire ce que lui-même, au nom de Dieu, peut faire vis-à-vis des hommes. Cela nous aide à mieux comprendre le sacrement de la réconciliation. Il y a des gens qui disent : moi, je ne vais pas voir un prêtre ; je n’ai pas besoin de passer par un intermédiaire, je demande pardon directement à Dieu. Dans certains évangiles on découvre que le prêtre, les Apôtres, ne sont pas des intermédiaires, ils sont le Christ d’une certaine manière ! Par l’Esprit Saint qu’ils reçoivent, ils manifestent la présence du Christ au milieu de nous. C’est le Christ qui nous pardonne à travers eux. Dans la prière du pardon, le prêtre dit : « et moi, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, je te pardonne tous tes péchés! » Il parle ‘in persona Christi’. C’est lui, le Christ, qui est là, devant nous. Ce n’est pas le prêtre en tant qu’homme. C’est une grâce extraordinaire que le Seigneur fait en permettant à ses apôtres, en permettant aujourd’hui aux évêques, aux prêtres, de pouvoir donner le pardon en son Nom. De faire que l’on puisse entendre nous-mêmes que l’on est pardonnés.
J’ajouterai que lorsque nous disons que nous pouvons demander le pardon tout seul, directement, c’est une manière de dire que le péché est uniquement une affaire entre moi et Dieu. Ce n’est pas vrai : lorsque je fais le mal, lorsque je manque d’amour vis-à-vis des autres, cela a un retentissement sur les autres. C’est un contre-témoignage. Les gens peuvent dire : voyez, lui, il est chrétien, mais il fait du mal comme tout le monde ! Le mal que je peux faire, le manque d’amour que je peux avoir, il n’est pas seulement vis-à-vis de Dieu, il est aussi vis-à-vis des autres. On ne peut pas séparer l’amour de Dieu de l’amour du prochain. En recevant l’amour, la grâce de Dieu, la miséricorde de Dieu qui se manifeste en Jésus-Christ par le prêtre, nous sommes pardonnés de nos péchés ; ce n’est pas seulement Dieu qui nous pardonne, c’est aussi la communauté qui nous pardonne. Nous sommes réconciliés avec la communauté, par l’intermédiaire du prêtre, qui est le pasteur. Voyez donc cette dimension extraordinaire que le Seigneur donne à travers ce passage d’évangile.
Je voudrais dire encore, par rapport à cette mission que le Seigneur donne à ses apôtres, qu’elle est vraiment étonnante, parce que le Seigneur dit : « tous ceux à qui vous remettrez leurs péchés ils leur seront remis ; tous ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus » ! N’est-ce pas vraiment étonnant ! On peut donc aussi retenir le pardon, ne pas le donner, un peu comme si le pouvoir donné aux apôtres était une porte, que l’on ouvre ou que l’on garde fermée. Voyez les représentations de Saint Pierre avec les clefs : le pouvoir des clefs est le pouvoir d’ouvrir la porte, de permettre aux gens d’entrer dans la vie nouvelle, dans laquelle on est pardonné et où on reçoit le don de l’Esprit. Quand on lit tous les discours des Apôtres dans les Actes des Apôtres, on voit le processus qui nous permet d’entrer par cette porte, cette porte étroite, comme dit Jésus. Le processus, c’est d’abord la première annonce de la Résurrection : ce Jésus que vous avez mis à mort, Dieu l’a ressuscité ; nous en sommes les témoins. Vous êtes appelés à mettre en lui votre foi. C’est la foi qui précède ; croire en Jésus ressuscité, croire en l’amour du Christ, croire que Jésus continue à nous aimer aujourd’hui, chacun, personnellement. C’est cela qui nous ouvre ensuite au baptême, qui est le pardon des péchés, et ensuite à l’Esprit-Saint qui nous ouvre à une vie nouvelle. Voilà tout le processus qui va permettre aux apôtres, par le baptême, par le pardon des péchés, d’ouvrir la porte à toute l’humanité, pour que toute l’humanité soit sauvée et reçoive le don de l’Esprit. Cette porte, ils peuvent aussi la maintenir fermée. Cela m’est déjà arrivé, personnellement, en donnant le sacrement du pardon, de dire : je ne peux pas vous donner le pardon maintenant. Ce n’est pas encore mûr ; ça viendra. On peut prier ensemble, mais je ne peux pas vous donner le pardon dans la situation que vous êtes en train de vivre. Ce n’est pas encore mûr. On retient le pardon pour faire progresser la personne dans sa démarche. C’est de la pédagogie. C’est pour nous aider à accueillir l’amour de Dieu, non pas comme quelque chose d’automatique – je reçois le pardon… et je continue comme avant ! - mais pour nous ouvrir à une vie nouvelle. Il y a une exigence pour entrer dans cette vie nouvelle, qu’il faut accepter.
Puisque le chemin qui nous mène à cette vie nouvelle et à ce pardon des péchés, à cette miséricorde divine, c’est la foi en Jésus ressuscité, nous pouvons recevoir, durant tout ce temps pascal, cet appel à renouveler notre foi très profondément. Le pape Benoît XVI a annoncé qu’il y aurait une Année de la foi, à partir du 11 octobre 2012, date anniversaire de l’ouverture du concile Vatican II. Il dit que c’est en renforçant notre foi, notre attachement à Jésus ressuscité, que nous ferons grandir en nous la joie et l’enthousiasme de notre foi chrétienne, et c’est cela qui nous permettra, ensuite, de pouvoir l’annoncer aux autres, d’être des témoins pour les autres, de pouvoir leur permettre de rencontrer le Christ par notre foi. Il est donc essentiel de renforcer notre foi. Et les outils qu’il nous donne sont simples : l’Eucharistie, le pardon de nos péchés et la méditation des Ecritures. En plongeant notre intelligence dans les Ecritures, en la nourrissant, nous renforçons notre amitié avec le Christ ; et aussi dans la prière. Nous pouvons donc demander au Seigneur, en ce dimanche de la Miséricorde, qu’il nous donne cette grâce de renforcer, de développer, de renouveler notre attachement à Jésus, de faire qu’il soit vraiment notre ami, quelqu’un qui est au centre de toute notre existence. Amen.
Jour de Pâques 2012 année B
Tandis que chaque année, à l’approche de la Semaine Sainte, des corbeaux médiatiques croassent autour du Calvaire pour annoncer la fin de l’aventure Jésus et la disparition du christianisme, nous sommes là, frères et sœurs, en tenue de fête, pour chanter Alleluia, Il est vivant ! - et nous vivons de lui et nous proposons à de nouveaux baptisés de rejoindre la communauté des pro-Ressuscité ! Mais depuis les origines, ce que les athées voient comme une simple croyance représente en fait pour les chrétiens leur combat dramatique pour la vie contre la mort, pour la vérité contre les faux-témoignages et les fraudes de toutes sortes, pour l’espérance contre la désespérance et l’auto-destruction, pour la fraternité contre le panier à crabes et la division ruineuse des familles, du pays et de l’humanité, pour les champignons des sous-bois contre les champignons atomiques, pour un Dieu créateur, un Dieu avec nous et pour nous contre les idoles asservissantes et mortifères fabriquées par les hommes, pour un paradis dans la maison du Père contre les paradis artificiels, coûteux et toujours décevants in fine…
Les acteurs de ce drame apparaissent clairement dans les paroles bibliques que la liturgie pascale vient de nous faire écouter.
C’est d’abord Jésus de Nazareth, en Galilée, le fils de Marie, épouse de Joseph, a qui l’apôtre Pierre rend ce beau témoignage devant un représentant de l’occupant romain : « Jésus de Nazareth, là où il passait, il faisait le bien et il guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du démon. Car Dieu était avec lui. » - Nous, si nous n’étions pas d’accord avec Pierre, nous ne serions pas ici. Notre désir le plus profond n’est-il pas d’imiter notre maître ? de passer, comme lui, en faisant le bien ? en faisant tout pour que s’épanouisse la vie, en la protégeant contre les maladies du corps et les perversions de l’âme ?
Le deuxième acteur du drame pascal du Christ Jésus est Dieu le Père : il l’a consacré, il lui a donné d’être habité et mu par l’Esprit Saint, et guidé par lui dans ses choix et dans toutes ses voies. C’est le Père, affirme St Pierre, qui a ressuscité Jésus le 3e jour du Golgotha. – C’est lui, le « on » que les femmes au tombeau n’arrivent pas tout de suite à identifier : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau… » Le Père a ainsi réalisé ce qui était prophétisé dans les Ecritures de la Bible ; il a aussi exaucé la prière que son Fils bien-aimé a fait monter vers lui sans interruption, jusqu’aux prières du Calvaire : « Père, pardonne à mes bourreaux : ils ne savent pas ce qu’ils font ! » ; « Père, c’est entre tes mains paternelles que je remets mon esprit, mon souffle de vie ».
C’est au Père, que notre attachement profond à Jésus nous fait adresser la prière filiale que le Fils bien-aimé nous a enseignée : Notre Père… !
L’Esprit-Saint est évidemment le 3e acteur divin du drame pascal : puisse-t-il descendre sur les baptisés de Pâques et nous tous, qui avons reçu l’onction, que nous lui soyons plus dociles et que nous soyons plus confiants en son action en nos vies. Nous ne savons pas prier comme il faut, disons-nous souvent ! St Paul répond : n’oubliez pas que l’Esprit du Fils est en vous et qu’il prie en vous le Père.
Mais il y a aussi, dans le drame chrétien, tous ceux que Pierre appelle tout simplement « ils » et que je pointais au début comme « les corbeaux ». « Ils l’ont fait mourir en le pendant au bois du supplice ! » Et « Ils » ont beau avoir été identifiés comme les auteurs du crime, trafiqué en procès apparemment en forme, « ils » n’en continuent pas moins de sévir. Des pro-Jésus-ressuscité, il en meurt martyrs par milliers tous les ans, un peu partout dans le monde, ce monde qui est ainsi le champ de bataille permanent entre les forces de vie et les forces de mort. Nous, nous avons tous dans l’oreille et le cœur la parole de Jésus : « Courage, j’ai vaincu le monde ! » Entendons bien ce mot : courage ! car la vie chrétienne n’est pas pour pantouflards mais pour militants ! Dire la prière filiale, c’est vouloir effectivement que progresse le règne du Père, que le pain soit partagé, que le pardon soit donné et reçu, que le combat pour la vérité, la bonté et la vie soit mené sans relâche et tous ensemble.
Finalement, bien sûr, nous sommes nous-mêmes conviés à jouer notre rôle dans ce drame. « Vous êtes morts avec le Christ et ressuscités avec le Christ, votre vie reste cachée avec lui en Dieu ! » nous lance St Paul ! Donc : recherchez les réalités d’en-haut ! Maintenez ouverte sur l’horizon de l’éternité la porte de votre vie de baptisés.
Frères et Sœurs, entrons résolument et joyeusement dans ce temps pascal pour que sa grâce renouvelle notre quotidien chrétien.
Comme les disciples de Jérusalem, hommes et femmes, recherchons activement Jésus et que notre prière du matin réveille en nous chaque jour cette quête : Dieu, mon Dieu, je te cherche dès l’aube, mon âme a soif de toi… Impliquons-nous corps et âme dans cette quête.
La scène évangélique de la course de relais des disciples au tombeau, l’essoufflement des voix qui font part de leur surprise, les yeux qui scrutent, d’une part le chemin dans la pénombre de l’aube et puis le sens des traces laissées dans le tombeau, vide de son occupant… il y a là, il me semble, une invitation à renouveler notre manière de prier pendant le temps pascal, en associant plus étroitement notre corps à notre prière chrétienne, ce corps promis à la résurrection. - Il y a d’abord l’heure : nous exercer à prier le matin, au lever, quand on sort du lit, quand on sort de la nuit, quand on sort d’un long temps de sommeil, d’inconscience, d’absence, qui est comme une forme de mort.
Vivre plus attentivement le passage physique de la nuit au jour, quand nous prenons conscience de la résurrection de notre corps qui se redresse et qui se tient debout, qui tend ses muscles relâchés, qui ouvre les yeux et cherche la lumière, qui respire l’air frais à la fenêtre entr’ouverte, qui a besoin de se purifier sous la douche pour que la peau respire, qui se fait beau pour reparaître au milieu des hommes…, qui réveille d’autres sens au petit-déjeuner… - N’oublions pas le petit déjeuner au bord du lac préparé un matin de Galilée par Jésus Ressuscité ! - Et pendant que le corps, chrysalide de nuit, redevient papillon pour le jour, l’esprit aussi, peu à peu se réveille : les autres reprennent leur place dans notre univers ainsi que nos soucis et nos projets…
Le matin, notre corps de chrétiens prie avant notre âme ! Il a vu et nous invite à croire - il a mystérieusement rejoint Celui qui s’est levé du tombeau, laissant derrière lui les linges de la nuit, et qu’il faut chercher dehors, sur un chemin où il nous précède et nous attend… et qui, toujours, monte vers son Père et notre Père…
En nous ouvrant ainsi à la grâce de ce temps, que la joie des premiers disciples et de Marie détende notre cœur et rende plus empressé notre service du Royaume. Nous ne sommes pas seuls, il y a d’autres acteurs, mais notre rôle, jouons-le avec courage et générosité, tendus vers le Seigneur vivant. Amen !
Robert Witwicki sm
Jeudi Saint 2012
« Que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous ! »
Pour le Carême 2012, le pape Benoît XVI nous avait proposé comme objectif, dans l’attente de vivre la joie pascale, « de réfléchir sur ce qui est au cœur de la vie chrétienne : la charité.
Et il nous avait donné comme bâton de pèlerins, ce verset de la Lettre aux Hébreux : « Faisons attention les uns aux autres pour nous stimuler dans la charité et les œuvres bonnes » (10, 24).
Le fruit de notre accueil du Christ est une vie selon les trois vertus théologales : il s’agit de nous approcher du Seigneur « avec un cœur sincère et dans la plénitude de la foi » (v. 22), de garder indéfectible « la confession de l’espérance » (v. 23) en faisant constamment attention à exercer avec nos frères « la charité et les œuvres bonnes » (v. 24).
1. « Faisons attention », soyons attentifs les uns envers les autres, attention à ne pas nous montrer indifférents au destin des frères. Dieu nous demande d’être les « gardiens » de nos frères (cf. Gn 4, 9), par des relations caractérisées par un empressement réciproque, par une attention au bien de l’autre et à tout son bien. Le fait d’être frères en humanité et, dans bien des cas, aussi dans la foi, doit nous amener à voir dans l’autre un véritable alter ego, aimé infiniment par le Seigneur. Si nous cultivons ce regard de fraternité, la solidarité, la justice ainsi que la miséricorde et la compassion jailliront naturellement de notre cœur. L’attention à l’autre comporte que l’on désire pour lui ou pour elle le bien, sous tous ses aspects : physique, moral et spirituel. Le bien est ce qui suscite, protège et promeut la vie, la fraternité et la communion. Il s’agit de vouloir et de faire le bien de l’autre, désirant qu’il s’ouvre lui aussi à la logique du bien. - Qu’est-ce qui empêche ce regard humain et affectueux envers le frère ? Ce sont souvent la richesse matérielle et la satiété, mais c’est aussi le fait de faire passer avant tout nos intérêts et nos préoccupations personnels. Nous devons « faire preuve de miséricorde » à l’égard de celui qui souffre. Jamais notre cœur ne doit être pris par nos propres intérêts et par nos problèmes au point d’être sourds au cri du pauvre. À l’inverse, c’est l’humilité de cœur et l’expérience personnelle de la souffrance qui peuvent se révéler source d’un éveil intérieur à la compassion et à l’empathie : « Le juste connaît la cause des faibles, le méchant n’a pas l’intelligence de la connaître » (Pr 29, 7). Nous comprenons ainsi la béatitude de « ceux qui sont affligés » (Mt 5, 4), c’est-à-dire de ceux qui sont en mesure de sortir d’eux-mêmes pour se laisser apitoyer par la souffrance des autres.
- « Prêter attention » au frère comporte aussi la sollicitude pour son bien spirituel. Et le pape de rappeler un aspect de la vie chrétienne qu’il voudrait réactiver : la correction fraternelle en vue du salut éternel. Dans des communautés vraiment mûres dans leur foi chrétienne, dit-il, on se soucie non seulement de la santé corporelle du frère, mais aussi de celle de son âme en vue de son destin ultime. « Reprends le sage, il t'aimera. Donne au sage : il deviendra plus sage encore », lisons-nous dans le livre des Proverbes. (Pr 9, 8s). Il ne faut pas se taire face au mal. Les chrétiens ne doivent pas, par respect humain ou par simple commodité, s’adapter à la mentalité commune, au lieu de mettre en garde leurs frères contre des manières de penser et d’agir qui sont contraires à la vérité, et ne suivent pas le chemin du bien.
Mais attention : le reproche chrétien n’est jamais fait dans un esprit de condamnation ou de récrimination. Il est toujours animé par l’amour et par la miséricorde et il naît de la véritable sollicitude pour le bien du frère. Comme l’écrit St Paul aux Galates : Rétablis le frère à corriger mais en esprit de douceur, te surveillant toi-même, car tu pourrais bien, toi aussi être tenté » (Ga 6, 1). Même « le juste tombe sept fois » (Pr 24, 16) dit l’Écriture, et nous sommes tous faibles et imparfaits (cf.1 Jn 1, 8). Il est donc très utile d’aider et de se laisser aider à jeter un regard vrai sur soi-même pour améliorer sa propre vie et marcher avec plus de rectitude sur la voie du Seigneur. Nous avons toujours besoin d’un regard qui aime et corrige, qui connaît et reconnaît, qui discerne et pardonne (cf. Lc 22, 61), comme Dieu l’a fait et le fait avec chacun de nous.
Dans le 2e point de sa méditation, le pape insiste sur la réciprocité dans l’exercice de la charité fraternelle et par là, il rejoint directement l’évangile de ce Jeudi Saint, où nous venons d’entendre Jésus nous dire : je vous ai donné un exemple pour que vous fassiez comme j’ai fait.
« Les disciples du Seigneur, unis au Christ par l’Eucharistie, vivent dans une communion qui les lie les uns aux autres comme membres d’un seul corps. Cela veut dire que l’autre m’est uni de manière particulière, sa vie, son salut, concernent ma vie et mon salut. Notre existence est liée à celle des autres, dans le bien comme dans le mal ; le péché comme les œuvres d’amour ont aussi une dimension sociale. Dans l’Église, corps mystique du Christ, cette réciprocité se vérifie : la communauté ne cesse de faire pénitence et d’invoquer le pardon des péchés de ses enfants, mais elle se réjouit aussi constamment et exulte pour les témoignages de vertu et de charité qui adviennent en son sein. « Que les membres se témoignent une mutuelle sollicitude » (cf.1 Co 12, 25), affirme saint Paul, afin qu’ils soient un même corps. La charité envers les frères, dont l’aumône est une expression, s’enracine dans cette appartenance commune. En se souciant concrètement des plus pauvres, le chrétien peut exprimer sa participation à l’unique corps qu’est l’Église. Faire attention aux autres dans la réciprocité c’est aussi reconnaître le bien que le Seigneur accomplit en eux et le remercier avec eux des prodiges de grâce que le Dieu bon et tout-puissant continue de réaliser dans ses enfants. Quand un chrétien perçoit dans l’autre l’action du Saint Esprit, il ne peut que s’en réjouir et rendre gloire au Père céleste (cf. Mt 5, 16). (fin de la citation de B XVI)
Je reviens un instant à la scène du lavement des pieds. Quelques jours avant de faire ce geste, Jésus, invité chez Simon le lépreux, - rappelez-vous le début du récit de la Passion selon st Marc que nous avons lu le dimanche des rameaux - s’est trouvé lui-même dans la position de Pierre : quelqu’un est venu lui embaumer les pieds avec un parfum de grand prix, une femme, Marie Madeleine. Et Jésus a accepté ce geste et a fait l’éloge de cette femme. – Et avant ? Est-il extravagant d’imaginer que dans la maison de Nazareth il est arrivé à Jésus de laver les pieds de Joseph, couverts de sciure collée à la peau par la sueur ; et réciproquement ; et que Marie aussi a lavé les pieds de ses hommes… ?
Lundi dernier, le cardinal Ricard a joué une variation sur le même thème en centrant son homélie de la messe chrismale sur la fraternité, et en particulier sur la fraternité entre prêtres, entre prêtres et agents directs de la pastorale et de la mission.
Ces exhortations sont aussi des prières pour l’Eglise, pape et évêque priant pour que l’Esprit de Jésus réactive sans cesse entre frères et sœurs chrétiens une charité active. Nous sommes ces frères et ces sœurs ! Que Marie nous aide à accorder nos cœurs à la grâce de ces jours Saints ! Amen !
Quatrième
dimanche de Carême – Année B
Dieu
a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme
qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle.
Telle
est l’affirmation centrale de ce passage de l’évangile que nous venons
d’entendre.
Saint
François de Sales se pose la question de savoir si le Père pouvait faire
autrement que de sacrifier son Fils. Il répond oui, mais il dit aussi : Dieu
pouvait nous racheter par mille autres moyens que celui de la mort de son Fils ;
mais Il ne l’a pas voulu, car ce qui était suffisant à notre salut ne l’était
pas à assouvir son amour ; et pour nous montrer combien Il nous aimait, ce
divin Fils est mort de la mort la plus rude et ignominieuse qui est celle de la
croix.
Il
n’y a pas de demi-mesure dans l’amour de Dieu. Il aime totalement, il aime
en se donnant tout entier. Et comme il est
Déjà
dans notre vie terrestre nous sommes invités à vivre de cette vie divine. Mais
si elle ne nous investit pas totalement, c’est bien parce que nous y faisons
obstacle. Par notre péché, nous limitons l’action de Dieu en nous. Le salut
est pour ainsi dire à portée de nos mains. Il est déjà acquis, donné dans
le cœur de Dieu de toute éternité, il s’est concrétisé dans notre humanité
par le sacrifice du Christ sur la croix et sa résurrection trois jours après.
Expression parfaite de sa miséricorde face à nos infidélités, son pardon
s’offre à nous inlassablement. Dieu ne se décourage jamais, mais il laisse
l’homme souverain de sa destinée, nous laissant toujours la liberté de
l’accueillir. Ce qu’il nous demande c’est d’avoir foi en lui, c’est
bien ce qu’exprime Paul dans la lettre aux Ephésiens : C’est
bien par grâce que vous êtes sauvés, à cause de votre foi. Cela ne vient pas
de vous, c’est un don de Dieu. Cela ne vient pas de vos actes, il n’y a pas
à en tirer orgueil.
La
foi est bien un don de Dieu, mais de notre part, ce n’est pas un simple
assentiment, une simple adhésion formelle. Notre foi reçue doit être aussi
une foi vécue. Elle doit se traduire en actes pour manifester que nous la
recevons comme un cadeau, mais un cadeau dont on se sert ! Saint Jacques en
particulier nous le rappelle vigoureusement : Tu prétends avoir la foi, moi je
la mets en pratique. Montre-moi donc ta foi qui n'agit pas ; moi, c'est par mes
actes que je te montrerai ma foi. (Jc
2, 18) Si notre foi se fait agissante, si elle imprègne nos pensées, nos
paroles et nos actes, alors elle est réponse au don de Dieu. Dieu se donne à
nous par amour et nous répondons par notre amour pour lui et pour les autres.
C’est bien ce que nous rappelait l’évangile vendredi dernier, lorsqu’un
scribe demande à Jésus quel est le plus grand commandement, Jésus lui répond :
Tu
aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton
esprit et de toute ta force. Et voici le second : Tu aimeras ton prochain
comme toi-même. Ce à quoi le scribe dit à Jésus qu’observer ces
deux commandements vaut mieux que toutes les offrandes et tous les sacrifices.
Et Jésus de lui répondre : Tu
n’es pas loin du royaume de Dieu.
(Cf. Mc 12, 28-34)
C’est
à nous aussi que Jésus nous fait cette réplique. Et comment en serait-il
autrement ? Si Dieu est amour, n’est qu’amour, il n’attend de notre
part que de l’amour. Un amour concret, qui se traduit dans tous nos actes
quotidiens, à commencer par ce temps que nous passons spécialement avec lui,
et que nous appelons la prière, lieu source pour accueillir cet amour qui nous
fait vivre et que nous pouvons ensuite donner.
En
ce temps de carême accueillons plus particulièrement l’amour miséricordieux
de Dieu, car, en tant que pécheurs nous nous sentons parfois un peu comme en
exil à l’instar du peuple hébreu exilé à Babylone, comme le rappelle la
première lecture dans le second livre des Chroniques.
Le
Christ est mort et est ressuscité pour nous obtenir le pardon et nous donner sa
vie. Afin qu’il ne se soit pas sacrifier pour rien, non pas pour lui, mais
pour nous, profitons de ce temps spécial du carême pour nous approcher du
sacrement de la réconciliation. Que le pardon reçu, fruit de son sacrifice,
nous donne plus de capacité à pardonner à notre tour à ceux qui ont pu nous
offenser et de demander aussi le pardon.
P. Jean-Edouard GATUINGT SM
3e dimanche de Carême B - 2112
« Quand il
ressuscita d’entre les morts, ses disciples crurent aux prophéties .. et aux
paroles de Jésus. »
Jésus qui a dit non aux sollicitations du diable dans le désert dit non à la forme qu’à prise la religion au temple de Jérusalem. Il en chasse marchands, bêtes et changeurs pour rendre ce lieu à sa vraie raison d’être : permettre aux hommes de rencontrer sur terre le Père du ciel. On vient donc au temple avant tout pour faire un démarche de fils ou de fille de Dieu. On ne vient pas d’abord pour admirer de belles pierres comme des touristes que n’intéresse que le culturel ; on ne vient pas d’abord pour écouter de belles conférences ou de la belle musique ; on ne vient pas d’abord pour acheter des médailles ou des cierges : on vient au temple – à l’église, dans la basilique – pour dire : « Notre Père ! » C’est une maison de prière et c’est le rôle du curé ou du recteur de s’assurer que les activités qu’il autorise en ce lieu contribuent effectivement à introduire les personnes qui s’y rendent dans une démarche de relation à Dieu le Père.
Cet Evangile nous donne à penser, en notre monde où beaucoup d’aspects de la religion chrétienne sont en crise. Comment éviter de rejoindre les autorités juives du temple de Jérusalem, scandalisées par la prétention de Jésus, ruminant leur colère et complotant secrètement sa mort ? Comment accueillir la nouveauté que Jésus introduit et qui remet en question toutes les expressions religieuses que les hommes ont sécrétées au fil des siècles ?
Il nous
disait : Il n’y a pas de résurrection sans engagement.
Dans la parabole du riche et de Lazare, le riche tombé en enfer voulait éviter
que ses frères le rejoignent dans ce lieu de souffrance. Il fallait pour cela
qu’ils se convertissent. Le riche demande alors à Abraham de ressusciter un
mort pour les convaincre de changer de vie. Mais Abraham réplique : «
ils ont « Moïse et les prophètes :
qu’ils les écoutent ! mais s’ils n’écoutent ni Moïse ni les prophètes,
même si quelqu’un ressuscite d’entre les morts, ils ne seront pas
convaincus ! » Le résumé de l’enseignement de Moïse et des
prophètes, c’est : « fais
à autrui ce que tu voudrais que les autres te fassent ! » La résurrection
devient parlante seulement pour ceux qui, dès cette vie acceptent de mourir à
eux-mêmes pour se donner aux autres.
L’Evangile
d’aujourd’hui disait que les Juifs- comme le riche de la parabole-
demandaient des signes pour croire en Jésus, mais Jésus a pris ses distances
par rapport à eux. Les disciples de Jésus, par contre, eux qui ont tout quitté
pour suivre Jésus et qui après Pâques se sont fait les messagers de l’Evangile
au péril de leur vie et qui, pour la plupart, ont fini martyrs, eux ils ont
compris la résurrection de Jésus. Pour eux, elle est devenue parole et expérience
de vie.
Avant
de donner sa loi à son peuple sur le Sinaï, le Seigneur lui rappelle que ce
peuple est né d’une expérience pascale : il a été tiré de
l’esclavage et de l’anéantissement en Egypte par son exode ; il a dû
tout quitter, traverser la mer et le désert, pour conquérir la terre que Dieu
lui destinait. Seuls peuvent trouver dans les dix commandements des paroles de
vie, ceux qui ont vécu l’expérience pascale de la sortie d’Egypte.
Tout
cela nous provoque d’une part à des vrais renoncements à nous-mêmes et à
des engagements de charité et de partage généreux, qui nous impliquent
vraiment, pour que notre Carême renouvelle en profondeur notre existence chrétienne ;
et, d’autre part, nous provoque à espérer que Pâques sera beaucoup plus
pour nous que la joie des Alleluia ou la douceur du printemps, mais une
communion profonde à la démarche du Fils, qui fait de son corps au sortir de
« Il
faut mourir afin de vivre » car c’est pas sa mort par amour pour nous
que le Christ nous a ouvert la porte de la vie avec Dieu, de la vie éternelle.
« Dieu, tu as les paroles de vie éternelle ! » Amen !
2e dimanche de Carême (B) Transfiguration
« Qui accusera ceux que Dieu a choisis ? puisque c’est Dieu qui justifie. Qui pourra nous condamner ? puisque Jésus Christ est mort ; plus encore : il est ressuscité, il est à la droite du Père et il intercède pour nous » (Rom. 8, 31-34). Le carême n’est pas seulement le temps d’un effort moral sur soi-même où chacun essaierait de correspondre un peu mieux à son idéal du moi, pour être finalement ramené à ses limites… Et qui pourrait nous les reprocher, ses limites, qui pourrait nous condamner ? Dans la mort et la résurrection de son Fils, Dieu a pardonné toutes nos fautes, il nous a déjà tout donné ! Non, le carême est plus exactement le lieu où émerge le sens profond de notre existence, une existence fragile, périssable, mais promise à la gloire du ciel. Pour le dire autrement, le carême c’est « le temps favorable », l’occasion de se laisser saisir tout entier par Dieu pour être arrachés à ce qui est déjà mort en nous, et être transférés dans la lumière de son Fils bien-aimé : « Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère et il les emmène sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux » (Mc, 9, 2-10).La Transfiguration de Jésus, sa métamorphose comme dit le grec, déborde les possibilités du langage. On sent que les évangélistes ont cherché les mots pour le dire, qu’ils ne parviennent à dire qu’approximativement ce que les apôtres ont vu. Pierre lui-même ne « savait que dire, tant était grande leur frayeur ». Car ce qu’ils ont vu, ce n’est rien moins que l’« effigie de la substance divine », le resplendissement de la gloire de Dieu sur la face du Christ (He 1, 3), la plénitude de la divinité manifestée dans un corps semblable au nôtre mais rendu totalement transparent à la lumière divine…Plus tard, quand Basile de Césarée se demandera ce que les apôtres ont vu sur la montagne, il dira : « Ils virent la beauté sur la montagne, elle brillait plus que l’éclat du soleil ». Dans la Transfiguration, en effet, le Christ nous a révélé sa splendeur, il nous a révélé que Dieu est beau. « La beauté nous regarde […] et c’est pour soutenir ce regard que nous devons changer notre vie », dit quelque part le philosophe Jean -Louis Chrétien. Dans la Transfiguration, la beauté nous est apparue et c’est pourquoi nous devons nous convertir. Car cette beauté n’est pas seulement esthétique, ce n’est pas la beauté physique, mais une beauté qui ne naît ni ne meurt, qui ne croît ni ne décroît, qui n’est pas belle pour les uns et laide pour les autres, mais la beauté elle-même, en elle-même, unique à jamais. C’est la beauté de ce qui est bon et de ce qui est vrai, de ce qui est juste et de ce qui est pur… c’est la beauté qui est ce surcroît d’amour par lequel Dieu nous rejoint, nous fascine et nous emporte, nous fait sortir de nous-mêmes et nous attire vers notre vocation véritable qui est d’aimer.
« La beauté véritable est l’amour de Dieu », écrit Benoît XVI dans Sacramentum caritatis, et cet amour nous est communiqué de manière définitive en Jésus-Christ. « Dans la glorification du Fils, la gloire du Père resplendit et se communique au-delà d’une simple harmonie de formes » car celui qui est transfiguré aujourd’hui sur la montagne et le même qui sera défiguré sur la croix ; sur la route de son exode vers Jérusalem, Jésus montre par avance à ses disciples que la force de l’amour transfigurera aussi le mystère obscur de la mort dans la lumière rayonnante de la résurrection. C’est ce que nous montre aussi au Musée du Vatican, l’immense tableau de Raphaël qui représente cette scène de l’Evangile... On dit que malgré l’énorme charge de travail à laquelle il était soumis les dernières années de sa vie, Raphaël a voulu peindre lui-même intégralement La Transfiguration comme le testament spirituel et artistique qu’il voulait nous laisser. On dit même que l’œuvre fut placée contre son cercueil au cours de ses obsèques solennelles. Ce n’était pas pour exhiber ses « œuvres », mais pour rappeler que Jésus transfiguré l’attendait au-delà de la mort, que cette Transfiguration de Jésus était désormais la sienne, que la vraie transfiguration de notre existence, de notre corps et de notre âme, ne naît pas de nous, de nos efforts, de nos œuvres, mais nous est donnée par grâce. Dans le projet de Transfiguration de l’homme par la puissance de Dieu, chacun de nous est saisi tel qu’il est : dans sa pauvreté, dans sa souffrance, dans son péché aussi, mais c’est à partir de là que Dieu façonne notre visage d’éternité.
Frère Joël Boudaroua op
|
7e dimanche Ordinaire B-2012 « Guéris-moi
car j’ai péché contre toi ! » Il y avait beaucoup de lépreux dans le pays de Jésus ; il y a aujourd’hui chez nous beaucoup de cancéreux. Ce jour où le médecin déclare à quelqu’un : « Madame, Monsieur, vous avez un cancer ! », on n’est pas près de l’oublier ! et bien souvent ce genre de nouvelle sème la consternation, la peur, la tristesse ou la révolte dans l’entourage. C’est du cancer spirituel que nous parlent aujourd’hui Isaïe, le psaume 40 et le récit de l’Evangile. Malheureusement, la plupart des chrétiens qui entendent parler le médecin des âmes en ce dimanche et prononcer son diagnostic ne feront rien pour en guérir… et pourtant la possibilité en est offerte à tous ! Ouvre-nous, Seigneur, à la grâce de la parole de ce dimanche ; ravive en nous le sens du péché, la conscience de sa gravité, le repentir - cette douleur profonde d’enfants aimants qui ont fait de la peine à leurs parents qui les aiment, la douleur d’avoir peiné le cœur de Dieu -, la peine d’avoir causé du tort, par notre péché, à la famille humaine et à la famille chrétienne à laquelle nous appartenons. « Pitié pour moi, Seigneur, guéris-moi, car j’ai péché contre toi ! » Nous entendons à diverses reprises dans les psaumes cette béatitude : « Heureux le pécheur pardonné ! » - – mais nous n’avons guère envie, semble-t-il, de goûter à ce bonheur. Que dirions-nous de la personne qui saurait clairement qu’elle a un cancer mais qui ne ferait rien pour en guérir ? – Eh bien, encore une fois, nous, nous savons tous que nous sommes contaminés par le péché – dès le début de chaque messe le prêtre nous le redit : « Reconnaissons que nous sommes pécheurs ! » et en disant le chapelet, nous répétons 53 fois que nous sommes de pauvres pécheurs - et pourtant le confessionnal reste vide… Nous préférons laisser les métastases se développer et le cancer nous enlever peu à peu notre force, notre joie, notre attention aux autres, notre pureté, notre goût de prier, notre sens de l’Eglise et notre intérêt pour l’annonce de l’Evangile aux hommes… « Guéris mon âme, Seigneur, car j’ai péché contre toi ! » - nous l’avons chanté comme antienne du psaume – Or nous ne sommes pas ici au concert, nous ne sommes pas ici pour chanter, mais pour prier Dieu, pour nous laisser toucher par le Seigneur, pour nous laisser remettre par lui dans la vérité et nous laisser remettre sur pieds, comme le paralytique de l’Evangile… « Guéris mon âme, Seigneur, car j’ai péché contre toi ! » C’est la prière que l’Esprit et l’Eglise nous inspirent aujourd’hui ! Et dans quelques jours commence la quarantaine de la chimio spirituelle pour guérir du péché : vive le Carême ! ou plutôt : que JE revive grâce au Carême ! Arrive un 2e groupe : c’est un homme paralysé, cerné par quatre porteurs et des gens qui « l’amènent à Jésus ». Ils n’étaient pas là avant pour écouter la parole de Jésus et pourtant ils viennent à lui. La fin de l’évangile de dimanche dernier nous disait ce qui les fait marcher : ils ont entendu un lépreux purifié par Jésus répandre la nouvelle de sa guérison. Actifs comme des fourmis, ces gens, découvrent le toit, font une ouverture entre Jésus et le ciel et descendent le brancard du paralysé, comme on descend un cercueil dans une tombe. Mais ici, le paralysé couché ne s’enfonce pas dans les ténèbres mais s’approche de Jésus, le prince de la vie. Et Jésus, voyant leur foi, fait cette déclaration : « mon enfant, tes péchés sont pardonnés » - sont déjà pardonnés. C’est fait : votre foi vous a sauvés. Le pardon n’est pas quelque chose que Jésus – ou le prêtre confesseur – plaqueraient sur le paralysé pécheur, il advient par et dans le mouvement même du pécheur vers Jésus le Sauveur. « Oui, je me lèverai et j’irai vers mon père ». Et alors, quand le fils arrive devant le père, sur le seuil de sa maison, le père fait comme Jésus aujourd’hui, il le déclare pardonné, réconcilié, réhabilité… Dès le moment où je me lève pour aller me confesser, le pardon de mon péché est en route, si on peut dire. Les scribes s’insurgent parce qu’ils n’ont pas bien écouté : Jésus n’a pas dit : « je te pardonne tes péchés ! » mais : « tes péchés sont pardonnés ». Il n’entre nullement en concurrence avec Dieu, seul habilité à pardonner puisqu’il est le principal offensé. A la question de Jésus– « Qu’est-ce qui est le plus facile : de dire « tes péchés sont pardonnés » ou de dire « lève-toi et marche ! » ? - qu’aurions-nous répondu nous-mêmes ?... Et finalement, quand la foule rend gloire à Dieu en disant : « Nous n’avons jamais rien vu de pareil » : qu’est-ce qui l’émerveille le plus : le paralysé qui rentre chez lui, son brancard sur l’épaule, ou d’être témoin du pardon de Dieu exercé sur terre ? Dans le guide du pèlerin de Verdelais, le P. Proust, au début du XVIIIe s. a un long chapitre pour convaincre ses lecteurs que si les guérisons miraculeuses qui s’opèrent au sanctuaire méritent notre émerveillement et notre action de grâce, plus merveilleuses encore sont les guérisons spirituelles qui s’opèrent dans la prière et au confessionnal, quand le Seigneur guérit nos raideurs intérieures et nos préjugés, nos aveuglements et nos défauts de jugement, notre surdité à sa parole, les atrophies de notre cœur, la paralysie de nos mains qui devraient secourir les malheureux…, etc. Frères et sœurs : écoutons, comprenons, mettons-nous en route : le ciel est ouvert, le Fils de l’homme a le pouvoir de pardonner les péchés sur terre, de nous guérir de la lèpre qui défigure et du cancer qui ronge. « Guéris mon âme, Seigneur, car j’ai péché contre toi ! » Amen ! Robert Witwicki sm
6ème dimanche du temps ordinaire - B 2012 « Mon modèle
à moi, c’est le Christ » Ah comme nous aimerions pouvoir bien sincèrement dire cela nous aussi, comme St Paul ! Et quel bonheur pour des parents chrétiens ou pour des catéchistes d’entendre ce genre de déclaration dans la bouche d’un enfant ou d’un jeune. « Moi, mon modèle, c’est le Christ ! » Le chrétien, au fond, c’est quelqu’un qui peut dire : moi, mon idéal, c’est le Christ ! St Paul propose aux Corinthiens de voir dans le Christ quelqu’un qui fait tout pour la gloire de Dieu, pour faire plaisir à Dieu, pour respecter les droits et les désirs de Dieu… Quelqu’un qui respecte la règle de base de la morale sociale : n’être un obstacle pour personne – et en particulier, sur le plan de sa vie religieuse. Et Paul de répéter le même principe en termes positifs : « en toutes circonstances, s’adapter à tout le monde ! », veiller à ce que chaque personne soit reconnue, respectée, aidée, aimée… L’Evangile de ce dimanche fait un gros plan sur une dimension particulière du comportement et de l’activité de Jésus, à savoir, sa relation avec les lépreux. Le livre du Lévitique reflète la mentalité populaire de l’époque, qui considère la lèpre comme une maladie très contagieuse. Le lépreux est comme une pomme pourrie dans un panier à fruits : pour préserver les autres fruits, il faut sortir le fruit pourri et le jeter. Ce qui fait du lépreux un exclu. Et on ne s’arrête pas au corps : aux yeux de beaucoup, la lèpre est une punition de Dieu pour une vie de péché. La personne entière est considérée comme pourrie. – Une expression que l’on entend encore : c’est un pourri ! La guérison de la lèpre apparaît dès lors comme une réconciliation avec Dieu, qui doit être constatée par un homme de Dieu, par un prêtre, avant de permettre au rejeté de réintégrer la société des non-pourris. Nous retrouvons quelque chose de cela dans les sacrements de la vie chrétienne : un des effets du baptême est de nous libérer du péché et du germe de pourriture dont il nous contamine. Dans le sacrement du pardon, l’Esprit de Dieu rend notre cœur pur, pur de la lèpre du péché. C’est bien ce que fait Jésus dans le récit de l’Evangile que nous avons écouté : « Pris de pitié devant le lépreux venu le trouver, Jésus étend la main, le touche et lui dit : « Je le veux, sois purifié ! » et, constate le narrateur, à l’instant même, sa lèpre le quitta ». Si après cela nous continuons à prétendre que « moi, mon modèle c’est le Christ ! », nous voyons bien qu’il nous faut revoir notre attitude envers ceux que nous avons exclus de notre cercle de relations, ceux que nous avons rejetés comme des pourris… Même sans aller aussi loin dans le rejet, entendons, au lendemain de la journée mondiale des malades, célébrée hier, en la fête de ND de Lourdes, entendons l’invitation que nous adresse l’Eglise à une attitude vraiment charitable à l’égard des malades et des personnes qui souffrent de divers handicaps. Ne les traitons pas comme des lépreux mais imitons la sollicitude du Christ pour eux, prêts, pour cela, à braver, comme lui, quelques interdits et à faire fi de certains préjugés. Ce même Jésus, en d’autres circonstances, bouscule les réticences de ses disciples à l’égard des enfants : « laissez venir à moi les petits enfants. Pour entrer dans le Royaume, il faut être comme de petits enfants ». Vous, chers parents, regardez
aujourd’hui Maxime comme cet enfant qui vous montre le chemin du Royaume. Il
vous sourit parce qu’il se sent aimé ; il respire la santé ; il
mange pour entretenir le feu de la vie, il dort comme un bienheureux, il explore
le monde, il apprend à communiquer… Toutes ces réalités simples de la vie
sont pour nous, les adultes, des indications et des invitations à réaliser
notre vocation d’enfants de Dieu. Ecouter De Jésus enfant, l’Evangile de St Luc souligne par deux fois : il grandissait et se fortifiait, en taille, en grâce, en sagesse… devant Dieu et devant les hommes, dans les choses de Dieu et les choses de la vie humaine sur terre… En faisant baptiser Maxime au nom du Christ, vous vous engagez aussi à le faire grandir dans la dimension religieuse de sa personne – et à vous laisser entraîner vous-mêmes sur le chemin de la foi par votre enfant, devenu aujourd’hui enfant de Dieu. Une fois qu’il a rencontré Jésus et qu’il s’est laissé toucher par lui, l’homme qui était lépreux est tellement heureux qu’il ne peut pas s’empêcher de proclamer partout son bonheur d’avoir été guéri par Jésus. C’est le dernier défi que nous lance l’Evangile aujourd’hui : témoigner de notre foi, nous montrer fiers d’être chrétiens. – Dans le monde où nous sommes, ce témoignage ne se donne pas seulement sur le mode jubilatoire : il nous faut du courage et de la perspicacité pour persévérer dans la voie que nous trace le Christ ; il nous faut vraiment du cœur pour, à la fois aimer les hommes de notre temps et défendre les valeurs de l’Evangile du Christ, si férocement combattues par tant de voix et amplifiées par des média qui salissent la dignité humaine au nom de fausses libertés. Nous levons alors les yeux vers Marie, l’Immaculée sans péché, sans lèpre, qui prend par la main la petite Bernadette pour la tirer des bas fonds de Lourdes vers les sommets de la sainteté. Elle est avec nous pour cela, sur le chemin de notre vie, comme mère aimante, protectrice dans les dangers, étoile toujours brillante de le ciel souvent voilé ou orageux de nos existences. Elle aussi nous dit : « Mon modèle à moi, c’est le Christ ! » « Tout ce que Lui vous dit : faites-le ! » Amen. P. Robert Witwicki sm
4ème
dimanche du Temps Ordinaire – Année B Dans
la synagogue de Capharnaüm, le jour du sabbat, c’est l’affrontement entre Jésus
et Satan, qui parle par l’intermédiaire d’un homme possédé. Reprenons
l’apostrophe du possédé : Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu
venu pour nous perdre ? Je sais fort bien qui tu es : le Saint, le
Saint de Dieu. » Et
maintenant, écoutons ce qu’en dit saint Jérôme : Il y avait dans la synagogue un homme possédé
d’un esprit mauvais qui criait en disant que veux-tu ? Celui
qui s’exclame ainsi est un individu qui s’exprime au nom de plusieurs
personnes : cela prouve en fait qu’il a conscience d’avoir été
vaincu, lui et les siens. Il criait en
disant. . . : il criait comme s’il était torturé, comme s’il
était en proie à une souffrance terrible, comme s’il ne pouvait supporter le
châtiment. Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu
venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : le Saint de Dieu. En
plein tourment, et malgré l’intensité des souffrances qui le font crier, il
ne se départit cependant pas de son hypocrisie. Il est contraint de dire la vérité,
la souffrance le presse : mais la malice l’empêche. Que nous veux-tu Jésus de Nazareth ? Pourquoi ne reconnais-tu
pas le Fils de Dieu ? Est-ce le Nazaréen qui te torture, et non pas le
Fils de Dieu ? Tu subis ton châtiment, et tu feins d’ignorer son nom ? Ne
dis pas Saint de Dieu, mais Dieu Saint. Tu t’imagines que tu sais, mais tu ne
sais pas. Ou plutôt tu sais, mais tu te tais par malice car il n’est pas
Saint de Dieu, mais Dieu Saint. Je dis tout cela afin que nous ne souscrivions
pas aux assertions du démon, car jamais il ne dit la vérité. Voilà
en quelques réflexions bien claires, l’enjeu du combat qui eut lieu à la
synagogue de Capharnaüm ce sabbat-là. Il y en eut plusieurs de ce genre, mais
il est en quelque sorte l’archétype de l’affrontement que Jésus est venu
subir en venant dans ce monde. Souvenons-nous de ce
que le vieillard Syméon disait à Le dévoilement des pensées d’un grand nombre. Nous
y sommes. Et le combat ne fait que commencer. Toute sa vie, Jésus sera affronté
au Mal qu’il est venu vaincre. La méchanceté d’Hérode, les arguties des
pharisiens et des scribes, la trahison de Judas, le reniement de Pierre, la
fuite des apôtres, l’hypocrisie de Pilate, la cruauté des soldats, la haine
des dirigeants et de la foule versatile, tout cela traduit le combat de Satan
contre Dieu. Comme l’exprime saint Jérôme, Satan sait qu’il a
perdu, mais il ne peut se résoudre à sa défaite. Il ment, et il se ment à
lui-même, ce qui en fait un esprit redoutable. Par sa mort et sa résurrection, Jésus a définitivement
remporté la guerre contre le Malin. Mais ce dernier remporte encore des
batailles qui l’illusionnent et lui font croire qu’il est vainqueur. Si nous n’avions foi en celui qui est le Fils de Dieu
fait homme, né de Et cependant, que de victoires remportées par le
Seigneur à travers les actes des êtres faibles et influençables que nous
sommes ! Pierre, après son reniement, ne sait-il pas réconcilié avec Jésus ?
et celui-ci lui a redonné sa confiance, après la résurrection, dans ce célèbre
dialogue : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu
plus que ceux-ci ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur, je t'aime, tu le sais.
» Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. » (Jn 21, 15). Et les apôtres qui avaient fuit durant la
passion, manifestent leur courage et leur détermination le jour de Il
y aurait bien d’autres exemples de saints connus, mais aussi combien plus
encore, d’inconnus. Des temps passés, mais également de notre temps. Même
dans nos propres vies, il y a ce combat, avec ses défaites et ses victoires. Prenons-nous
les moyens d’avoir une conscience éclairée ? Par la prière, la méditation
de Le
plus grand mensonge de Satan est de faire croire qu’il n’existe pas. Que
c’est une invention de l’imagination humaine pour se faire peur ou peur aux
autres, ou les assujettir. Si nous doutons de l’existence de cet esprit malin,
la scène de l’Evangile d’aujourd’hui nous prouve le contraire, tout en
nous rassurant sur la puissance de Dieu : « Silence,
Sors de cet homme. » L’esprit mauvais le secoua avec violence et sortit
de lui en poussant un grand cri. Mais
si nous voulons que la puissance de Dieu agisse en nous, il faut que nous y
consentions, comme nous y invite le refrain du psaume 94 que nous avons chanté :
Aujourd’hui, ne fermons pas notre cœur,
mais écoutons la voix du Seigneur. P. Jean-Edouard Gatuingt sm [ « Jésus, accompagné de ses disciples… Le jour du sabbat, à la synagogue»... Comme les bons pratiquants, tous les dimanches à la messe. Et le rabbin qui parle, et la routine quotidienne qui continue… Mais ce jour-là, quelque chose a changé! « Jésus, accompagné de ses disciples… Jésus et nous ; nous et Jésus... Disciples, nous le sommes dans la mesure où notre relation à Jésus est étroite, suivie, attentive, amicale,.. et généreuse. Aujourd’hui, nous sommes avec LUI, notre Maître, à la synagogue : c’est Lui qui enseigne, nous écoutons. St Marc nous met sur la bonne longueur d’ondes « Jésus enseigne en homme qui a autorité et non pas comme les scribes ! » Redoutable, ce Marc, pour les
scribes de tous les temps, y compris pour tous les prédicateurs qui parlent, ce
dimanche, dans toutes les églises du monde ! Heureusement, - Deuxième question : est-ce que je sais reconnaître que dans telle ou telle circonstance, c’est un esprit mauvais qui m’a tourmenté et qui m’a eu !? qui m’a mis dedans ! Les contorsions de l’homme tourmenté de Capharnaüm et son cri contre Jésus - tu nous embêtes avec ta religion et ta morale d’un autre temps ! On n’a que faire de ça aujourd’hui ! - me rappellent, n’est-ce pas, les mille excuses que j’avance pour ne pas aller me confesser quand je sens pourtant que ça ne va pas en moi et que je me suis égaré… « Il y avait dans la synagogue UN HOMME, tourmenté par un esprit mauvais » ; or il crie au nom de tous les autres habitués du sabbat à la synagogue : « Que NOUS veux-tu, Jésus ?! » Son problème n’est pas un cas isolé… - « Silence ! » Arrête ta radio ! dépose tes écouteurs ! Sors un moment du brouhaha médiatique pour écouter Celui qui parle dans le silence. - Beaucoup d’entre nous, je pense, sont convaincus du bienfait de l’oraison, pour l’avoir expérimenté, mais que c’est difficile, parfois, d’entrer dans le silence du face à face avec le Seigneur, n’est-ce pas ! Que c’est difficile, souvent, de couper la télé, le soir, même quand on s’était juré de prendre du temps pour prier, le soir : en famille, en couple, ou seul ; de faire oraison … « Je sais fort bien qui tu es : le Saint de Dieu ! » L’esprit mauvais veut dominer Jésus qui l’affronte sur le terrain religieux par excellence, la synagogue. Silence ! – Il y a un temps, légitime, pour les débats, les cafés théologiques, les cercles bibliques… mais un moment donné il faut se taire, s’exposer à la présence du Saint de Dieu, laisser sa parole nous étonner, nous frapper, nous interpeller – ou, au contraire, nous apaiser, nous confirmer, nous encourager… - Silence, on adore ! Jeudi soir, à la sortie d’une heure d’adoration, une dame me confiait : « je ne sais pas trop ce qu’il faut faire pendant cette heure.. ! » – J’ai répercuté sa question auprès d’autres adorateurs en train de sortir… « Rien » ! lui a dit une autre personne. Silence ! Etre là, « en compagnie de Jésus » - « Lui parler de tout ce qui vous préoccupe dans votre vie ! », disait une autre. « L’écouter, le laisser vous parler ! » insistait un troisième… Lire et relire une page d’Evangile et écouter ce qu’il vous dit à travers ça… jusqu’à ce que vous perceviez le message qu’il vous adresse avec autorité – « Crois-tu cela ? – Que veux-tu que je fasse pour toi ? - Viens ! - Va ! – Ne pèche plus ! N’ai pas peur ! … Les évangélistes nous aident à capter ces paroles de vie de Jésus par la formule « en vérité, en vérité, je vous le dis ! » Et à ce moment là, nous disait le livre du Deutéronome, on n’est plus ni dans la théologie ni dans la morale mais dans la foi, dans cette relation à Dieu qui nous donne vie, qui donne son sens à notre vie. Le Seigneur avait promis à Moïse «Je ferai se lever un prophète comme toi ; je mettrai dans sa bouche mes paroles, et il leur dira tout ce que je lui prescrirai ». La formule de libération de l’esprit mauvais qui hante les synagogues et les autres lieux de culte, nous la prononçons dans chaque messe, souvent, peut-être, sans nous en rendre compte, lorsqu’à la fin de la lecture de l’Evangile le prêtre - ou le diacre – nous dit : « Acclamons la parole de Dieu ! » et que nous répondons : « Louange à toi, Seigneur, Jésus ! » La parole, en effet, c’est Jésus, Jésus Seigneur, Jésus vivant, Jésus avec nous, ses disciples, chaque jour, Jésus notre Maître, notre guide sur le chemin de notre vie. Son autorité n’est pas celle d’un livre, fût-ce le Youcat, c’est lui ! « A qui irions-nous, Seigneur, toi, tu as les paroles de la vie éternelle ! » Si nous sommes avec lui, l’esprit mauvais nous fiche la paix. Cette semaine nous allons fêter
la présentation de Jésus au temple. Là, Jésus a été accueilli par un
authentique homme de foi, Syméon, qui a reconnu en lui la lumière du monde !
Et Marie, qui a donné chair à Aujourd’hui… écoutons la voix du Seigneur ! Amen ! (P. Robert Witwicki sm) ]
3e
dimanche du temps ordinaire Année B « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous
et croyez à Comme
disciples de Jésus qui se veulent accueillants à ce qui tient à cœur au maître,
c’est assurément cette phrase de l’Evangile que nous devons retenir
aujourd’hui, faire descendre dans notre cœur pour la garder, la ruminer, nous
en nourrir – à la manière de Les temps sont accomplis…
Avec Jésus, l’histoire sainte des relations entre Dieu et les hommes entre
dans une ère nouvelle. Nous avons l’habitude de dire que nous passons avec Jésus
de l’ancien au nouveau testament, à la nouvelle alliance entre le Père de Jésus
Christ et les hommes, chercheurs de Dieu. Ce point de vue ne facilite
d’ailleurs pas le rapprochement entre les chrétiens et les croyants Juifs,
leurs aînés dans l’aventure de la foi. – Le prophète Jonas
criait dans les rues de Ninive : il vous reste 40 jours pour vous convertir !
si non, c’est la ruine de votre ville ! On ne sait pas trop quel
sentiment animait Jonas : ou l’impatience de voir la destruction de la
ville des païens ou l’espoir de provoquer la conversion de ces mêmes païens…
La suite de l’histoire nous montre que, dans la pensée de Dieu missionnant
Jonas, la menace avait, en fait, un caractère et une visée pédagogiques. Il
voulait faire peur pour faire bouger, donner un électrochoc. – Il y a
aujourd’hui beaucoup de pseudo Jonas de par le monde, qui déclarent que le
compte à rebours est commencé et qu’avant la fin de 2012 la planète aura
sauté. Ils ne semblent pas annoncer un éventuel sursis pour ceux qui se
convertiraient ; certains malins font même de cette fin du monde un
argument commercial pour vendre des abris anti-catastrophe. Quoi qu’il en
soit, réagissons : admettons que nous ne sommes pas maîtres de la durée
de notre existence et qu’à l’exemple des Ninivites, nous ferons bien de
nous demander où mène notre course ici-bas, si notre conduite est bonne ou
mauvaise, pour éventuellement changer de mode de vie et de direction… et
reprendre le chemin tracé par Dieu – « Seigneur,
enseigne-moi tes voies, fais-moi connaître ta route », chantions-nous
dans le psaume… Dans le contexte actuel de l’économie, de l’écologie, de
la politique… nous avons tous des choses à changer pour ne pas aller dans le
mur ; et là, nous ne sommes pas dans le virtuel ! Nous
avons entendu ensuite St Paul
enfoncer le clou du prophète Jonas : le
temps est limité ! et Paul nous appelle à passer moins d’une
conduite moralement mauvaise à une conduite bonne qu’à nous détacher des
choses passagères et fragiles pour nous attacher aux réalités solides et éternelles.
– Il nous propose de faire passer par le moulinet du « comme si »
tous les secteurs de nos existences : la vie conjugale et familiale, ce qui
nous afflige et ce qui nous réjouit, nos budgets et nos propriétés… de tout
relativiser « Car ce monde est en
train de passer » ; c’est l’entropie. Et qu’est-ce qui
n’est pas relatif ? qu’est-ce qui n’est pas solide en apparence
seulement, comme le morceau de sucre qui se dissout dans le café ? La réponse
est dans le message de Jésus : c’est « le
règne de Dieu ! » Que
le monde s’en aille avec tout ce qui, en lui, est mal ou futile et que vienne
le Règne de Dieu ! L’Evangile
nous aide à donner un contenu concret à cette prière. Aux pêcheurs du lac de
Galilée, Jésus fait d’abord prendre conscience qu’il peut y avoir autre
chose dans leur existence que la préoccupation de prendre beaucoup de poisson
et de faire de bonnes affaires sur le marché. Je vous propose de devenir pêcheurs
d’hommes. – A trois conditions : 1. vous vous détachez de vos
filets et de vos barques, de tous les moyens par lesquels vous vous êtes fait
une situation en ce monde ; 2. vous prenez de la distance par rapport à
votre père et à votre famille biologique pour entrer dans la famille des
disciples ; et 3. vous venez derrière moi. - Derrière
moi ! – Toute la nouveauté est dans cette place
nouvelle à laquelle Jésus nous met : « derrière
moi ! » De chefs d’entreprises, les pêcheurs deviennent
disciples, au service des intérêts d’un nouveau patron. « Quand tu étais jeune, dira Jésus Ressuscité à Pierre,
sur ce même rivage, tu mettais toi-même
ta ceinture et tu étais maître de ta vie ; maintenant, un autre te met la
ceinture et t’emmène où tu ne serais peut-être pas allé par toi-même »…
« Venez derrière moi ! »
- Croire à C’est
donc par rapport à Jésus lui-même
que nous comprenons la déclaration qui est au centre de l’Evangile de ce
dimanche : les temps sont accomplis, le temps de Jésus succède au temps
de l’attente prophétique, au temps de Jean-Baptiste ; « le règne de Dieu est tout proche » parce que Jésus
est tout proche, parce que Jésus passe sur nos rivages, parce que Jésus
traverse le domaine de nos relations familiales et celui de nos activités
professionnelles ou de loisirs… « Convertissez-vous »
- tournez les yeux vers le Seigneur Jésus ! Voyez Jésus qui passe !
ne soyez pas aveugles comme les pèlerins d’Emmaüs et reconnaissez celui qui
marche à vos côtés et qui réchauffe vos cœurs par son enseignement. « Croyez
à
Robert Witwicki sm HOMELIE DU CARDINAL JEAN PIERRE RICARD A LA MESSE D’OUVERTURE DE L’ANNEE DU 9° CENTENAIRE DU SANCTUAIRE DE VERDELAIS Basilique de Verdelais – Jeudi 2 février 2012
Chers frères et sœurs dans le Christ, Le Concile Vatican II affirme plus d’une fois que l’Esprit Saint équipe l’Eglise de « dons hiérarchiques et charismatiques » (cf. Lumen Gentium, n° 4). Parmi les dons hiérarchiques, il y a les ministères ordonnés, l’organisation des diocèses et celle des paroisses qui doivent offrir à tous les moyens nécessaires pour vivre leur vie chrétienne. Parmi les dons charismatiques, il y a tout ce que l’Esprit Saint suscite gratuitement comme générosité et formes de sainteté dans la vie des baptisés, les différentes formes de la vie consacrée mais aussi les sanctuaires que la piété du peuple chrétien a fait fleurir au long des siècles. Le sanctuaire de Verdelais est un de ces dons, un de ces dons gratuits suscités par l’Esprit. Depuis 9 siècles, il a nourri la foi de nos pères. Il nourrit notre foi aujourd’hui et je crois fermement qu’il est promis à un bel avenir spirituel et pastoral dans les années qui viennent. En effet, je pense que la nouvelle évangélisation qui se présente à nous comme une impérieuse exigence va particulièrement mettre en valeur l’importance missionnaire des sanctuaires et des lieux de pèlerinage. C’est d’ailleurs là une des principales raisons qui ont amené le diocèse de Bordeaux à s’investir humainement et financièrement dans le développement du pèlerinage à Notre Dame de Verdelais. Loin de n’être que des vestiges d’un passé révolu, des sanctuaires comme celui de Verdelais me paraissent avoir devant eux un avenir de belle fécondité missionnaire, et ceci pour trois raisons. 1) Ils sont adaptés à la mobilité qui marque le monde aujourd’hui. Nous vivons aujourd’hui dans un monde marqué par la grande mobilité. On se déplace, on voyage. Même le troisième âge sillonne les routes, les mers et les airs. Les agences de voyages et les services de pèlerinage le savent bien. Beaucoup de gens n’ont plus d’attaches fixes. Ils savent où ils habitent mais ignorent à quelle paroisse ils appartiennent. Leur lien à l’Eglise s’est relâché ou parfois n’a jamais existé. Mais un certain nombre ne sont pas sans questions, sans attente secrète, sans aspiration spirituelle. Et il suffit parfois de la participation à un pèlerinage, d’une visite en simple touriste, pour qu’un contact se fasse, pour que quelque chose touche les cœurs, pour qu’une conversation se noue ou qu’une confession se fasse. Que de témoignages en ce sens n’ai-je pas recueillis à Lourdes, ou à La Salette ! Si nos sanctuaires sont pensés et animés comme des lieux d’accueil, d’écoute, de ferveur et de soutien spirituel, ils pourront être de merveilleux lieux de rencontres évangéliques. Ils seront semblables à tous ces lieux de l’Evangile où se joue une rencontre avec ce grand itinérant qu’est le Christ : la barque sur le lac, le puits de Jacob, la maison de Lazare ou celle de Simon. Après la rencontre, chacun reprend la route, mais transformé, éclairé, habité par une flamme nouvelle. C’est là aussi la mission d’un sanctuaire, la grâce d’un pèlerinage. 2) Ils sont des lieux où s’expérimentent la foi et la confiance. Pour beaucoup de nos contemporains, la foi en Dieu n’est pas évidente. Dieu ne fait plus partie de l’horizon indiscuté de notre société comme il a pu en faire partie à certaines époques où presque tout le monde était croyant, ou bien comme c’est encore le cas dans certaines régions du monde. Autour de nous – nous le voyons - les jeunes prennent des distances par rapport à l’éducation religieuse reçue… Dieu devient alors plus problématique, plus lointain, plus abstrait… et pour beaucoup le désert spirituel s’installe. Dans la société de consommation qui est la nôtre, le désir de consommer toujours plus prend la place de la soif de Dieu. Comme dit le prophète Jérémie : ils ont abandonné le Seigneur, la source d’eau vive, « pour se creuser des citernes crevassées qui ne tiennent pas l’eau » (Jér. 2, 13). Et c’est là que s’offrent à tous les lieux spirituels, les sanctuaires, comme autant de petites oasis de la grâce, où on peut venir se désaltérer à la Source d’eau vive, se retremper dans la présence de Dieu, prendre conscience que l’homme ne vit pas que de pain et qu’il y a une profondeur d’existence à retrouver. Je crois que les sanctuaires, et les sanctuaires mariaux en particulier, nous font goûter la grâce dont a bénéficié la Vierge Marie, une grâce de foi, de confiance, de remise de tout nous-mêmes entre les mains de Dieu. Sur la croix, Jésus confie à sa mère le disciple bien-aimé : « Femme, voici ton fils » et Marie comprend qu’elle est appelée à être la mère de tous les disciples de son Fils, qu’elle doit veiller au lent engendrement des croyants dans la foi, qu’elle doit aider à la naissance et à la croissance du croyant en chacun d’entre nous. Les sanctuaires ont vraiment une grâce d’engendrement et d’assurance des croyants dans la foi. 3) Ils sont des lieux où s’éprouvent la compassion et la miséricorde Autour de nous beaucoup de personnes vivent des épreuves, des choses lourdes à porter (ennuis de santé, souffrances affectives, séparations, chômage, dépressions, problèmes personnels…). La vie n’est pas facile et le fardeau est lourd à porter. C’est vraiment une grâce du Seigneur que d’avoir des lieux où on peut momentanément déposer son paquet, se confier à Celui qui nous dit dans l’Evangile : « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes. Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger » (Mt 11, 28-30). Dans un sanctuaire marial, c’est la Vierge qui est la servante de cette invitation du Seigneur. Elle est cette Mère attentive qui nous accueille et nous conduit à son Fils. Elle peut compatir à nos épreuves parce qu’elle est, elle-même, passée par là. N’avez-vous pas entendu dans la bouche du vieillard Siméon cette parole prophétique : « Et toi-même, ton cœur sera transpercé par le glaive » (Lc 2, 35) ? On comprend qu’ici, à Verdelais, on ait pu donner à la Vierge Marie le beau nom de Consolatrice des Affligés. Les nombreux ex-voto offerts à cette basilique témoignent de toutes ces prières confiées à Marie ainsi que de ces grâces obtenues. Oui, les sanctuaires sont des lieux où se découvrent et s’expérimentent la compassion et la miséricorde. Je crois que nous en aurons demain plus besoin que jamais.
Frères et sœurs, que cette année du 9° centenaire soit pour notre diocèse l’occasion de redécouvrir la grâce de Notre Dame de Verdelais, de l’accueillir avec confiance et d’en témoigner avec joie. Amen.
† Jean-Pierre cardinal RICARD Archevêque de Bordeaux
Marie, Mère de Dieu - 1er janvier 2012 Salutation, vision, mission… Avant d’arriver à « Sainte Marie, Mère de Dieu »… nous avons d’abord tout simplement salué Marie, comme on dit bonjour sur le seuil de la porte. « Je vous salue, Marie ! » Le cheminement des bergers commence aussi par là : ils arrivent à Bethléem et ils rencontrent les trois membres de la famille qu’ils cherchaient : « Marie et Joseph, avec le nouveau-né ». Arrêtons-nous un instant sur le seuil puisque nous sommes aujourd’hui sur le seuil d’une nouvelle année que Dieu ouvre devant nous, et que tout le monde, aujourd’hui, se salue comme si on se rencontrait pour la première fois : bonjour ! bonne année ! - Marie sur le seuil ; Marie qui accueille dans le shalom, dans la paix venue de Dieu ! - Dans le récit de la visitation selon St Luc, nous avons
assisté à la rencontre pleine d’effusions, de rires, de cris, de chants…
entre la jeune Marie de Nazareth et la moins jeune Elisabeth d’Ein Karim.
Laissons donc la liturgie de ce 1er janvier nous introduire dans la
nouvelle année avec quelque chose du même élan d’affection, d’émerveillement,
d’enthousiasme et d’espérance face à l’avenir qui s’ouvre à nous :
l’an de grâce 2012 ! « Que le Seigneur tourne vers vous son
visage ! » Trop habitués à n’entendre que des voix masculines répéter
la bénédiction d’Aaron sur les fils d’Israël, écoutons aujourd’hui la
douce voix de Marie et de toutes les mères de famille et de toutes les grands-mères
après Elle, dire à leurs époux - leurs Joseph – et à leurs enfants et
petits enfants : « Que le Seigneur vous bénisse et vous garde !
qu’il fasse briller sur vous son visage ; qu’il se penche vers vous !
qu’il vous apporte la paix ! » La bénédiction de Dieu déferle
ainsi sur nous après avoir roulé sa vague par-dessus les siècles. « Que
le Seigneur tourne vers vous son visage ! » Et où il est, ce visage ? – Entrons derrière les
bergers auprès de Marie et de Joseph : il est là, ce visage, dans la
mangeoire. C’est le visage d’un nouveau-né. Trop banal aux yeux de ceux qui
ne savent pas voir. Car pour bien voir, il faut avoir gardé dans la mémoire
et dans le cœur ce qui a été dit et annoncé de cet enfant. « Aujourd’hui
vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Seigneur ! »
- - « Et voici le signe : un nouveau-né dans une mangeoire ».
Si les bergers n’avaient été que des touristes, à ce moment précis ils
auraient pris une photo. Mais eux ne voient pas tout bêtement une maman, un
papa et un charmant bébé : ils « découvrent » cette
famille, dit le récit… Elle est dévoilée, révélée, à leurs yeux. Le
voile des apparences se déchire et c’est la vision : cet enfant
est le Seigneur ; sa mère est la mère de Dieu ; son époux près
d’elle est le Juste que Dieu a choisi pour chef, guide et protecteur de la
sainte Famille. Ce n’est plus un photo, c’est une icône. Ce n’est plus :
« bonjour, Marie ! comment vas-tu ? » c’est « Je
vous salue, Marie, Pleine-de-Grâce ! » c’est : « Sainte
Marie, Mère de Dieu ! » Parce que « il est né, le divin
enfant ! » - le divin enfant ! Si les yeux de notre foi nous
donnent de voir dans l’enfant le fils de Dieu, alors, bien sûr, sa mère
n’est pas une femme mais La femme ; En découvrant cette année la crèche tout contre l’autel de l’Eucharistie et l’enfant sur la paille dans le même champ de vision que l’hostie, vous avez peut-être senti que vous ne pouviez pas en rester au regard d’enfant émerveillé devant cette crèche mais qu’il vous fallait ouvrir les yeux de votre foi et confesser : « cet enfant sur la paille, endormi, c’est l’amour infini ! » - « Ave verum Corpus natum de Maria Virgine ! » « Et Marie, à genoux, l’offre à son Père… » Marie, mère de Jésus, mère du Sauveur, Mère du Seigneur, mère de Dieu fait homme, Mère de l’Emmanuel, Dieu parmi nous pour tous les jours de l’an de grâce 2012 ! « Après l’avoir vu, les bergers racontèrent ce qui avait été annoncé au sujet de cet enfant. » La mission commence aussitôt. Et voilà ces hommes silencieux de la nuit, plus familiers des bêtes que des humains, poussés en quelque sorte sur le devant de la scène, sous les feux de la rampe pour chanter en grands solistes « Gloire à Dieu et paix sur terre ! » et annoncer à tout le peuple : « Aujourd’hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Seigneur ! » Vous tous qui cherchez Dieu et des preuves de Dieu, vous le trouverez dans une mangeoire, enfant nouveau-né, emmailloté… Pendant que les bergers parcourent Bethléem, glorifiant et louant Dieu, Marie nous rend attentifs à une autre manière de prolonger la vision et de grandir dans la foi : « retenir et méditer dans son cœur tous les événements, tout ce qui nous a été donné à voir et ce que nous avons entendu de la bouche des témoins des merveilles accomplies par Dieu. Frères et Sœurs, qui aimons à venir prier dans cette basilique, remettons-nous résolument à l’école de Marie pour apprendre Dieu et en même temps découvrir la vraie place de Marie elle-même dans le plan de Dieu. – Et là nous revient à l’esprit ce qu’enseignait Jean-Paul II dans sa lettre sur le Rosaire : 10. La contemplation du Christ trouve en Marie son modèle indépassable. Le visage du Fils lui appartient à un titre spécial. C'est dans son sein qu'il s'est formé, prenant aussi d'elle une ressemblance humaine qui évoque une intimité spirituelle assurément encore plus grande. Personne ne s'est adonné à la contemplation du visage du Christ avec autant d'assiduité que Marie. Déjà à l'Annonciation, lorsqu'elle conçoit du Saint-Esprit, les yeux de son cœur se concentrent en quelque sorte sur Lui; ~ Lorsqu’elle lui donne naissance à Bethléem, ses yeux de chair se portent tendrement sur le visage de son Fils, tandis qu'elle l'enveloppe de langes et le couche dans une crèche (cf. Lc 2, 7). À partir
de ce moment-là, son regard, toujours riche d'un étonnement d'adoration, ne
se détachera plus de Lui. Ce sera parfois un regard interrogatif,
comme dans l'épisode de sa perte au temple: « Mon enfant, pourquoi nous
as-tu fait cela? » (Lc 2, 48); ce sera dans tous les cas un regard
pénétrant, capable de lire dans l'intimité de Jésus, jusqu'à en
percevoir les sentiments cachés et à en deviner les choix, comme à Cana
(cf.Jn 2, 5); en d'autres occasions, ce sera un regard douloureux,
surtout au pied de la croix, où il s'agira encore, d'une certaine manière,
du regard d'une “femme qui accouche”, puisque Marie ne se limitera pas à
partager la passion et la mort du Fils unique, mais qu'elle accueillera dans
le disciple bien-aimé un nouveau fils qui lui sera confié (cf. Jn 19,
26-27); au matin de Pâques, ce sera un regard radieux en raison de la
joie de la résurrection et, enfin, un regard ardent lié à l'effusion
de l'Esprit au jour de Sainte Marie, Mère de Dieu, accueille-nous, éclaire-nous,
guide-nous, prie pour nous, car nos élans sincères de foi et d’amour ne nous
empêchent pas, hélas, de demeurer de pauvres pécheurs, sans cesse repris par
l’égoïsme, la jalousie, l’orgueil, ou encore le doute, la peur, le découragement,
la lâcheté dans la lutte… « Mère du Christ et Mère des hommes :
donne-nous ton Fils ! Donne-nous ton Fils ! » Amen ! P. Robert Witwicki sm
Solennité
de Le
Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. C’est cette bonne nouvelle que nous
venons de chanter. Cette bonne nouvelle que l’Eglise proclame tous les ans
depuis plus de deux mille ans à la face du monde. Bonne
nouvelle pour tous ceux qui l’ont reçu
et qui croient en son nom : nous, les chrétiens, qui mettons notre foi
en Jésus, le Fils unique de Dieu et Dieu lui-même, né de La
nuit dernière, avec les anges nous chantions : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes
qu’il aime. La
venue de Jésus dans ce monde est déroutante. Déroutant
le projet de Dieu pour les hommes. -
Comment
se fait-il que le Tout-Puissant se fasse le Tout-Petit, le Tout-Faible, le
Tout-Dépendant ? -
Comment
se fait-il que celui qui est -
Comment
se fait-il que celui qui est -
Comment
se fait-il que celui qui est -
Comment
se fait-il que celui qui est à l’origine de tout, se présente dans le monde
comme le plus démuni ? -
Comment
se fait-il que celui qui vient pour se donner au monde, soit rejeté par le
monde ? -
Mais
comment se fait-il aussi, que ceux qui l’accueillent comme leur Sauveur,
deviennent ses frères et sœurs, lui qui est Fils unique du Père, et
deviennent ainsi les enfants de Dieu. Le
Prologue de l’évangile selon saint Jean nous révèle tous ces paradoxes. Le
Fils de Dieu, né de -
Il
a accepté d’être entièrement dépendant de la sollicitude d’une mère et
de grandir au rythme des enfants des hommes. -
Il
a accepté de vivre une naissance pauvre et discrète, même si les anges sont
venus pour éveiller quelques bergers et les convier à l’adoration. -
Il
a accepté d’être incompris, rejeté et condamné, comme tant d’hommes et
de femmes à travers les siècles, victimes de l’intolérance. -
Il
a accepté que ceux qui librement l’accueillent partagent le bonheur de se
savoir aimés de lui et de son Père et reçoivent par lui la vie divine. Sa
venue, en tant que Fils de Dieu et fils de Marie, a une conséquence pour
l’ensemble de l’humanité, car, comme le dit la lettre aux Hébreux : il
porte toutes choses par sa parole puissante et après avoir accompli la
purification des péchés, il est désormais
assis à la droite de -
Heureux
sommes-nous, chrétiens, de nous savoir aimés d’un Dieu aussi respectueux de
notre liberté. -
Heureux
sommes-nous, chrétiens, d’avoir un Dieu si humble qu’il se fasse l’un de
nous pour transcender notre humanité et lui redonner sa bonté et sa beauté
premières, toute tournée vers lui qui est la source de tout amour, de toute
vie, de toute pureté, de toute paix. -
Heureux
sommes-nous, chrétiens, d’avoir un Dieu qui ait suscité une Vierge pure de cœur
et de corps, pour accueillir avec bonheur, et pour notre bonheur, celui qui seul
pouvait restaurer l’Alliance contractée par Dieu avec l’humanité. -
Heureux
sommes-nous, chrétiens, si nous adorons le Rédempteur en la personne de ce bébé
sans défense. -
Heureux
sommes-nous, chrétiens, si nous vénérons celle qui a dit oui au projet de
Dieu sur elle et pour nous. -
Heureux
sommes-nous, chrétiens, si avec Marie, avec saint Joseph, avec les bergers,
avec tous les saints, connus et inconnus, avec les anges et les archanges, nous
rendons grâce à Dieu pour la merveille de son salut et que nous en témoignons
dans nos vies, par nos paroles et nos actes. Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qui l’aime ! ¨
P. Jean-Edouard Gatuingt sm Noël 2011 - Messe de la nuit
« Dieu
nous est proche et veut marcher avec nous sur le chemin de la vie ». Le pape Benoît XVI concluait et résumait par cette phrase son enseignement de mercredi dernier sur le mystère de Noël. Les verbes sont au présent, car c’est aujourd’hui que Dieu nous rencontre. Le pape voulait aider ses auditeurs à vivre un Noël vraiment chrétien, un Noël qui change notre vie, dans la mesure où nous accueillons celui qui vient : « aujourd’hui, nous te célébrons, Jésus-Christ, venu dans notre chair ! » - aujourd’hui, dans la messe de cette nuit de Noël ! – Et comment accéder à ce mystère pour qu’il fasse événement dans nos vies ? Voici la clef : Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit (signe de croix). Il faut laisser l’Esprit de Dieu développer ces trois grandes dimensions de notre existence chrétienne : hauteur, profondeur, largeur… Les dimensions de quoi ? qu’y a-t-il au centre de ce grand cercle ? « Vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ». Emmailloté, il ne laisse apparaître qu’un visage, un tout petit visage de bébé : et voilà Dieu ! Et comme tout nouveau-né, il lui arrive de crier : une voix, un visage : Dieu manifesté ! Il faut se pencher pour le voir, comme les personnages des crèches. Le lieu le plus sacré de l’arche d’alliance qui a
accompagné le peuple juif dans sa marche d’espérance à travers les siècles,
c’est un petit espace sur lequel se penchent deux anges en adoration. Noël
nous dit : cet espace n’est pas un vide c’est un visage
humain, c’est tout visage humain.
Tout homme est une histoire sacrée. L’homme est à l’image de Dieu :
il l’avait oublié, il l’oublie trop souvent, alors Dieu lui-même se montre
dans un visage humain, dont les traits ont été dessinés dans le secret d’un
sein maternel, celui d’une jeune femme juive, « Venite adoremus ! » Venez, adorez ! étonnez-vous ! émerveillez-vous ! prosternez-vous ! – devant l’enfant… devant l’hostie… Levons alors les yeux avec les bergers pour qui l’inquiétant silence de la nuit est devenu lumière, bonne nouvelle et musique. « Bonne nouvelle ! grande joie ! » « aujourd’hui vous est né un Sauveur ! Il est le Seigneur ! » On peut croire que c’est à cause de l’empereur de Rome, le grand chef politique de ce temps, que Jésus est né à Bethléem, à l’occasion d’un recensement – mais le vrai Maître de l’histoire est plus grand, plus haut. Et ce qui explique tout, c’est, conclut le prophète Isaïe : « l’amour invincible du Seigneur de l’univers ». Voilà pourquoi, à Noël, nous entonnons avec une conviction renouvelée ce chant de louange que nous avions mis en veilleuse durant l’Avent : Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! – Et voilà pourquoi aussi, au cœur de chaque messe, le célébrant nous rappelle qu’il est juste et bon pour l’homme croyant de glorifier Dieu et de lui rendre grâce toujours et partout. Ma vie d’homme, quelles qu’en soient les péripéties, se déroule sous le ciel de Dieu, sous le regard de Dieu, « enveloppée » dans le manteau de sa lumière, de sa tendresse, de sa miséricorde, comme les bergers… Pour être vraiment chrétien, notre regard sur toutes
choses doit ensuite s’abaisser,
comme le Fils de Dieu s’est abaissé, au plus bas de l’échelle humaine, au
plus bas de la fragilité humaine, de la pauvreté humaine, de la détresse
humaine… Ce n’est pas un accident non plus si Jésus naît dans la condition
d’un déplacé – le recensement -, d’un refoulé indésirable – pas de
place pour lui dans la salle commune - , entre deux parents démunis – dans
une mangeoire d’animaux - … Pas de Noël chrétien qui ne se soucie des gens
pour qui la vie est une épreuve. On ne pourra jamais non plus gommer de l’Evangile,
sans le trahir, la sollicitude de Jésus pour les personnes les plus pauvres à
tous points de vue. De Noël à la fin des temps, le christianisme c’est :
la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres et Jésus met sans cesse
en garde contre tout vedettariat pour taper dans l’œil du public, contre
toute ambition qui risque de dégénérer en conflit, contre tout attachement
aux biens de ce monde menacé d’idolâtrie, contre l’orgueil qui guette les
détenteurs de l’avoir, du pouvoir ou du savoir. Face à tout cela, il se présente
comme le serviteur et appelle avec insistance au service. Tout comme Hauteur, profondeur… et largeur.
Même s’ils arrivent après les bergers, les mages
font nécessairement partie de la crèche – car du Cénacle où ils se sont
rassemblés autour de Marie pour se remettre du séisme pascal, de la mort, de
la résurrection et du départ définitif de leur Maître, les apôtres ont été
envoyés par l’Esprit du Christ jusqu’aux extrémités du monde, annoncer
l’Evangile dans toutes les langues, à toutes les cultures et traditions
religieuses, à toutes les nations, à tous les âges… Pas de Noël vraiment
chrétien ni d’authentique foi chrétienne, fidèle à Jésus-Christ, sans
rencontre ni accueil des autres, sans œcuménisme ni dialogue interreligieux.
Ce n’est pas Vatican II qui a inventé cela, c’est l’Evangile. L’esprit
de chapelle – ou, pire, de club ou de secte – trahit l’Emmanuel de la crèche,
même si certains soi-disant catholiques – c.-à-d. universels – vivent en
fait coupés du pape et de l’Eglise. Donner à notre célébration de Même pour beaucoup de baptisés non pratiquants et pour beaucoup de non croyants, Noël est encore – plus toujours ! – une belle fête de famille, et heureusement ! Ah si cette célébration pouvait évangéliser – ou réévangéliser - nos familles en fête et en refaire d’authentiques familles chrétiennes ! Les critères essentiels, nous venons de les passer en revue : au centre, le visage unique et sacré, aimé et respecté, de chaque membre de la famille, reflet chaque fois unique du Fils de Dieu à visage humain ; ouverture vers le haut : une famille qui prie le Notre Père et qui bénit le repas avant de se mettre à table ; ouverture vers le bas : une famille qui sait partager avec les pauvres, accueillir, jouer la solidarité ; une famille sans frontières fermées, comme un Bethléem sans mur de la honte, ouverte aux chercheurs de Dieu guidés par toutes sortes d’étoiles… Comme Marie et avec Marie, entrons tout cela dans notre cœur et portons-le précieusement pour le méditer et pour nous en laisser inspirer dans notre prière, nos choix éthiques, nos engagements dans l’Eglise et dans la cité des hommes… « La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes » – gloire à Dieu et paix aux hommes, Amen !
4ème dimanche de l’Avent
– Année B 18 décembre 2011 En Marie et par Marie, Dieu réalise son ultime Alliance avec l’humanité. Tout au long de l’Ancien Testament, tel un long temps de l’Avent, Dieu a multiplié les alliances avec les hommes. La première est la création dont l’homme et la femme sont le sommet. Adam et Eve sont les premiers bénéficiaires de la première alliance. Pour leur malheur, ils l’ont récusée et ont ainsi provoqué une première rupture avec le Créateur. Puis Dieu se manifesta à Abraham auquel il promit une descendance contre toute attente, alors que lui et sa femme étaient très âgés. Il lui promit aussi une terre. Dieu confirma son engagement auprès des patriarches Isaac et Jacob. Plus tard, lorsque le Peuple hébreu
était opprimé par les Egyptiens, Dieu vînt au secours de son Peuple et, par
l’intermédiaire de Moïse et d’Aaron, il le libéra. Après l’avoir
purifié par une longue marche de quarante ans au désert, il lui donna Une fois installé dans sur sa terre, et après bien des vicissitudes, des reniements et des combats, le Peuple vit enfin en paix et selon le désir de Dieu. C’est le temps du roi David, comme nous le décrit le passage du second livre de Samuel que nous avons entendu en première lecture. David a le sentiment d’être vraiment protégé par Dieu et il lui en est reconnaissant. Regarde ! dit-il au prophète Nathan, J’habite dans une maison de cèdre, et l’arche de Dieu habite sous la tente ! Le nomadisme du Peuple élu est terminé, il est grand temps de construire un temple au Seigneur. Mais les pensées de Dieu ne sont pas celles des hommes. Dieu envoie Nathan dire à David : Le Seigneur te fait savoir qu’il te fera lui-même une maison. . . Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours. Il ne s’agit pas là d’une construction, mais d’une dynastie. D’ailleurs, si nous lisons le début de l’évangile selon saint Matthieu, la longue généalogie qui l’inaugure se termine par l’indication suivante : Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, que l’on appelle Christ ou Messie. Dieu a voulu donner à Jésus le fils de Marie, une ascendance légale par la paternité adoptive de Joseph. Mais plus encore, il a voulu aussi manifester sa solidarité avec ce lignage humain qui par bien des côtés n’a pas toujours été selon les vues de Dieu. Par cette généalogie, Jésus est fils de David. Qui aurait pu imaginer que Dieu se compromettrait en quelque sorte avec l’humanité, en faisant naître son Fils d’une femme ? Ainsi arrivons-nous à l’ultime alliance de Dieu avec les hommes. Depuis bien du temps déjà, Dieu semble ne plus parler à son Peuple. Il n’y a plus de prophètes. Mais l’espérance de la venue d’un Messie grandit et bien des juifs pieux l’attendent avec persévérance. Marie fait partie de ceux-là. Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. Marie n’en croit pas ses oreilles, son cœur est tout chamboulé. Que signifie pareille salutation ? Par la voix de l’Archange Gabriel, Dieu reconnaît en Marie - et en même temps le lui révèle - qu’elle est aimée de son Seigneur et qu’elle l’aime en retour au point d’être toujours en adéquation avec le désir divin. En Marie, en sa liberté, nulle trace d’un refus de la volonté de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils. . . Il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père. . . Son règne n’aura pas de fin. La promesse faite autrefois à David se réalise ici, à travers cette annonce d’une naissance hors norme. Pour Marie, cette annonce
rencontre en elle sa foi en Dieu et mais aussi son intelligence : Comment
cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? La question est légitime
et pertinente tout en étant respectueuse de L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu. La puissance de Dieu dépasse notre propre connaissance humaine. Dieu est maître de son dessein. Fallait-il à Marie une preuve de la puissance de Dieu ? Pourquoi l’Ange lui annonce-t-il la future naissance de Jean Baptiste issu de l’union de Zacharie et d’Elisabeth, sa vieille cousine atteinte de stérilité ? Certes pour lui montrer la puissance de Dieu, mais aussi sa bonté. Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. Voici la célèbre réponse de Marie, qui manifeste son confiant et joyeux abandon à la volonté de Dieu. Marie dit librement oui au projet de Dieu sur elle. Projet qui la dépasse, puisque par sa réalisation il ouvre la porte ouverte à la rédemption de l’humanité. Ce texte de l’Annonciation du Seigneur faite à Marie est le modèle de la rencontre de l’amour de Dieu et de la réponse aimante et parfaite d’un être humain : Marie. C’est l’Avent de Marie, tel qu’elle l’a vécu. Mais c’est aussi le modèle de la relation que nous devons avoir avec le Seigneur. Même si nous ne sommes pas comblés de grâce à la manière de Marie, le Seigneur nous gratifie des grâces dont nous avons besoin et nous invite à les accueillir avec gratitude. Même s’il n’y a que Marie qui a eu le privilège de porter dans son sein le Sauveur, le Seigneur souhaite faire grandir en nous sa ressemblance pour que nous soyons toujours plus chrétiens, images de son Fils unique, ses enfants adoptifs, les frères et sœurs de Jésus-Christ. Tout dépend de notre réponse. Rien n’est impossible à Dieu. L’Esprit Saint dont la puissance
s’est manifestée dans le sein de Depuis le jour de l’Annonciation, Marie en tant que mère collabore avec l’Esprit Saint. Depuis que Jésus sur la croix nous l’a donnée pour mère, Marie collabore avec l’Esprit de Dieu pour nous éduquer dans la foi. En cette dernière semaine qui nous sépare de Noël, vivons cette attente à la manière de Marie et avec son aide. Ensemble, prions-là : Je vous salue Marie. . . Jean-Edouard Gatuingt sm
3e dimanche de l'Avent – Année B 11 Décembre 2011 Rendre témoignage à la lumière. Je
commencerai cette petite méditation par l’éditorial de notre curé, Gérard
Faure, dans l’Eglise Hebdo de ce dimanche : Nos rues et nos places s'éclairent.
J''aime bien, écrit-il, les lumières discrètes qui suggèrent la fête et
invitent à croire qu'après la nuit il y aura le jour. Par
contre, je n'aime pas ces lumières tapageuses qui veulent nier la nuit, qui coûtent
cher et qui sont souvent de mauvais goût. La lumière qui s'impose et ne montre
qu'elle-même doit laisser la place à la lumière qui n'est là que pour
signaler "autre chose", comme celle d'un phare. Cet
"autre chose", pour nous, chrétiens, c'est Quelqu'un : c’est le
Prince de Puissions-nous
vivre les fêtes de sa Nativité de manière à suggérer discrètement ce
Quelqu'un d'autre qui est l'essentiel de nos vies : Jésus, lumière du
monde, venu éclairer la multitude ! » Nous
entendons là un appel à être, par notre manière de vivre Noël, des médiateurs
de la vraie lumière qui est le Christ. C’est précisément en cela que
consiste la grandeur de Jean-Baptiste, que nous présente l’Evangile de ce 3e
dimanche de l’Avent. A
ce propos, Saint-Augustin emploie une autre image. « Admirons Jean comme
on admire une montagne : la montagne reste dans les ténèbres tant que la
lumière ne vient pas l’envelopper. Ne prends pas la montagne pour la lumière !
Ne va pas te briser contre elle ! Elève-toi jusqu’à Celui qui éclaire
cette montagne qui est dressée pour recevoir, la première, les rayons du
soleil, afin de les renvoyer à tes yeux… » La lumière et les yeux…
cela rappelle à Saint Augustin une autre parole de l’Evangile. Il ajoute :
« De nos yeux, on dit aussi qu’ils sont des lumières ; et
pourtant, si on n’allume pas de lampe la nuit ou si le soleil ne se lève pas
durant le jour, nos yeux s’ouvrent en vain… » - « Jean, conclut
Augustin, n’est devenu lumière que par l’illumination du Christ. S’il
n’avait pas reçu les rayons de -
« Il y eut un homme envoyé d’auprès de Dieu »… de là même où
est le Verbe de Dieu et d’où le Verbe vient
vers nous pour devenir chair dans le sein de Ce
n’est pas banal. Les Juifs de Jérusalem – gardiens de « Qui
es-tu ? » - Et la réponse semble ne pas en être une : « Je
ne suis pas… » « Je ne suis pas… »… Je ne suis rien par
moi-même ! je ne suis pas la lumière ! je ne suis pas la vérité !
je ne suis pas le chemin ! je ne suis qu’un relai… ma place devant lui,
le Seigneur qui vient : c’est prosterné à ses pieds, tout petit… mais
super-heureux d’être si près de lui… Dans le livre d’Héloïse il y a
une photo qui montre cette grande fille penchée sur un petit lapin, la joue
contre son doux pelage. Voilà Jean. [Le pape Saint Grégoire le
Grand (v. 540-604), explique la portée de son geste : Il était de coutume
chez les anciens que si quelqu'un refusait d'épouser une jeune fille qui lui était
promise, il dénouait la sandale de celui à qui il revenait d'être son époux.
Or le Christ ne s'est-il pas manifesté comme l'Époux de la sainte Église ?...
Mais parce que les hommes ont pensé que Jean était le Christ - ce que Jean
lui-même nie - il se déclare indigne de dénouer la courroie de sa sandale.
C'est comme s'il disait clairement... : « Je ne m'arroge pas à tort le
nom d'époux » (cf Jn 3,29).] Nous
avons célébré il y a quelques jours une autre médiatrice de On
peut préparer Noël chez Leclerc : Noël pour le corps, pour lui donner
des plaisirs, raffinés ou forts. Le
Noël que l’Esprit de Dieu et Sur
la route de l’Avent vers Noël, la liturgie de ce 3e dimanche nous
fait rencontrer trois grandes figures et entendre trois appels : - Jean nous attend auprès de la source qui purifie. Rendez-vous au
confessionnal pour que Dieu nous enveloppe du manteau de l’innocence, comme dit le prophète Isaïe, pour que le
Père de ses enfants prodigues nous serre dans ses bras et nous fasse entrer
dans la fête qu’il organise lui-même pour tous ces enfants que Noël ramènera
à sa maison… - Marie
met dans nos cœurs et sur nos lèvres le cantique qui nous fait communier à sa
joie débordante, exultante, la joie de -
Soyons attentifs aussi au 3e acteur de l’Avent et de Noël :
l’Esprit Saint. « Il m’a
envoyé annoncer Pour
ne pas éteindre l’Esprit mais entretenir la flamme, au long de cette 3e
semaine de l’Avent, nous pourrions, par exemple, en union avec Ste Lucie –
dont le nom dit la lumière - redire chaque jour la prière d’ouverture de
cette messe : Seigneur, ton peuple se prépare à célébrer
la naissance de ton Fils ; dirige notre joie vers la joie d’un si grand
mystère : pour que nous fêtions notre salut – avec un cœur vraiment
nouveau ! Amen ! Magnificat ! 2e dimanche de l'Avent – Année B 4 Décembre 2011 Préparez le chemin du Seigneur, tel est le mot d’ordre en ce deuxième dimanche du temps de l’Avent. Dans le livre d’Isaïe cet appel se fait entendre depuis le désert. Préparer le chemin dans un endroit tourmenté, voire hostile, qui nous fait penser aux pharaoniques travaux de terrassement qu’il faut réaliser pour tracer une autoroute, par exemple. L’imagination des contemporains de ce message biblique devaient être encore plus impressionnés que nous, car, à leur époque, de tels travaux nécessitaient un nombre considérable d’hommes alors que nous possédons aujourd’hui des engins puissants qui facilitent grandement le travail. Mais ce texte est traversé aussi par l’expression d’une jubilation. Préparer le terrain, souffrir certes, mais pour accueillir le Seigneur qui vient avec puissance, le berger plein d’attention pour son troupeau. Cette venue vaut bien la peine de faire quelque effort pour ouvrir le passage au Seigneur. C’est aussi du désert que nous entendons la voix de Jean le Baptiste. Il est celui qu’Isaïe annonçait, celui qui est le messager chargé de préparer le terrain. Le désert, c’est un paysage bien connu par le Peuple hébreu. C’est un lieu d’expérience spirituelle, un lieu de dépouillement dans l’aridité. N’y a-t-il pas passé quarante ans au sortir de l’Egypte, le pays de l’esclavage, avant de pouvoir entrer dans la terre de la liberté, promise par le Seigneur ? Expérience forte d’espoirs et de découragements, d’alliance avec Dieu et de trahison, où les corps ont été mis à rude épreuve, mais plus encore les cœurs. Et voilà que de nouveau une voix se fait entendre dans le désert. C’est celle d’un homme hirsute et qu’on pourrait prendre pour un fou, tant son mode de vie tranche avec le commun des mortels. Mais ses paroles touchent les cœurs et la foule accourt de toutes parts. Ses auditeurs ne sont pas de simples curieux, ils se laissent remuer par ce discours. Jean le Baptiste n’a rien à perdre, ni n’a rien à vendre non plus. Ses paroles d’appel à la conversion sont en accord avec sa façon de vivre. Il prêche d’exemple, il parle vrai. Il annonce celui qui doit venir et dont il reconnaît déjà la sainteté. Et il est prêt à lui céder la place. Le désert, mais aussi le nôtre ! Il semble bien différent de celui évoqué dans le livre d’Isaïe. Notre désert à nous est généralement encombré de toutes sortes de choses, de préoccupations, de sentiments qui peuvent créer l’aridité du cœur. Comment aller à l’essentiel ? Comment vérifier si nous sommes toujours orientés vers Dieu ? Que nous faut-il raboter dans nos vies pour aplanir le chemin du Seigneur ? Voilà bien une activité spirituelle à entreprendre pendant ce temps de l’Avent. Il y a plus de deux mille ans, celui que nous attendons est venu dans le dépouillement total. Il nous dit quelque chose sur la nécessité de nous dépouiller spirituellement pour nous faire tout accueil à lui-même. C’est un travail de conversion comme nous y invite Jean le Baptiste, mais pour recevoir celui qui nous a baptisés dans l’Esprit Saint. Celui qui nous a investis de sa vie tout en nous obtenant le pardon de nos fautes. Peut-être sommes-nous comme ces personnes du temps de l’apôtre Pierre qui trouvent que le Seigneur tarde à revenir pour inaugurer ce ciel nouveau et cette terre nouvelle qu’il nous a promise ? Entendons l’explication de l’apôtre : c’est pour vous qu’il patiente : car il n’accepte pas d’en laisser quelques-uns se perdre ; mais il veut que tous aient le temps de se convertir. Combien cette observation montre la bonté de Dieu, et nous le décevrions ? L’Avent est un temps d’attente et de conversion. Un temps de jubilation, car nous faisons mémoire de la venue du Sauveur en notre humanité. Un temps d’espérance, car nous croyons et nous attendons son retour dans la gloire où il restaurera toute la création selon le plan de Dieu établi de toute éternité. Ce temps est pour toute l’humanité, mais plus particulièrement pour chacun d’entre nous. Notre passage sur cette terre est préparation à notre introduction dans la vie plénière en Dieu. Il se termine par notre mort physique dont nous ne savons ni le jour, ni l’heure. Alors il est toujours temps de nous préparer à la rencontre avec le Dieu d’amour. Il est toujours d’actualité de nous exercer à vivre en intimité avec le Seigneur et de faire bénéficier notre entourage de l’amour que nous recevons de lui. L’Avent est aussi le temps marial par excellence. Marie, modèle de l’accueil de son Seigneur. Marie qui a vécu dans la joie et l’espérance la venue en elle de son Seigneur et Sauveur. Marie qui communique sa joie à sa cousine Elisabeth. Que ce temps de l’Avent fasse de nous, comme elle, des porteurs de joie et d’espérance dans notre monde souvent désenchanté. P. Jean-Edouard Gatuingt sm
33ème dimanche du Temps Ordinaire – Année A 13 novembre 2011 Fermé pour cause d’inventaire ! Fermé pour inventaire. Qui n’a vu cette pancarte sur la porte d’entrée d’un commerce début janvier ? Fermé pour inventaire. C’est l’heure de faire les comptes. De faire le point pour savoir si le commerce a bien marché au cours de l’année écoulée. La parabole des talents nous invite à faire les comptes des biens que nous avons reçus et qui constituent, en quelque sorte, le fonds de commerce de notre vie. Nous avons reçu et non nous avons acheté. Car là s’arrête la comparaison entre le commerce et la parabole. As-tu quelque chose sans l'avoir reçu ? Nous rappelle saint Paul dans la première lettre aux Corinthiens. Et si tu as tout reçu, pourquoi t'enorgueillir comme si tu ne l'avais pas reçu ? (1 Co 4, 7) En effet, tous les talents, tous les dons et même tous les biens que nous avons ne sont pas à proprement parlé notre propriété. Nous en sommes gérants, et à ce titre nous devons en rendre compte. Cette réalité peut nous sembler dure, voire injuste. C’est bien comme cela que l’a vu le serviteur qui a enfoui le talent que son maître lui avait confié. Tu m’avais confié un talent, pendant ton absence je l’ai mis à l’abri, le voici, tu as ton bien, nous sommes quittes ! Eh bien non, nous ne sommes pas quittes ! Ce mauvais serviteur, ce serviteur paresseux, n’a pas fait son devoir. Tétanisé devant les exigences de son maître, il a eu peur et a oublié que ce dernier lui prouvait sa confiance en lui confiant un bien à faire fructifier. Le maître connaît bien son serviteur. Il sait qu’il n’a pas les capacités, ni du premier, ni du deuxième, aussi ne lui donne-t-il qu’un petit travail à faire. Mais malgré cela, ce serviteur a déçu son maître. Il n’a vu en lui qu’un maître dur, impitoyable. Les talents que nous donne le Seigneur manifestent non son exigence, mais sa bonté et sa confiance vis-à-vis de nous. Commençons donc par inventorier les talents que nous avons reçus, les dons dont nous sommes gratifiés, et émerveillons-nous dans un premier temps des libéralités du Seigneur. En un mot rendons-lui grâce ! Ce petit travail est très revigorant et nous devrions le faire au moins une fois par an, ne serait-ce que pour voir si nous n’avons pas laissé de côté quelques dons ou si nous n’avons pas dévié dans l’utilisation de certains autres. Voyons comment utiliser ces biens, les mettre en valeur. Comment peuvent-ils servir à la gloire du Seigneur, au service de soi-même, mais aussi des autres. Telle est bien la participation que souhaite nous attribuer le Seigneur. Dieu, qui est à l’origine de toute la création, désire que les hommes, qu’il a mis au sommet de celle-ci, soient des acteurs dans cette œuvre de vie. Car ce n’est que justice que de travailler à l’œuvre de Dieu, lui qui a accepté le sacrifice du Fils pour restaurer cette création qui avait sombrée dans la désespérance à cause du péché qui le coupait irrémédiablement de lui. Ce n’est qu’honneur de devenir partenaires de Dieu dans son œuvre de création comme le disent certaines oraisons de la messe : Comme celle-ci : Dieu qui ne cesses de créer l’univers, tu as voulu associer l’homme à ton ouvrage ; regarde le travail que nous avons à faire : qu’il nous permette de gagner notre vie, qu’il soit utile à ceux dont nous avons la charge et serve à l’avènement de ton Royaume. (mardi III, matin) Ou bien celle-là : Tu demandes à l’humanité, Dieu créateur, de se perfectionner de jour en jour et d’achever par son travail l’œuvre immense de la création ; aide-nous à faire que tous les hommes aient des conditions de travail qui respectent leur dignité : qu’en s’efforçant d’améliorer leur propre sort, ils agissent avec un esprit de solidarité et de service. (lundi IV, matin) Telle est bien la mission que nous avons reçue du Seigneur. Tel est bien le sens profond de notre présence sur cette terre. Dieu nous donne toute notre vie pour exercer les talents dont il nous a gratifié. Que nous ayons reçu cinq, deux ou un talents, le Seigneur attend de nous que nous nous servions des cadeaux qu’il nous a fait, par notre intelligence, notre sensibilité, notre force. Que tous ces dons soient mis au service des autres et pour la gloire de Dieu. Ainsi, lorsque nous paraîtrons devant le Seigneur, il pourra nous dire : Très bien, serviteur bon et fidèle. Entre dans la joie de ton maître ! P. Jean-Edouard Gatuingt ------------------------------------------------------------------- 32e
dimanche A - 2011 « Mon
âme a soif de toi, Seigneur, mon Dieu ! » A la lumière de Cet Evangile nous propose par ailleurs une image insolite de notre ultime étape sur terre, en nous demandant d’envisager notre fin de vie et notre passage dans l’éternité comme l’entrée dans une grande et belle fête de noces. Laissons donc notre mémoire et notre imagination ramener à notre esprit les plus belles images de noces qui sont dans notre album intérieur – d’un mariage auquel nous avons été invités, ou de notre propre mariage, ou d’un mariage princier suivi à la télé, le mouchoir sous le nez… Lorsqu’un mariage s’annonce dans notre entourage, nous nous demandons, parfois avec une fiévreuse excitation, si l’on nous remettra un carton d’invitation… Dans la parabole de Jésus, c’est la lampe allumée qui fait office de carton et qui permet d’entrer. Comme certaines vedettes, l’époux de la parabole s’est fait longuement attendre, au point que l’on s’est endormis et que, dans certaines lampes, toute l’huile a brûlé. Catastrophe ! car ce pour quoi elles étaient venues là va échapper aux demoiselles imprévoyantes ! Soulignons, à l’occasion de cette parabole, l’importance du thème des noces dans l’Evangile. Ne nous révèle-t-il pas quelque chose de l’intimité humaine de Jésus ? Sans jouer aux psychanalystes, nous devinons que Jésus a été profondément marqué dès son enfance par le rituel des noces, par sa beauté et par sa riche signification humaine, qu’il l’ait approché en invité ou en simple spectateur. Dans les villages de Galilée, d’ailleurs, la frontière ne devait pas être très étanche entre les deux. Nous pouvons imaginer aussi le rôle de Marie et Joseph dans l’initiation de Jésus à la symbolique des noces. Jeune, il aura posé des questions à ce sujet au rabbin de son village… Tout cela nous invite à rejoindre Jésus à partir de notre propre expérience des noces et des beaux souvenirs qu’ils ramènent à notre conscience… - La liturgie de ce dimanche nous invite à approcher le mystère de Jésus et de Dieu plus particulièrement à travers le personnage de l’époux qui vient. Belle image de la prévenance de la grâce et de la bonté de Dieu à l’égard de l’humanité ! « La sagesse, lisions-nous dans la première lecture, se laisse trouver par ceux qui la cherchent… Elle va et vient pour rechercher ceux qui sont dignes d’elle… » Même thème dans le dernier verset du psaume : « Oui, tu es venu à mon secours : je crie de joie, à l’ombre de tes ailes ». – « Ceux qui se sont endormis, écrit de son côté St Paul aux Thessaloniciens, Dieu, à cause de Jésus, les emmènera avec son Fils ». Et le coup de gong qui déclenche l’action dans la parabole évangélique, c’est le cri dans la nuit : « Voici l’époux qui vient ! Sortez à sa rencontre ! ». Heureux les chercheurs de Dieu, car ils rencontreront Dieu comme Celui qui les cherche ! « Heureux les invités au repas du Seigneur ! » lance le célébrant à la messe - tous azimuts et sans restriction, car Dieu aime tous les hommes et les invite tous à son amour ; le Christ s’est laissé élever sur la croix pour attirer à lui tous les hommes – mais tous les invités ne se sont pas réellement préparés à entrer dans la fête, à avancer à la table du Seigneur. Ils n’ont pas pris les dispositions qui s’imposaient à eux, qui constituaient leur part. C’est donc de leur fait qu’ils restent à la porte. La parabole, en fait, évoque moins une noce ou la rencontre sacramentelle avec Jésus que la parousie, le retour du Seigneur Jésus à la fin des temps. Nous qui à chaque messe chantons : « viens, Seigneur, Jésus ! » prenons-nous les mesures nécessaires pour qu’à l’heure de cette venue du Seigneur nous soyons prêts à l’ultime rencontre ? – Quelle mesure ? : gérer notre vie de foi dans la durée et ne pas nous contenter, comme des cigales imprévoyantes, de l’instant présent, si pétillant soit-il, car le réveil peut être douloureux… Alimenter notre lampe, prévoir demain et après-demain… Veiller ! Alors que nous avons signé et payé plusieurs contrats d’assurances pour les choses de ce monde, comment assurons-nous notre avenir éternel dans la salle du festin des noces où Dieu nous invite ? Notre réserve d’huile s’alimente par la pratique de la justice et de la réconciliation : « tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans les cieux ! » Elle s’alimente par la pratique de la charité : « tout ce que vous avez fait au plus petit des miens – le nourrir, le vêtir, l’accueillir… - c’est à moi que vous l’avez fait ! Entrez dans ma joie ! Elle s’alimente, bien sûr, par la prière et la grâce des sacrements… A la manière de Marie, gardons dans notre cœur, cette semaine, l’image de l’époux qui vient, qui nous invite à la fête de son amour et entretenons en nous cette insistante prière : « Mon âme a soif de toi, Seigneur, mon Dieu ! » Amen ! Robert Witwicki sm
Toussaint 2011 « Jésus
vit toute la foule qui le suivait… » Le ciel que l’ange fait entrevoir à Jean, dans l’Apocalypse, est tout bruissant d’une liturgie festive en l’honneur de DIEU. Son nom revient tout au long du récit comme les coups de l’encensoir qui dans son balancement, vient frapper les chaînettes et fait monter des nuages de fumée parfumée. L’ange, comme les serviteurs de Dieu, porte la marque du Dieu vivant. Les 144000 élus, en aube blanche, chantent leur sauveur : « le salut est donné par notre Dieu ! » Après le chant, la prostration : face contre terre pour adorer Dieu ! Et monte alors un nouveau chant : « Louange, gloire, puissance et force à notre Dieu ! » L’Evangile aussi met en scène une grande foule : sur terre cette fois-ci, autour de JESUS. Point de foules chantantes mais un solo qui a fait le tour de la terre, qui réchauffe le cœur des hommes depuis vingt siècles et qui jamais ne passera de mode parce qu’il rejoint l’aspiration la plus profonde de tous les cœurs : être heureux ! « Heureux les pauvres ! Heureux les doux ! Heureux les affamés ! Heureux les persécutés et les affligés, ils seront consolés… ! » Opéra au ciel ; récital de poésie spirituel sur la terre… Mais comment vivre de cette parole, dans ma vie personnelle, en famille, en communauté…, comment lui ouvrir le jardin de notre existence concrète pour qu’elle y enfonce ses racines, y déploie ses branches et ses fleurs, y donne refuge aux oiseaux du ciel ? La lettre de St Jean propose une réponse : « Dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu » et plus authentiquement et radicalement nous vivrons cette relation, plus nous en goûterons le bonheur. Tout homme qui fonde sur Jésus-Christ une telle espérance participe à sa sainteté, à sa vie, à son bonheur. Ce n’est donc pas le lieu ni le moment aujourd’hui pour calculer dans le livre de l’Apocalypse la date de la fin du monde, ni le nombre des sauvés mais c’est bien le moment de redire le oui de notre baptême - à Dieu, à l’Evangile, à l’Eglise du Christ et au ciel au terme de notre existence sur terre. C’est le moment de re-saisir la prière que Jésus donne à ses disciples pour en faire notre règle de vie : Notre Père qui es aux cieux ! Car je suis vraiment à ce point aimé de Dieu que je peux me dire fils/fille de Dieu ! C’est d’abord à cela qu’il faut croire pour être en piste vers le ciel et sûr d’y rejoindre les saints. Lui Père, moi fils ou fille – mais pas moi seul : il est Notre Père ! 144000 dit l’Apocalypse ; un foule immense sur les pentes de la montagne, aimantée par Jésus, dit l’Evangile. Des hommes de toute quête spirituelle, signifiait la récente rencontre d’Assise… Notre Père : moi avec les pauvres, moi avec les affamés, moi avec les persécutés, moi avec les affligés de toutes sortes… Père : que ton nom soit sanctifié ! Dans ce monde où pullulent et se combattent les stars du show –biz, où, à longueur d’année, l’on couvre d’or les éphémères dieux de tous les stades, pistes, cours et piscines… moi je vais à la messe chaque dimanche pour chanter : « gloire à Dieu ! » Je suis de ceux qui bénissent Dieu pour la table avant de manger, qui, entouré de gens aux téléphone toujours sur l’oreille lisent l’Evangile chaque jour pour écouter la voix du Seigneur, la voix du Père disant « tu es mon fils bien-aimé ! » et accueillir une parole qui donne sens et sagesse… Père, que
ton règne vienne ! Il m’importe, quand des millions
d’auditeurs guettent chaque jour les cours de Père, que
ta volonté soit faite, sur la terre aussi ! puisque de toute
manière elle fait l’unanimité dans le ciel, autour de Marie, Heureux ! – Le bonheur des bien-aimés du Père, le bonheur des disciples de Jésus n’est pas un loto mais une quête dans la foi, une marche sans fin dans l’espérance, un combat pour la vie. Regardons, interrogeons, prions les saints : ils ne nous diront pas autre chose car le chemin vers le Père est unique, tracé et foulé par Jésus, chemin de sa mission jusqu'au sommet du Calvaire et jusqu’au sommet du Mont des Oliviers pour son retour au Père. Que la grâce de cette fête soit pour chacune et chacun de nous comme un souffle nouveau, un élan nouveau : « élevons notre cœur ! » - Qu’elle renouvelle notre amitié personnelle avec notre saint Patron ou quelque autre Saint qui nous est proche et qui nous entraîne… Restons bien convaincus que nos familles chrétiennes demeurent le lieu privilégié où nous exercer à vivre les valeurs du Royaume, où nous exercer à la sainteté. « Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande … dans les cieux ! » C’est avec cette promesse de Jésus au cœur que nous irons rendre visite, au cimetière, aussi bien aux saints de nos familles, qu’aux âmes qui ont encore besoin de notre charitable prière, peut-être de notre pardon. – Laissons-les aussi nous redire que notre vie sur terre est éphémère et qu’il est urgent de nous préparer à l’éternelle vie dans la maison du Père, avec Marie et tous les saints. Et que leur prière fasse grandir au fond de nous le désir du ciel. Amen ! P. Robert Witwicki sm
30ème dimanche du Temps Ordinaire – Année
A Après
les Sadducéens et les Pharisiens, voilà qu’un Pharisien, Docteur de
la Loi, essaie de piéger Jésus. La ficelle, si l’on peut dire, est
grosse : Quel est le grand
commandement dans Et Jésus de répondre en citant le verset 5 du chapitre 6 du Deutéronome, que tout juif pratiquant sait par cœur ! Puis il ajoute le second commandement, toujours en citant l’Ecriture, dans le livre du Lévitique au chapitre 19, le verset 18. Par sa réponse puisée dans les Ecritures, Jésus montre qu’il n’est pas venu abolir le texte de l’Ancien Testament, mais qu’il le confirme, et par toute sa vie, sa mort et sa résurrection, il va même l’accomplir dans son intégralité, dans sa pureté. Mais
ici, Jésus donne une précision fondamentale : Tout
ce qu’il y a dans l’Ecriture – dans Autrement dit : l’Ecriture ne parle que d’amour. Elle est inspirée par Dieu qui n’est qu’amour. Elle ne traite que de l’amour de Dieu, de l’amour du à Dieu, de l’amour du au prochain et même à soi-même. Reprenons donc cet enseignement : Tu
aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de
tout ton esprit. Aimer Dieu de tout son être suppose que nous ayons pris conscience de qui est Dieu, de ce qu’il a fait pour nous, en quoi et comment il nous aime. Dès
le livre de Dieu
créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, il les créa
homme et femme. (Gn 1, 27) Non
seulement Dieu place l’homme et la femme au sommet de la création
mais il en fait des partenaires à son image, capables comme lui de
choisir, de décider, d’aimer. Nous savons l’usage que nous faisons
de notre liberté ! Nos choix ne sont pas toujours en harmonie avec
le projet de Dieu. Devant cet échec, tout au long de l’Ancien
Testament, nous voyons Dieu conclure des alliances avec son Peuple,
manifestant ainsi sa fidélité devant l’infidélité des hommes. La
venue de Jésus, le Fils de Dieu, sur la terre, constitue l’ultime étape
et la parfaite alliance qui nous réconcilie avec Dieu, qui non
seulement nous réhabilite mais nous donne la filiation adoptive et nous
introduit dans la vie divine. On ne peut pas faire plus. Voilà donc
bien des raisons d’aimer Dieu de tout son être. Mais
ensuite Jésus nous rappelle le second commandement : Tu
aimeras ton prochain comme toi-même. S’il
nous est bien difficile d’aimer Dieu de tout notre cœur, car bien
souvent nos actions démentent nos intentions – saint Paul ne dit-il
pas de lui-même : Je ne réalise
pas le bien que je voudrais, mais je fais le mal que je ne voudrais pas (Rm
7, 19) – combien plus il nous est difficile d’aimer notre prochain
et quelque fois même plus encore, de nous aimer nous-mêmes ! Comment
honorer ce commandement du Seigneur ? Il
nous faut revenir à la citation initiale puisée dans le livre de Le
Seigneur nous demande d’avoir ce sentiment pour tout être humain.
Mais le sentiment divin est toujours un acte posé. Aussi le Seigneur
nous demande que nos actes vis-à-vis de notre prochain soient en
harmonie avec l’amour que nous devons lui porter. Et ce n’est pas
chose facile ! Car nous sommes tous imparfaits, autrement dit pécheurs.
Nos pensées, nos attitudes, nos actions, sont souvent entachées par le
mal. Aussi nous est-il parfois très difficile d’avoir un amour du
prochain à l’image de celui que Dieu lui manifeste. Jésus
nous donne la clé de l’amour que nous devons porter à notre
prochain. Il nous dit de l’aimer comme nous-mêmes. Je me souviens de
la réflexion d’une collègue de travail, avant que j’entre chez les
Marianistes, qui me dit un jour : Si
je dois aimer les autres comme je m’aime moi-même, alors je ne leur
fais pas un cadeau ! Cette personne ne s’aimait pas. Il
n’est pas toujours facile de s’aimer soi-même. Je constate parfois
que des personnes sont des juges très sévères d’elles-mêmes. Comment
s’aimer soi-même sans tomber dans l’orgueil ou le narcissisme ?
Il faut apprendre à voir comment Dieu nous aime personnellement. Il
nous a fait à son image, mais cela se traduit aussi par des qualités
que nous avons en nous, des circonstances qui nous permettent de les
exercer. Si
nous n’oublions pas de remercier le Seigneur pour ces capacités
qu’il a mis à notre disposition, si nous savons voir les dons que les
autres ont et que nous en rendons grâce à Dieu, alors assurément nous
honorerons ce deuxième commandement. Ce commandement de l’amour du prochain est second par rapport à celui de l’amour que nous devons à Dieu. Car comme il est source de tout amour nous apprenons à l’aimer lui, ainsi que notre prochain et nous-mêmes. Tout au long de sa vie publique nous voyons Jésus avoir un amour de prédilection pour les plus démunis. Déjà dans le livre de l’Exode cette attention aux pauvres nous est rappelée. Quels sont les pauvres dans notre monde d’aujourd’hui ? Ils ne manquent pas et s’invitent souvent dans notre maison par le biais des informations télévisées par exemple, au point que nous sommes parfois submergés par la vision de tant de misères. Mais quelles sont les personnes en difficulté dans notre vie concrète et que nous croisons ? Auxquelles nous pouvons apporter une aide ? Mercredi dernier, à une heure de grande écoute, il y avait un film retraçant l’action du Père Joseph Wresinski, le fondateur d’ATD Quart Monde. Il est venu en aide avec des moyens pauvres aux plus démunis, mais aujourd’hui encore ces personnes ne manquent pas. Il a su les aimer, comment les aimons-nous ? La
première pauvreté est celle de l’ignorance de l’existence de Dieu.
Au cours de ce mois d’octobre, et plus particulièrement cette semaine
et ce dimanche, nous prions pour les missions. Missions ici, mais aussi
missions au loin. Tout baptisé est porteur de
29e dimanche ordinaire A 2011 « Je suis le Seigneur, il n’y en a pas d’autre ». L’Evangile de ce jour n’a pas été choisi, bien sûr, à cause de l’actualité politique en France mais il nous rejoint au bon moment pour nous inciter à faire le point sur la manière dont nous comprenons et remplissons nos devoirs respectifs de citoyens de la terre et de citoyens du Royaume de Dieu. Le rapport entre les deux n’est pas toujours simple. a) Le livre d’Isaïe rappelle clairement au roi Cyrus qu’il y a au-dessus de lui un roi plus grand et que le pouvoir qu’il exerce, il l’a reçu. Qu’il reste donc bien à sa place sans usurper celle de Dieu ! b) Si, en ce mois
d’octobre, vous cheminez avec le mensuel « Parole et Prière »,
vous lisez aujourd’hui un texte du Père Chaminade qui peut vous
surprendre, tellement il insiste sur l’idée de séparation :
« La sainteté sépare l’âme de toute créature » -
« Les chrétiens doivent être saints et séparés de tout ».
Au lendemain de 1. il importe, disent les pères du concile, que l’on distingue nettement entre les actions que les fidèles, isolément ou en groupe, posent en leur nom propre comme citoyens, guidés par leur conscience chrétienne (comme de voter), - et les actions qu’ils mènent au nom de l’Église, en union avec leurs pasteurs (comme de soutenir généreusement le travail des missionnaires de l’Evangile – comme on nous le demande précisément aujourd’hui, où la quête est pour les missions). 2. L’Église ~ ne se confond pas avec la communauté politique ; elle n’est liée à aucun système politique ; elle est à la fois le signe et la sauvegarde du caractère transcendant de la personne humaine. 3. Sur le terrain qui leur est propre, la communauté politique et l’Église sont indépendantes l’une de l’autre et autonomes. Cependant toutes deux, quoique différemment, sont au service de la vocation personnelle et sociale des mêmes hommes…. pour le bien de tous… Elles rechercheront donc une saine coopération entre elles…. L’homme, insiste le concile, n’est pas limité aux seuls horizons terrestres, mais, vivant dans l’histoire humaine, il conserve intégralement sa vocation éternelle. Le rôle de l’Église, fondée dans l’amour du Rédempteur, est de contribuer à étendre le règne de la justice et de la charité à l’intérieur de chaque nation et entre les nations. Elle veut éclairer de la vérité de l’Évangile, prêché et vécu, tous les secteurs de l’activité humaine ; elle respecte et promeut aussi la liberté politique et la responsabilité des citoyens. » C’est autre chose que Pepone et Don Camillo. c) Mais revenons à la page d’Evangile de ce dimanche : La question à laquelle a répondu Jésus ouvre dans l’Evangile de St Matthieu une série de questions-réponses sur les choses fondamentales de la vie de foi. Le climat est celui de ces repas dans les familles juives, qui sont l’occasion de véritables catéchèses. Les enfants et les jeunes posent leurs questions, sincères ou impertinentes, et le père de famille répond et initie ses enfants à la sagesse qu’inspire la foi d’Israël. – Est-ce que dans nos familles chrétiennes aussi on cause des choses de la foi autour de la table familiale ? Est-ce qu’on fait même une vraie prière avant ou après le repas ? Jésus est dans la position du père de famille. Savourons le témoignage que lui rendent ses interlocuteurs, même s’il prend dans leur bouche la forme d’une flatterie : « Toi, Jésus, tu es toujours vrai ; tu enseignes le vrai chemin de Dieu ; tu es impartial ! » L’objectif des Pharisiens et des Hérodiens qui interrogent Jésus n’est malheureusement pas de chercher auprès de lui une lumière pour leur vie mais de le faire chuter. Jésus n’en réussit pas moins à placer sa leçon. Sur la pièce romaine qu’il se fait présenter, tout le monde voit inscrite la prétention de l’empereur à se faire adorer comme un dieu. Or – humour du récit – cette pièce sort de la poche de ces Pharisiens qui se veulent plus fidèles que quiconque à la loi de Dieu qui interdit d’adorer des créatures. Dégagé du piège, Jésus enseigne : Certes, la monnaie en question porte l’image de l’empereur, mais il y a une autre image, plus importante : c’est l’image de Dieu inscrite au fond de toute créature humaine. L’appartenance à Dieu que signifie cette image ne peut pas être aliénée à l’empereur de Rome, ni à aucun autre pouvoir terrestre. Jésus nous ramène du terrain politique sur le terrain religieux. Finalement, dit le récit de Matthieu, les Pharisiens « furent tout étonnés » car, au fond, Jésus pense comme eux ! Le plus grave, en effet, n’est pas la circulation de monnaies païennes, mais bien la profanation de la dignité humaine originelle ; non pas ce qui souille les mains, pourrait-on dire, mais ce qui souille le cœur. Récemment, en Allemagne, Benoît XVI disait : « L’Église s’ouvre au monde non pour obtenir l’adhésion des hommes à une institution avec ses propres prétentions de pouvoir, mais pour les faire rentrer en eux-mêmes et ainsi les conduire à Celui dont toute personne peut dire avec St Augustin : Il est plus intime à moi-même que moi-même (cf. Conf. 3, 6, 11). Lui, qui est infiniment au-dessus de moi, est toutefois tellement en moi-même jusqu’à être ma véritable intériorité. » Nous pouvons méditer sur tout cela au cours de cette semaine, en fredonnant au fond de nous : « tout homme est un histoire sacrée, l’homme est à l’image de Dieu ! » Amen ! 28e dimanche ordinaire A - 2011 « Heureux
les invités au repas du Seigneur ! » Eh bien non : il y en a beaucoup qui ne sont pas heureux – ou plus heureux - d’avoir été baptisés, d’être catholiques, de s’être mariés à l’église, d’être invités à la communion eucharistique avec le Seigneur Jésus, d’être invités par notre évêque à la fête des familles à Bordeaux dimanche prochain… Et pourtant, tout avait si magnifiquement commencé ! faire partie des privilégiés qui ont été invités à la noce, n’est-ce pas une faveur ? une occasion de se montrer sous son plus beau jour, dans des habits qui vous transfigurent ? bien manger et bien boire ? danser jusqu’à l’aube… Un jour de paradis ! Que peut-on rêver de mieux ? Eh bien il y a en qui font la moue, qui font passer leurs projets personnels avant le souhait de leurs amis. Pire, qui accusent les amis qui les ont invités de les déranger, de se mêler de leurs affaires et qui se mettent à les insulter – et Jésus va jusqu’à imaginer des invités qui deviennent des criminels ! Ce que signifie cette image d’invitation aux noces, nous l’avons entendu, en d’autres termes, dans la première lecture : elle exprime la bienveillance de Dieu pour les hommes, son amour, son désir d’entrer en Alliance avec nous. Le prophète Isaïe a trois belles formules, qui nous touchent tout particulièrement dans ce sanctuaire de N.D. Consolatrice : le Seigneur, Dieu de l’univers, dit-il, « enlèvera le voile de deuil qui recouvrait les nations » - il « essuiera les larmes sur tous les visages » ; « il effacera l’humiliation de son peuple ». Evidemment, les interlocuteurs de Jésus comprenaient très bien à quoi il faisait allusion – à tous les prophètes envoyés par Dieu à son peuple choisi et qui non seulement ne les a pas écoutés mais qui, pour les faire taire, sont allés jusqu’à la solution radicale : les tuer. Les chrétiens de l’époque où l’évangile de Matthieu a été mis par écrit ne s’étonnaient pas tellement de l’allusion aux troupes envoyées par le roi en colère pour brûler la ville des invités rebelles : pour eux, si Jérusalem a été détruit pas les Romains, c’est bien parce que le peuple d’Israël a été infidèle à l’Alliance, et qu’au lieu d’accueillir le Messie envoyé par Dieu, il l’a crucifié. C’était leur manière d’interpréter l’histoire. Ce qui doit toucher les chrétiens lisant l’Evangile, ce qui doit nous toucher aujourd’hui, c’est davantage la suite de l’histoire. Dieu n’a pas fermé son cœur face à l’ingratitude des hommes mais il a relancé se serviteurs sur les routes pour relancer son invitation et son appel, mais à d’autres que les premiers invités. Contre ceux-là un jugement terrible a été prononcé : « ils n’en étaient pas dignes ! ». – Alors, dira St Paul, le Seigneur m’a appelé pour porter l’Evangile aux païens. Et Paul, et d’innombrables missionnaires avec lui et après lui ont parcouru les routes et les mers et les océans pour inviter au repas du Seigneur des hommes de toutes races, langues, peuples et nations… Paradoxalement, la salle des noces se remplit maintenant de « tous ceux que les serviteurs ont rencontrés sur les chemins -, bons et mauvais ! » est-ce à dire qu’on ne se soucie plus de savoir s’ils sont dignes ou non de s’asseoir à la table du roi ? La suite de l’histoire montre que le roi n’est pas du tout devenu gâteux, qu’il est toujours aussi exigeant : il fait jeter dehors celui qui est entré sans vêtement de noce, qui est entré pour bien manger et bien s’amuser mais sans se soucier des mariés ni de l’amitié du roi. Donc, en ce moins de la mission universelle, l’Evangile nous invite aujourd’hui à nous intéresser à l’évangélisation de notre monde, à l’histoire de l’Evangélisation mais plus encore à la nouvelle évangélisation, celle qui est en cours, et à l’avenir de la mission de l’Eglise dans les générations de nos enfants et petits enfants. Il nous demande de nous préoccuper, avec les responsables de l’Eglise, du recrutement de nouveaux évangélisateurs – mais aussi de prendre notre part dans le travail d’évangélisation, dans la catéchèse des enfants et des adultes, dans la préparation au mariage, etc. Il y a beaucoup de travail et peu de travailleurs, constatait déjà Jésus ! Par ailleurs, en entendant cet Evangile au cœur de cette messe, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser aussi à la communion eucharistique. Certes, nous disons tous, avant de nous engager dans la procession de communion : « Seigneur, je ne suis pas digne… mais dis seulement une parole et je serai guéri ! » mais avons-nous vraiment le souci de revêtir le vêtement de noces, de revêtir le Christ, comme nous l’a dit le prêtre qui nous a baptisés, en nous remettant le vêtement blanc… ? Le Seigneur sait que nous sommes pécheurs et Jésus a scandalisé les bien-pensants en allant manger « à la table des pécheurs »… et il n’a pas changé : il sait que nous sommes imparfaits et pécheurs… mais il nous demande en même temps de prendre vraiment au sérieux la démarche que nous faisons en communiant et de ne pas le faire comme un acte magique, ou routinier, ou distrait… pour ne rien dire de ceux qui vont communier pour se faire voir ou pire encore… - « Qu’au moins le « Seigneur, je ne suis pas digne » soit sincère ! On pourrait s’interroger aussi sur le sérieux de la demande de mariage à l’église ou du baptême des petits enfants, ainsi que de la confession. Revêtir le Christ pour être digne ou risquer de se faire jeter dehors ! Il ne faut pas blaguer ! Si le passage à l’Eglise des mariés n’est qu’un module de leur fête pour faire beau et solennel ; si le baptême des enfants n’est pas suivi de l’éveil à la foi et de la catéchèse, si le pénitent passe au confessionnal pour s’essuyer la conscience, sans préparation ni action de grâce… comment le roi pourrait-il être content ?
27e Dimanche temps ordinaire - A - 2011 « Mon
bien-aimé avait une vigne… » Il est heureux que dans notre pays de vignes nous soit proposé aujourd’hui le chant de la vigne du Seigneur, en pleine saison des vendanges. Dans toutes les paraboles qui s’inspirent de la viticulture, le temps des vendanges est toujours un moment très important pour le propriétaire et ceux qui travaillent avec lui ou pour lui. Ces paraboles comportent généralement quatre étapes : la première est celle du lancement du projet et du contrat entre les partenaires qui y sont impliqués. Ici, c’est le choix du site – un coteau plantureux - , la préparation du terrain : enlever les pierres ; le choix des plants, le souci de la protection du vignoble par une clôture et une tour de garde. Deuxième étape : le temps de la croissance et de la maturation – pendant lequel, le propriétaire étant absent, en voyage, la vigne est confiée à des vignerons. Troisième étape, capitale : le temps de la récolte. Et enfin, quatrième étape, celle du jugement et du règlement des comptes. Dans la parabole de Matthieu 21, la saison des vendanges fait couler non seulement le moût mais le sang des serviteurs chargés de recueillir le produit de la vigne pour les caves du propriétaire. En fait, ce dernier, au lieu de s’enrichir, est donc en train de tout perdre. Il lui reste un jocker : son fils. Il le joue… en se disant : « ils respecteront mon fils ! » mais il perd ! Le fils est jeté hors du domaine paternel dont il était sensé hériter un jour, et là, dépouillé de tout bien, il est tué. Vient donc le dernier acte du drame, le jugement… « Que fera le maître avec ces vignerons criminels ? » Les chefs des prêtres et les pharisiens à qui Jésus raconte la parabole font spontanément jouer la loi tu talion : œil pour œil, dent pour dent ! – « il fera périr misérablement ces misérables ». Eh bien non ! Et c’est là que vient la pointe de la parabole : l’œuvre du Seigneur n’est pas d’amplifier le cycle de la violence et de la mort mais de tout recommencer à neuf. Au long des siècles, depuis le premier Adam jusqu’au Christ nouvel Adam, chaque fois que les hommes se sont laissés emporter dans le péché et la mort, le Seigneur a proposé une nouvelle alliance. Jusqu’au jour où il a envoyé son Fils pour l’alliance définitive. Comme les prophètes envoyés par Dieu avant lui, il a été maltraité et tué par son peuple mais le Père l’a ressuscité. De la pierre rejetée, il a fait la pierre angulaire de l’Eglise, qui restera debout jusqu’à la fin des temps, quels que soient les assauts de l’Adversaire contre elle ! A l’époque où l’Evangile de Matthieu est mis par écrit, les chrétiens ont été à leur tour chassés de Jérusalem et même du pays des Juifs – mais contrairement à toute attente humaine, la persécution des chrétiens a été le point de départ d’une extension missionnaire qui ne s’est plus arrêtée jusqu’à nos jours. « Le royaume de Dieu a été donné à un peuple qui lui fait produire son fruit ! » Dans l’eau du baptême naît au fils aîné une multitude de frères, et le sang des chrétiens martyrs féconde la terre où l’Evangile est semé. Des usurpateurs qui veulent s’emparer de l’héritage et anéantir la vigne du Seigneur, il y en a toujours et aujourd’hui ils ne sont pas moins violents que par le passé et leur haine diabolique s’étale au grand jour. Mais la victoire restera à jamais dans le camp du petit David - « C’est là, l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux ! » - contre le Goliath des médias de la dérision et du blasphème au nom d’une soi-disant liberté d’expression de la libre pensée. - « Courage, j’ai vaincu le monde ! » nous dit Jésus – non par un arsenal plus ravageur que celui de l’adversaire mais par l’amour, la miséricorde, la paix. St Paul le confirme : « La paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, gardera votre cœur et votre intelligence dans le Christ Jésus ! » Au seuil de ce mois de la mission universelle, nous voici donc avec cette fresque haute en couleurs des relations difficiles entre Dieu et les hommes au sujet de cette terre dont les hommes veulent faire leur paradis sans Dieu, mais où le Père veut étendre son règne et établir une famille humaine fraternelle, solidaire, en pèlerinage vers le Royaume éternel. Qui donc est Dieu, pour nous aimer ainsi ?
chantons-nous… C’est le propriétaire du plus extraordinaire domaine
viticole dont nous n’avons pas fini de chanter l’amour, un amour qui
fait des merveilles… C’est ce Père qui aime tant les hommes qu’il
nous envoie son propre fils, né de « Aujourd’hui, Dieu nous parle en son Fils, qu’il a établi héritier de toute chose ». disait l’acclamation à l’Evangile. Attachons-nous donc à lui sans réserve. Allons travailler à la vigne du Seigneur sans calculer la fatigue ni même les risques mais sûrs de la récompense. Face aux attaques actuelles contre la vigne du Seigneur, contre l’Evangile et ses missionnaires, attachons-nous à ce que fait le Seigneur et à la manière dont il s’implique dans le drame : NON au talion, OUI à l’amour des ennemis, à la force et à la douceur de l’amour du Père. Non au sectarisme et aux insultes, oui à la vérité. « Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humble » tel est le Seigneur, telle est son humble servante, tels sont les saints, à qui appartient l’avenir, à qui appartient l’héritage. Choisir le règne du Père, nous obligera peut-être – et en particulier les parents chrétiens - à revoir concrètement l’ordre de nos priorités et à faire passer le catéchisme, la prière en famille, les rencontres de la communauté chrétienne à l’église quand sonnent les cloches, ou des actions de solidarité missionnaire … - avant le foot, le rugby, le loto, le bistrot ou la télé… Le règne de Dieu avant le monde, ses plaisirs et ses séductions. « Tu es béni, Dieu de l’univers, toi qui nous donnes le vin, fruit de la vigne et du travail des hommes : qu’il devienne pour nous le vin du Royaume éternel ! » Amen ! 26e dimanche A 25 septembre 2011 « Il a ouvert les yeux, il s’est
converti : il vivra » Ce
qui m’a d’abord frappé dans la parole de ce dimanche, c’est
qu’il y est question plusieurs fois d’ouvrir les yeux, de regarder,
et, au-delà, j’ai perçu un double appel de la part du Seigneur :
un appel à l’attention et un appel à l’action. Ezéchiel,
le psalmiste et St Matthieu nous demandent d’ouvrir l’œil :
celui qui était d’abord méchant « a
ouvert les yeux, il s'est détourné
de ses fautes, donc : il ne mourra pas, il vivra ! »
- Ouf ! sauvé ! - Et Jésus reproche aux chefs des prêtres
et aux scribes qui l’écoutent : « vous
avez vu Jean-Baptiste, vous avez vu qu’il menait une vie sainte,
parfaitement conforme à ce qu’il prêchait aux autres, et pourtant
vous n’avez pas bougé, vous ne vous êtes pas laissé ébranler par
sa parole et vous n’avez rien changé dans votre propre conduite. Au
fond, vous n’êtes pas meilleurs que Hérode qui l’a fait décapiter :
lui aussi aimait à entendre la parole du Baptiste mais ça ne l’a pas
détourné de la voie du mal qui l’a entraîné au pire. Ouvrir
l’œil pour regarder où l’on met les pieds, pour voir si on est
dans la bonne voie. Faire attention ! réagir. Se poser des
questions. Faire le point, évaluer… et avoir le courage de se laisser
secouer pour bouger. Voir est important mais ne suffit pas. Voire et juger,
évaluer la situation, discerner la valeur et le sens ce que ce qu’on
vit, c’est bien, mais ne suffit pas encore. Ce que le Seigneur nous
demander c’est de voir, juger et
agir. Le méchant dont parle Ezechiel s’est mis à pratiquer
la justice et c’est cela qui l’a sauvé. C’est dans cette action
qu’il a engagé sa liberté. Dans le psaume nous avons demandé avec
instance que le Seigneur nous fasse voir
le bon chemin – mais après, c’est à nous de nous y engager et
d’y avancer. La
question de Jésus sur les deux frères surprend, tellement la réponse
est évidente : « Lequel des deux a fait
la volonté du père ? » Evidemment : celui qui l’a faite,
celui qui est effectivement allé travailler dans la vigne. Son
frère nous fait un peu rougir, n’est-ce pas, tellement il nous
ressemble… Qui n’a jamais éteint la sonnerie de son réveil pour
replonger dans son oreiller ? On croirait entendre maman appeler :
Lionel, tu mets la table, s’il te plaît ? … Tu m’entends ?
– Oui, maman !... et le jeu continue sur le petit écran… et la
table attend… Et
qui de nous n’a pas fait des promesses, pris des engagements, choisi
une règle de vie… avec le plus grand sérieux, pour constater,
quelque temps après, que rien n’a bougé, que le temps de l’oraison
est toujours submergé par autre chose, que le DSA est repoussé
jusqu’à la veille de la réunion mensuelle, etc… La
parole de ce jour nous suggère quelques remèdes à cette
tendance à la paresse, au bluff, à l’inefficacité… D’abord,
ouvrir les yeux, regarder la
réalité en face pour en voir les côtés lumineux mais aussi les
ombres… Reconnaître, et se demander pourquoi on est comme ça,
pourquoi on n’y arrive pas... Prier aussi, comme nous l’avons fait dans le psaume, pour demander au
Seigneur de nous montrer le bon chemin et nous faire voir où mène la
voie dans laquelle nous avançons. Car le Seigneur que nous prions a
vraiment envie de nous montrer le chemin. Jésus ne se présente-t-il
pas lui-même à nous comme « le chemin » qui mène à la vérité
et à la vie ? Et quand il apprend à prier à ses disciples, il
nous indique quels exercices spirituels feront de nous les fils et les
filles que le Père attend : qui reconnaissent son amour, qui font
sa volonté, qui travaillent
à faire avancer son règne
dans leur vie et dans le monde… Ce
qui doit aussi nous motiver et nous faire avancer dans la bonne
direction, c’est l’exemple
des saints, des modèles vivants de ce à quoi nous sommes appelés :
« vous avez vu vivre
Jean-Baptiste et pourtant ce qu’il vous a dit,
vous ne l’avez pas fait ! »
Dans un les Equipes Notre Dame, vous fréquentez des couples que vous
admirez, qui vous étonnent, qui vous attirent : suivez-lez !
imitez-les ! Lisons de temps en temps une vie de saint, qui nous
prouve que c’est possible, la sainteté, mais qu’il faut se lever
quand c’est l’heure, qu’il faut mettre la main à la pâte quand
on nous le demande… Décider,
prendre des engagements réalistes et réalisables. Ne pas mettre la
barre tout de suite trop haut pour ne pas nous décourager… L’Evangile
de ce jour n’éclaire pas seulement notre vie spirituelle personnelle,
mais aussi la mission de l’Eglise
dans notre monde. La vigne dans laquelle le Seigneur veut nous faire
travailler, c’est notre monde !
« Va travailler à ma
vigne », ne te replie pas sur ton couple, sur ta petite
famille… On cherche des bénévoles pour faire vivre la paroisse, des
catéchistes, des équipes liturgiques…, pour faire fonctionner les
rouages du mouvement auquel on appartient… on cherche des témoins, on
cherche des prophètes, on cherche des talents, on cherche des guides…
L’histoire
que raconte Jésus aujourd’hui est courte : nous pouvons en
imaginer une suite : par exemple, retrouver les personnages de la
parabole au soir de cette journée. Qui sera alors le plus fier et le
plus heureux ? Que dira le père à chacun de ses fils ? –
et eux, que lui diront-ils ? Que dira le garçon qui est allé
travailler à celui qui avait dit « oui » mais qui n’a
rien fait ?... Ouvrir les yeux,
et percevoir le double appel du Seigneur à l’attention et à
l’action. Je
voudrais ajouter un mot que m’inspire la lettre de Saint Paul aux
Philippiens. Quand nous chantons : tournez
les yeux vers le Seigneur… : vers où tournons-nous spontanément nos
yeux ? N’est-ce pas vers en haut ? vers le ciel ? – « Notre
Père qui est aux cieux… ! » … Et pourtant St Paul
nous dit : si vous voulez rejoindre Jésus, regardez en bas, vers
ce qui est petit, vers ce qui est humble, vers ceux qui lavent les pieds
ou cirent les chaussures, vers les humiliés… Ne croyez donc pas
servir le Seigneur seulement quand vous levez les mains et les yeux vers
le ciel pour la louange, mais aussi lorsque vous vous penchez sur vos
petits, lorsque vous vaquez à vos tâches ménagères, lorsque vous prêtez
attention aux mendiants, aux pauvres de la terre. Aussi bas que vous
irez, vous trouverez Jésus, car lui, il est descendu jusqu’aux
enfers, pour chercher les hommes au plus bas de l’échelle… Ouvre
mes yeux, Seigneur, – aux merveilles de ton amour -, certes, mais
aussi à mes frères et à mes sœurs qui ont besoin de mes bras. –
Servante du Seigneur, Vierge Marie, apprends-moi à servir avec humilité,
générosité et joie. – Amen ! P. Robert Witwicki sm
HOMELIE
DE Basilique
de Verdelais - Dimanche 11 septembre 2011 Chers
frères et sœurs, Dans
l'évangile que nous venons d'entendre, Jésus est présenté comme
celui qui apporte le salut de Dieu aux hommes. L'ange, en effet, dit à
Joseph : « Elle mettra au monde
un fils auquel
tu donneras le nom de Jésus (c'est-à-dire: « Le Seigneur sauve »),
car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés ». La liturgie
de l'Eglise parlera de Marie comme « l'aurore du salut » et désignera
le Christ comme « la source du salut ». Avouons que cette question du
salut parle peu aujourd'hui à beaucoup de nos contemporains. La plupart
recherchent la santé, l'épanouissement personnel, la réussite ou le
bonheur, pas le salut. Pourtant, le salut est justement ce que Dieu veut
nous donner, ce que nous avons à accueillir et ce dont nous avons à témoigner
auprès de tous. Le
salut est justement ce que Dieu veut nous donner et il nous est bon ce
matin de nous remettre devant cette exclamation de Jésus qui nous est
adressée comme une invitation : « Si tu savais le don de Dieu » (Jn 4, 10). Vous avez reconnu là la
parole du Christ à Chaque
année, il m'est donné de découvrir dans la vie d'hommes et de femmes
cette action transformante du Christ. Je pense à la rencontre que j'ai
en début de Carême avec les catéchumènes adultes qui vont être
baptisés à Pâques. Dans cette rencontre préparatoire à l'appel décisif,
je leur pose souvent la question : qu'est-ce qui a changé dans votre
vie depuis votre rencontre avec le Christ ? Qu'est-ce qui vous a frappés
dans l'Evangile comme appel à vivre autrement ? Leurs réponses - je
dois l'avouer - rafraîchissent ma foi. Elles nous renouvellent, nous,
les chrétiens de vieille date qui risquons de ne plus percevoir ce qu'a
de neuf et de bouleversant ce contact avec l'Evangile. Je
pense à cette fille qui me disait : « Le Christ m'a libérée de ma dépendance
vis-à-vis du regard des autres. J'étais trop préoccupée, angoissée,
par ce que les autres pouvaient penser de moi, par le jugement qu'ils
pouvaient porter sur moi. Aujourd'hui, le Christ m'a libérée de cette
dépendance, il m'a fait prendre du recul. Il a libéré ma liberté ».
Saint Paul, vous le savez, soulignera aux Galates cette action libératrice
du Christ : « C'est
pour que nous soyons vraiment libres que le Christ nous a libérés » (Gal.
5, 1). Une
autre jeune femme m'a fait part de sa guérison. Je l'avais rencontrée
au moment de son baptême. Elle n'arrivait pas à pardonner à un membre
de sa famille qui avait abusé d'elle dans sa jeunesse. Elle me disait :
« Aujourd'hui, je n'arrive pas à lui pardonner. Par contre, je suis
arrivée à ne plus vouloir me venger. Qu'en pensez-vous ? C'est déjà
pas mal, non ? ». Je l'ai revue deux ans après pour sa confirmation :
joyeuse, elle est venue vers moi en me disant : « Vous vous rappelez de
moi. Le Christ m'a donné de pouvoir vraiment pardonner. Je suis dans la
paix ». Oui, l'Esprit travaille les cœurs. Combien pourraient témoigner
de ces guérisons intérieures ! Un
garçon coréen travaillait dans le commerce de l'import-export. Il me
disait: « Je travaille dans une boîte où il y a une grande rotation
du personnel, nous sommes interchangeables. Nous sommes comme des
matricules. D'ailleurs, le regard que nous portons sur nos clients n'est
conditionné, lui aussi, que par l'argent. En les abordant, je pense :
`comment pourrais-je gagner de l'argent avec eux ? Qu'est-ce qu'ils
pourront nous apporter financièrement ?' Or, en ouvrant l'Evangile,
j'ai découvert que, pour le Christ, chaque personne avait une valeur
unique et devait être regardée avec un regard d'amour. Je ne vois plus
le monde de la même façon. Mes yeux se sont ouverts ». Le salut,
comme puissance d'illumination ! Une
autre jeune femme soulignait que l' Evangile avait été une véritable
école de la confiance. Elle se sentait aimée par le Seigneur et cet
amour lui avait permis d'avoir davantage confiance en elle, et donc plus
facilement aussi dans les autres. Elle sentait qu'elle avait changé :
grâce à cette confiance que le Seigneur avait en elle et de cette
confiance qu'elle avait en retour dans le Seigneur. Je
pense enfin à cet homme jeune qui me confiait : avant, j'étais très
intéressé dans mes affections et mes relations. C'était toujours dans
la logique du donnant-donnant. Je donnais aux autres si j'étais sûr de
recevoir l'équivalent en retour. Si j'étais déçu, c'était terminé.
Or, j'ai découvert que le Christ m'aime malgré mes refus et mon péché,
que son amour est gratuit, généreux ...J'essaie d'aimer comme lui. Ce
n'est pas toujours facile. Mais quand je le vis, je me sens heureux. Ce
qui me frappe, c'est que tous, d'une manière ou d'une autre, témoignent
de la joie, de la joie que donne l'amitié avec le Christ, de la joie
qui naît du travail de l'Esprit en nous. Ils expérimentent en eux la réalisation
de la promesse de Jésus : « Votre cœur sera dans la joie et cette joie, personne ne pourra vous
l'enlever » (Jn 16, 22). Frères
et sœurs, nous avons à découvrir les facettes multiformes de cette
action de Dieu en nous et à partager entre nous dans l'action de grâce
les merveilles que Dieu réalise en nos vies. Mais,
si nous avons à accueillir ce don de Dieu, nous avons aussi à en témoigner
auprès de tous. Certes, nous vivons aujourd'hui dans une société qui
renvoie volontiers la religion, les convictions religieuses, dans le
domaine privé, dans celui de l'intime, dans celui du jardin intérieur
de chacun. Chacun a le droit de penser ce qu'il veut. Mais, qu'on ne
vienne pas empiéter sur le domaine intime de chaque individu ! Cela
marque la mentalité d'un certain nombre de catholiques. Ils vivent leur
foi mais n'en parlent jamais. Ils se referment sur leur pratique
personnelle, familiale ou paroissiale. Ils vivent leur vie religieuse
dans des réseaux qu'ils choisissent mais restent très silencieux à
l'extérieur. Or, je crois qu'on ne peut pas avoir découvert la source
d'eau vive et s'y être désaltéré sans la proposer à tous ceux qui
sont assoiffés. D'ailleurs, dans la vie courante, des gens qui sont
passionnés par quelque chose (la musique, la peinture, le sport, la
politique...) ne peuvent pas s'empêcher de faire partager cette passion
aux autres. De plus, quand on aime quelqu'un, on a envie d'en parler, de
le ou de la faire connaître. Il en va de même pour la foi qui est une
relation d'amitié, une relation d'amour. Oui, le Christ nous envoie, à
notre tour, pour dire à tous : « Si tu
savais le don de Dieu! ». Certes, il ne s'agit pas de se lancer
dans un prosélytisme intempestif et non respectueux de la liberté des
autres mais de témoigner de ce qui nous fait vivre, de notre « joie de
croire et de notre joie de vivre » pour reprendre le titre d'un beau
livre du père Varillon. Cela, bien sûr, nous renvoie à la vigueur de
notre vie spirituelle, à la profondeur de notre expérience du Christ.
Rappelons nous qu'une foi qui ne se propose pas et ne se partage pas est
une foi qui risque de se dessécher. Ce qu'on appelle d'ailleurs la
nouvelle évangélisation n'est pas d'abord l'utilisation de moyens
nouveaux ou la mise en place d'une stratégie pastorale, c'est ce
sursaut de la foi de ces croyants et de ces communautés qui proposent
à tous avec une ardeur renouvelée la joie de l'Evangile. Puisse
t Jean-Pierre cardinal RICARD Archevêque
de Bordeaux
Assomption
2011 « Il
se souvient de la promesse faite à nos pères… » chante
Marie. Et dans le verset de
l’Angélus nous répétons : « Prie pour nous sainte Mère
de Dieu – afin que nous soyons dignes des promesses
du Christ ! » En cette fête de l’élévation
au ciel de Marie, cette phrase nous fait inévitablement penser à la
promesse de la vie éternelle que nous professons dans le Credo: « Je
crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle. Amen !
Oui, j’y crois ! ». Plutôt que de
commenter de près les lectures que nous venons d’écouter, je vous
propose quelques réflexions sur un des aspects du mystère célébré,
à savoir, l’espérance chrétienne. Face au monde comme il va, on se
pose beaucoup de questions inquiètes sur son avenir ; avec un
sentiment de crainte ou d’inquiétude plus souvent que de joyeuse espérance.
C’est bien le moment pour nous, chrétiens, de témoigner de notre espérance
au milieu de nos contemporains, nous qui chantons chaque jour le
Magnificat de Marie, à
la suite de Marie, avec
Marie… Pendant 15 jours, le
journal La Croix vient de proposer une méditation du cantique de Marie,
avec de beaux témoignages. Le 11 août c’était celui de Françoise
Bouchet-Saulnier, de Médecins sans Frontière. « Marie prononce
le Magnificat au moment où il ne s’est encore rien passé. Elle voit
ce que personne n’a encore vu et qui est pourtant dans
l’Incarnation. Croire sans voir n’est pas donné à tout le monde.
Marie entend l’annonce, la comprend et la croit. Cette ouverture au
destin est profondément humaine et extraordinaire. – Plus largement,
le Magnificat montre à Françoise le rapport de l’homme à son
destin, le lien entre l’existentialisme et le fatalisme. « Dans
la vie, dit-elle, on veut beaucoup de choses, mais il y a aussi tout ce
qu’on reçoit et que l’on n’a pas choisi. Ou que l’on avait désiré
mais sans en avoir les moyens. » Marie chante le Magnificat au
moment où son projet de mariage avec Joseph prend des dimensions qui la
dépassent. « Elle accepte une vie qui ne se résume pas à elle-même,
un destin qui lui échappe mais qui sera encore plus magnifique ».
« Quand on prend un risque dans sa vie, on devient porteur d’espérance.
On sort du déterminisme ; mais sans certitude. – Un seul
individu peut tout renverser- mais peu de gens y croient et prennent le
risque. Les avancées dans l’histoire surviennent toujours dans des
contextes improbables. Ce n’est pas la loi des probabilités qui mène
le monde. Marie croit que les pauvres peuvent être honorés, que les
riches ne gagneront pas toujours et qu’ils tomberont de leur trône ;
que ceux qui ont faim pourront manger. Elle pense que c’est cela qui
est juste et qui doit advenir ». Qu’il nous est bon de recevoir
ce ballon d’oxygène spirituel aujourd’hui ! Et nous demandons
à Marie d’insuffler cette espérance dans le cœur des jeunes qui
sont en route pour Madrid, dans ceux qui hésitent à répondre à une
vocation qu’ils entendent au fond de leur cœur – pour le sacerdoce,
la vie consacrée, le mariage chrétien, etc. L’Eglise se définissait
au dernier concile comme peuple
de l’espérance. Dans Lumen Gentium : «L’Église
avance dans son pèlerinage à travers les persécutions du monde et les
consolations de Dieu, annonçant la croix et la mort du Seigneur
jusqu’à ce qu’il vienne (cf. 1 Co 11, 26). La vertu du
Seigneur ressuscité est sa force, pour lui permettre de vaincre dans la
patience et la charité les afflictions et les difficultés qui lui
viennent à la fois du dehors et du dedans, et de révéler fidèlement
au milieu du monde le mystère du Seigneur, encore enveloppé d’ombre,
jusqu’au jour où, finalement, il éclatera dans la pleine lumière. »
Le dernier
paragraphe de Lumen Gentium, présente Marie elle-même dans cette lumière
finale, comme « signe d’espérance
et de consolation pour le Peuple de Dieu en marche » Et il explique : Tout comme dans le
ciel où elle est déjà glorifiée corps et âme, la Mère de Jésus
représente et inaugure l’Église en son achèvement dans le siècle
futur, de même sur cette terre, en attendant la venue du jour du
Seigneur (cf. 2 P 3, 10), elle brille déjà devant le Peuple de
Dieu en pèlerinage comme un signe d’espérance assurée et de
consolation. » L’espérance est donc
présentée comme une vertu de pèlerins,
de gens en marche vers un but, un but assuré et garanti par Dieu, et
l’espérance fait tandem avec la consolation. Ces mots nous parlent
avec une force particulière en ce sanctuaire de Marie Consolatrice,
phare d’espérance dans des existences agitées par toutes sortes de
tempêtes. Quand
on chante Marie couronnée,
il faut donc penser non seulement à la vierge immaculée, toute pure et
sans tache, mais voir aussi sa couronne comme la récompense d’une
grande performance, d’une victoire acquise au terme d’une dure épreuve,
en l’occurrence, l’épreuve de la Passion du Christ, son Fils,
qu’elle a traversée jusqu’au Calvaire et jusqu’au matin de la Résurrection.
L'espérance
n’est pas une vague assurance
d"'aller au ciel" après la mort ; c’est une vertu,
une force que nous donne l’Esprit de Dieu pour nous faire avancer sur
le chemin de la vie vers l’éternité, et traverser les ravins de la
mort. Le
terme surnaturel promis par le Seigneur à notre aventure humaine,
-l’autre rive - nous y parvenons si nous nous appuyons non d’abord
sur nos propres forces mais sur la force que Dieu nous communique dans
le Christ et en Marie. Rappelons-nous l’Evangile du dimanche 7 août :
Jésus tend la main à Pierre et lui dit « viens,
marche sur l’eau », je suis vainqueur des forces d’en bas
et de la mort ! Dans
les périodes de crise ou de transition, le souci
de l'avenir devient comme une obsession chez les hommes. Lorsque
certains idéaux viennent à faillir, quand ce que l'on croyait un progrès
se transforme en menace pour l'humanité, lorsqu’on ne voit pas de
solution claire à certains problèmes, la société et les individus se
laissent facilement fasciner par le "futur". Nous,
les chrétiens, nous ne croyons pas à la fatalité mais nous croyons
que Dieu est à l'œuvre dans l'histoire du monde comme dans nos humbles
existences et qu’il nous parle par tous les événements. Recevons
avec prudence et réserve les pronostics
sur l’avenir, en particulier sur l’avenir de l’Eglise et de la foi
chrétienne, car l'histoire de l'Eglise nous montre que "les
voies de Dieu ne sont pas celles des hommes". Faute d’un regard de foi sur leur histoire, beaucoup de personnes se tournent
volontiers vers de soi-disant experts qui évaluent des tendances et élaborent
des plans sur des périodes plus ou moins longues. - Ce souci de planification n’est-il pas stimulé par la crainte face à
l'avenir ? ou par un besoin de sécurité : ils veulent que tout
soit "sous contrôle" !… « Les structures, déclare
Françoise dans la Croix, sont porteuses de déresponsabilisation, de déconscientisation.
L’humain a toujours une conscience et un sens des responsabilités –
souvent écrasés par l’impuissance et le fatalisme. Mais même dans
les situations paroxysmiques, la capacité de rencontre
des humains demeure. » Mystère de la visitation, brèche
ouverte à la grâce… La planification peut être utile dans la
sociologie ou l’économie, mais on ne peut pas calculer l’évolution
de la foi ou le progrès humain et spirituel des gens, la qualité de la
prière ou l’engagement des agents pastoraux… La vocation de tout
baptisé étant de devenir saint, le souci principal de l’Eglise doit
être la croissance spirituelle de ses membres et l'accomplissement de
leur mission, chacun selon sa vocation propre. Ce
que le sociologue ne peut pas saisir de la vie de l’Eglise, c’est sa
dimension charismatique. Le
Christ, son Fondateur, a promis : "Tu es Pierre, et sur
cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les puissances de l'Enfer ne
l'emporteront pas sur elle" (Mt.16, 18) ; « Je suis avec
vous tous les jours jusqu'à la fin du monde » (Mt. 28, l0).
"L'Eglise est mue par l’Esprit de Dieu, qui la pousse à "espérer
contre toute espérance" et
à chercher "d'abord le Règne de Dieu et sa justice".
- « Le reste vous sera donné par surcroît »,
ajoute Jésus ! - Marie dans son assomption, quel formidable
encouragement à vivre notre histoire dans l’espérance et l’abandon
confiant à l’Esprit de Dieu ! L’espérance
nous donne le courage de regarder en face
la réalité de notre monde, sa situation économique, politique,
sociale, culturelle, morale…, l’état de la famille, la fringale de
consommation, la permissivité, etc… "La vérité vous rendra
libres", dit Jésus. – Prudence, par ailleurs, face aux media
et à leurs critères peu ou anti évangéliques ! L'espérance,
ce n’et pas se tourner les pouces et que Dieu agisse : elle exige
aussi une action responsable de
notre part car l'avenir est pour une part le fruit des décisions,
grandes ou petites, que nous prenons maintenant, pour nous-mêmes ou
pour notre humanité, avec la responsabilité d’assumer les conséquences
prévisibles de nos décisions. Heureux les serviteurs
du Christ et de Marie, à la fois inutiles, dit l’Evangile, et
instruments indispensables entre leurs mains. "Celui qui croit
en moi fera, lui aussi, les œuvres que je fais. Il en fera même de
plus grandes" (Jn 14, 12). J’ai
fait allusion à la quinzaine du Magnificat dans La Croix, mais le
message de Marie a également été illustré par les témoins
de l’espérance que nous avons célébrés dans la liturgie ces
derniers jours : non seulement St Alphonse de Liguori et les Rédemptoristes,
St Jean-Marie Vianney, le Curé d’Ars, Saint Dominique et les
Dominicains, Sainte Claire et les Clarisses, Ste Jeanne de Chantal et
les Visitandines mais surtout les courageux martyrs que furent Edith
Stein, le diacre Laurent, Hippolyte de Rome, Jakob Gapp et Maximilien
Kolbe, qui ont proclamé la victoire de la Femme, la Mère de Dieu, sur
les puissances mortifères du totalitarisme moderne… Ces vies sont des
Magnificat existentiels, comme celle de Marie elle-même. En
ce jour où nous célébrons Marie élevée corps et âme dans la gloire
du ciel auprès de son Fils ressuscité des morts, une question très
concrète : est-il indifférent à nos yeux et sur le plan des
symboles et de l’expression de notre espérance, que l’on fasse
disparaître notre corps dans un crématorium ou qu’il soit déposé
en terre et rendu au cycle cosmique de la vie ? La mort est-elle la
fin de tout ? En tout cas pour nous, chrétiens, même à 90 ou 100
ans, la plus belle et la plus importante partie de notre vie est devant
nous : c’est l’éternité avec Dieu, en compagnie de Marie, la
reine du ciel et de tous les saints. Si telle est notre espérance,
osons la dire ! Levons
les yeux vers Marie, l’étoile de la mer : notre avenir, celui
de nos familles, de l’Eglise et de l’humanité - il
est aussi entre les mains de Dieu, de Marie. Vivons dans la fidélité
et la joie, en donnant autour de nous le témoignage de "cette
espérance qui est en nous". « A-t-on raison de prendre des risques, de croire en l’espérance ? » - Françoise Bouchet Saulnier répondait : « C’est un pari d’humanité. Ne pas espérer, c’est ne pas être un être humain. » Magnificat ! Amen ! P. Robert Witwicki sm
20A-ord2011 « Femme, ta
foi est grande : que tout se fasse pour toi comme tu le veux ! » Comment la Parole du Seigneur que nous venons d’entendre met-elle en lumière la signification du baptême et de l’Eucharistie que nous sommes venus célébrer ce dimanche ici ? Plusieurs images fixent le message : Et d’abord celle de la maison du père qu’évoque le prophète Isaïe : « les étrangers qui se sont attachés à mon service », promet le Seigneur, « je les rendrai heureux dans ma maison de prière ». Et l’Evangile de St Matthieu y ajoute la table familiale à laquelle sont attablés le maître de la maison et sa famille, jusqu’aux plus petits enfants, partageant le pain rompu par celui qui préside le repas. L’église est pour nous cette maison où la famille des croyants est invitée à se retrouver tous les dimanches pour le repas du Seigneur. Ce n’est pas seulement une maison de grands-parents où l’on passe quelques semaines de vacances. Il faut entretenir en nous le goût d’y demeurer, dans l’intimité du Père et le rencontre avec les sœurs et les frères. Nourris de la parole, du pain et de l’amour familial, nous pourrons alors en repartir fortifiés pour les missions qui nous attendent ailleurs… Les lectures de ce dimanche soulignent un aspect particulier qui doit caractériser cette maison : c’est son ouverture à l’accueil des autres. Les enfants du Père qui est aux cieux doivent apprendre de lui à aimer tous les hommes, sans exclusive, sans racisme, sans phobie... car c’est sur tous les hommes que le Père fait lever chaque matin le soleil ; c’est pour le salut de tous les hommes qu’il a envoyé son Fils, Jésus, dans le monde… Telle est la foi catholique… Et par là c’est déjà la deuxième image qui nous interpelle : celle de la frontière, de la limite. Si le Seigneur envisage d’ouvrir la maison de prière à tous les peuples, sans état d’âme, franchir une frontière est toujours un pas délicat. L’Evangile nous montre Jésus dans une région frontalière, non loin du Liban. Une femme franchit la frontière pour venir crier son SOS à Jésus. Les premiers lecteurs de Matthieu percevaient mieux que nous les subtilités du récit évangélique. En désignant la femme comme une Cananéenne, il fait allusion à des récits du livre de la Genèse (ch 9) sur les ancêtres, notamment l’histoire des fils et des petits fils de Noé dont un, Canaan, est maudit par Noé à cause de la faute de son père Cham. Du coup, Canaan représente une part de l’héritage familial, un territoire exclu de la promesse et de la bénédiction. Canaan est une brebis perdue… Or l’évangéliste fait dire à Jésus : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël ». Les premiers chrétiens étaient des Juifs d’abord attachés au culte du Temple de Jérusalem et à la Loi de Moïse et qui ont reconnu en Jésus le Messie ; ils ont eu du mal – et beaucoup d’autres après eux, d’ailleurs ! – à admettre que des incirconcis, des païens, puissent être admis dans l’Eglise directement, par simple profession de foi en Jésus, sans avoir eu à passer par les traditions d’Israël… Il y a aujourd’hui aussi bien des catholiques plus centripètes que centrifuges, mal à l’aise avec tout ce qui est précisément catholique au sens premier du terme, ouverture et accueil à tous. Le Jésus qui s’intéresse aux petits – petits enfants, petits chiens… - qui court derrière les brebis égarées, qui se préoccupe des voyageurs tombés aux mains des brigands et qui se met à table avec les pécheurs et les pécheresses notoires… ce Jésus les dérange. Mais on ne peut pas être de ses disciples sans partager sa sollicitude pour les marginaux de toutes sortes, sans vouloir que les païens soient admis dans la famille de Dieu. Tout le combat de St Paul est là, pour une Eglise authentiquement catholique, où Juifs et païens s’asseyent à la même table du Royaume. Regardons enfin un instant cette femme de Canaan. Elle souffre en tant que mère et c’est d’abor pour elle-même qu’elle prie Jésus : « Seigneur, viens à mon secours ! ». On ne connaît pas son mari. Elle en appelle à la filiation de David, grande figure paternelle en Israël… A travers la relation qui s’établit entre cette mère qui souffre et lui, Jésus lui-même s’ouvre à une dimension nouvelle de sa mission. La Cananéenne l’a en quelque sorte amené à élargir son champ missionnaire plus tôt qu’il ne l’avait pensé, avant l’heure. On songe à ce qui s’est passé à Cana entre Jésus et Marie. Dans les deux cas, Jésus a d’abord pris ses distances – mon heure n’est pas venue – Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël - puis il a répondu à la demande de la mère à cause de sa foi – qu’il appelle femme dans les deux cas – et notre récit se termine par la mention de l’heure : « à l’heure même, sa fille fut guérie ». Le Règne de Dieu est arrivé pour elle et sa maison. Elle pourra désormais entrer dans la maison du Père et prendre place à la table familiale, pour manger, elle aussi, le pain rompu et partagé. Le baptême nos fait disciples du Jésus qui nous est ainsi révélé, « envoyé par le Père pour guérir et sauver tous les hommes », pour amener à la table du Père non seulement les enfants restés sagement à la maison mais aussi ceux qui viennent ou qui reviennent de loin. Auprès des assoiffés de Cana comme des enfants tourmentés par des démons nous trouverons toujours la mère qui veille sur tous ses enfants – la Vierge Marie -, avec une sollicitude plus grande encore pour ceux qui souffrent et qui pleurent. La Cananéenne nous dit : allez donc à Jésus, frappez à son cœur miséricordieux ! Et du récit de Cana nous avons retenu l’ordre de Marie : Ecoutez ce que dit Jésus et faites-le ! Amen ! P. Robert Witwicki sm
Fête du Corps du Christ - 2011 «Le
pain que nous rompons, n'est-il pas Communion au corps du Christ ?»
1. Comme un encens qui s’élève en multiples volutes, comme une lente litanie, comme un rosaire, collier de roses aux couleurs et aux parfums multiples ainsi monte de la liturgie de cette fête du Corps et du sang du Christ, l’expression de la foi de l’Eglise dans le mystère de l’Eucharistie, en même temps que son amour émerveillé et ému face au don que nous fait le Christ dans ce repas. Voici d’abord quelques perles de cette espèce de litanie du Corps eucharistique du Christ qui parcourt la liturgie de notre fête. Essayons, chacun de nous, d’en recueillir l’une ou l’autre pour la garder aujourd’hui dans notre cœur, à la manière de Marie : Manne dans le désert ; nourriture inconnue de nos pères. (Dt 8, 16) Mémorial de ta Passion (oraison 1) Mémoire du salut par la croix (préface) Pain que nous rompons Communion au corps du Christ Pain vivant, pain de vie (Séquence) Donné au groupe des douze Apôtres Pâque de la Loi nouvelle Victime de salut Christ tout entier présent sous chacune des espèces, du pain et du vin, son corps et son sang ; Vie pour les justes Pain des anges Vraie nourriture, vraie boisson Pain de l’homme en route Vrai pain des enfants de Dieu Bon Pasteur, notre vrai pain Pain vivant venu du ciel (Evangile) Chair donnée pour que le monde ait la vie Chair du Fils de l’homme Signes d’unité et de paix Ce pain est vie éternelle Il demeure en moi et moi en lui… (Jn 6, 57) Résurrection au dernier jour Avant-goût de la jouissance éternelle de la divinité du Seigneur Jésus (post-communion). Dans la célébration de chaque messe, après avoir écouté Dieu nous parler et après avoir parlé longuement à Dieu le Père dans la Prière Eucharistique, nous arrivons aux rites de la communion – rites au pluriel -. Première phrase du célébrant : « unis dans le même Esprit – l’Esprit Saint, car c’est lui qui réalise la communion – Unis dans le même Esprit, nous pouvons dire avec confiance la prière que nous avons reçue du Sauveur : « Notre Père »… Prière reçue du Fils, adressée au Père, aux paroles de laquelle l’Esprit Saint donne en quelque sorte son efficacité. Et cet acte de communion à la Sainte Trinité se veut simultanément acte de communion ecclésiale : en disant cette prière ensemble, l’assemblée des fidèles est constituée corps ecclésial du Christ, comme nous le chantons parfois au moment de la procession de communion : « devenez ce que vous recevez, devenez le corps du Christ !» L’essentiel de la communion n’est pas de manger et de boire mais bien d’entrer en relation. Aussitôt après cet acte de communion qu’est la prière du Notre Père, le célébrant évoque les obstacles qui, de notre côté, nous empêchent d’entrer pleinement dans cette communion avec Dieu et avec les hommes, nos frères : le mal, le manque de paix, le péché. Et alors notre prière se tourne vers Jésus Ressuscité car lui, au soir de Pâques, fait don de la vraie paix à ses disciples troublés, enfermés dans la culpabilité de leur reniement ou de leur désertion. Nous avons commencé la messe bien conscients de former un peuple de pécheurs appelés à rencontrer Dieu et nous le réaffirmons maintenant, au moment de nous approcher au plus près du Seigneur : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir… » Tu veux entrer dans ma maison, tu veux entrer dans ma famille, ma communauté, tu veux entrer dans ma vie : tu sais que tu entres chez des pécheurs ! – mais nous savons et nous affirmons ce qui seul nous sauve : « dis une parole et je serai guéri ! » Nous venons de célébrer la solennité de Saint Jean Baptiste. Sa vocation a été d’ouvrir la route des pécheurs vers Jésus, le Messie, le Seigneur et le Sauveur. En même temps qu’il nous appelle à confesser nos péchés et à changer de vie, il nous libère en nous révélant que l’obstacle insurmontable de notre part est enlevé par celui qui vient : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ! » Quand sommes-nous prêts à communier au Corps eucharistique du Christ ? Est-ce quand nous nous en jugeons dignes parce que nous nous sommes confessés et que nous avons fait un profond acte de foi ? ou est-ce au moment où à la fois nous nous reconnaissons indignes de l’amitié du Seigneur et humblement disposés à nous laisser libérer du poids de notre péché par celui qui est venu « enlever le péché du monde » ? - Toi seul, Seigneur, peux me rendre digne de paraître devant toi et de te recevoir chez moi, comme Zachée ! C’est toi qui m’invites à entrer en communion avec toi ! Et alors le célébrant lance cette solennelle déclaration qui résume tout l’Evangile, la Bonne Nouvelle annoncée aux pauvres : « Heureux les invités au repas du Seigneur ! » Grand est le péché ; plus grands sont la miséricorde et le pardon ! « Dis seulement une parole et je serai guéri ! » Le but de la communion sera toujours triple : communion avec Dieu, notre Sauveur, communion avec l’humanité aimée par Dieu, libération du péché : pardon et paix. Les deux grands moments de la messe seront toujours : premièrement, la consécration, quand Jésus se rend présent à nous sous les espèces du pain et du vin et deuxièmement, la communion, quand Jésus fait de tous les communiants son corps mystique. Le but premier de la consécration n’est pas de nous permettre d’avoir la présence réelle du Seigneur dans un tabernacle ni de pouvoir l’adorer en regardons l’hostie consacrée, mais c’est bien d’abord que nous mangions le pain et buvions le vin pour avoir en nous la vie du Seigneur ressuscité et pour que le levain de l’Evangile, enfoui ainsi dans la pâte de notre condition humaine, puisse la faire lever et que le monde devienne le lieu de l’avènement du règne de Dieu, le lieu de la paix et de la fraternité entre les hommes, le lieu de la glorification du Créateur du ciel et de la terre par ces hommes qu’il a établis dans le jardin de la création pour le cultiver et le garder – « pour la gloire de Dieu et le salut des hommes » - de tous les hommes. La célébration de la communion n’est pas achevée, la messe n’est pas finie. Après avoir reçu et mangé le pain du Seigneur, nous communions tous ensemble dans un même acte d’adoration intense et d’action de grâce, conscients d’être au buisson ardent : ce lieu est Saint, le Seigneur est présent ; d’être à genoux devant la crèche : dans la mangeoire, voici le pain vivant descendu du ciel ; d’être les hôtes de Jésus, à la table du Jeudi-Saint, à la table d’Emmaüs… Et de même que nous avons déclaré : Amen ! – je crois qu’en me tendant l’hostie le prêtre me donne le Corps du Christ – de même nous déclarons : « Nous rendons grâce à Dieu » - au moment où le célébrant nous bénit et nous envoie en mission : allez ! Gardez au cœur la paix que Jésus vous donne ! Allez vivre en paix ! allez bâtir la paix dans le monde ! « La multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain ». A la déclaration de St Paul répond la préface liturgique : « que tous les hommes, habitant le même univers, soient éclairés par la même foi et réunis par la même charité ». – Nous mangeons pour vivre – dans la santé de l’âme et du corps ; nous mangeons pour vivre en enfants de lumière, amis et témoins du Christ ; nous mangeons pour travailler à l’évangélisation du monde. « Il est grand le mystère de la foi ! » Amen ! Robert Witwicki sm Trinité 2011 « Que demandez-vous à l’Eglise ? » - première question du célébrant tout au début du baptême. Ce que nous attendons de Dieu aujourd’hui, nous le lui avons dit dans la prière d’ouverture : « Dieu notre Père, tu as envoyé dans le monde ta Parole de vérité et ton Esprit de sainteté pour révéler aux hommes ton admirable mystère ; donne-nous de professer la vraie foi en reconnaissante la gloire de l’éternelle Trinité, en adorant son Unité toute-puissante. » Nous avons tous en tête la plus belle image jamais réalisée par un homme pour exprimer notre foi en la sainte Trinité, celle que nous appelons « la Trinité de Roublev ». Elle représente Dieu sous la forme de trois anges visitant Abraham et Sara et acceptant de se mettre à leur table sous le chêne de Mambré pour agréer l’offrande du repas par lequel Abraham veut honorer leur présence. En outre, cette visite de Dieu est l’occasion d’un échange de paroles : Abraham révèle à Dieu la peine profonde de sa vie : il est sans enfant, il n’est pas père - et Dieu, alors, lui fait la promesse que l’année suivante il aurait un fils. Le visiteur d’Abraham n’a pas dit son nom mais il a fait comprendre qui il est par la démarche de sa visite et par sa parole qui suscite la vie. Pour nous, les chrétiens, chaque fois que nous venons à la messe, nous sommes invités à la table du Seigneur. « Heureux les invités au repas du Seigneur !» Repas de Mambré, repas de Jésus avec les pécheurs, dernier repas avec ses apôtres, ses amis, dans la chambre haute, avant la Passion ; repas d’Emmaüs avec le Ressuscité… Nous n’avons jamais fini de réaliser ce qui se passe là, quand Dieu nous parle et nous livre les projets de son cœur, quand Dieu nous fait don de sa paix et de son pardon, de sa vie et de sa fécondité, quand il nous dévoile quelque chose de sa beauté et suscite notre admiration et notre joyeuse louange… « Gloire à Dieu ! Nous te louons, nous te bénissons, nous t’adorons, nous te glorifions pour ton immense gloire ! » C’est une autre visite de Dieu que rapporte le récit de la rencontre de Moïse avec le Seigneur, cette fois-ci sur le sommet d’une haute montagne, le Sinaï. « Le Seigneur descendit et vint se placer auprès de Moïse ». Hauteur qui dit la majesté de Dieu, inaccessible aux hommes, et en même temps proximité, mais proximité qui est le fait exclusif de Dieu lui-même. Dieu descend sur terre, Dieu se penche vers l’homme, le Père envoie son fils, qui s’abaisse jusqu’à nous… Ce que Dieu partage avec Moïse, ce n’est pas un repas mais c’est son miséricordieux pardon. Il n’y a pas seulement entre Dieu et nous l’abîme de sa grandeur et de notre petitesse, de son mystère et de notre ignorance, mais l’abîme plus grand encore que creuse entre lui et nous notre péché : son immense amour et notre cœur de pierre, dur, égoïste, orgueilleux, rancunier. Le Sinaï nous révèle le prodigieux mystère qui s’accomplit dans le secret du confessional : Dieu nous ouvrant son cœur brûlant d’amour : « Je suis le Seigneur, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de fidélité » ; et nous, lui livrant notre tête dure et lui confessant nos fautes et nos péchés, le bien que nous n’avons pas fait et le mal que nous avons commis. « Que Dieu notre Père vous montre sa miséricorde ! Par la mort et la Résurrection de son Fils, Dieu le Père a voulu réconcilier tous les hommes avec lui. Il a envoyé l’Esprit Saint pour la rémission des péchés. Par le ministère de l’Eglise, qu’il vous donne le pardon et la paix !» Dans le court extrait de sa seconde lettre aux Corinthiens, Paul nous donne en quelque sorte de jeter un coup d’œil sur l’intimité de Dieu pour en laisser imprégner notre vie… « Soyez dans la joie, vivez en paix, exprimez votre amitié mutuelle en échangeant un baiser de paix. » car Dieu est joie, paix, amitié, échange d’amour… Et Paul à son tour nous dit que Dieu veut partager cela avec nous : « Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion de l’Esprit Saint soient avec vous tous ! » C’est dans ce but que le Père a envoyé son Fils dans le monde, explique Jésus à Nicodème, venu de nuit l’interroger sur le sens de sa mission et de son message. L’essentiel est là : le projet de Dieu pour l’homme est un projet d’amour et de salut. « Dieu a tant aimé le monde qu’il nous a donné son Fils – pour que, par lui, nous soyons sauvés ». Et qu’est-ce qu’un homme sauvé, si non celui qui accueille Dieu qui vient à lui, qui trouve le sens de son existence dans la relation filiale qui le lie au Père, source de sa vie, dans la réponse filiale au Père que vit le Fils, obéissant au Père jusqu’au dernier souffle ; dans le projet de communion, d’unité, de concorde, de solidarité, de catholicité… auquel œuvre l’Esprit dans l’existence de ceux qui se livrent à lui. Ce que tout cela veut dire concrètement, dans notre existence humaine, nous l’apprenons dans la vie des saints, mais d’abord dans celle du Christ et celle de Marie. Vous entendez souvent les Marianistes prier ainsi : « que le Père et le Fils et le Saint-Esprit soient glorifiés en tous lieux par l’Immaculée Vierge Marie ! » Comprendre cette doxologie nous aide aussi à comprendre comment notre existence, à chacun de nous, peut être une existence « à la louange et à la gloire de la Très Sainte Trinité ». Nous disons que « le Dieu trine est le modèle ultime de l’union
dans l’amour et constitue donc une forteresse imprenable contre la
mort et le péché. Dieu-Amour - ou Dieu-Trinité - est l’origine et
la fin de l’événement pascal, du Calvaire où Jésus crucifié donne
Marie pour mère à ses disciples. En méditant sur le sens du drame de
la crucifixion, nous touchons aux racines de la grâce gratuitement donnée
à travers la foi, l’espérance et la charité. Le Dieu de l’amour
incarné – Père, Fils et Saint Esprit – est seul à même de nous
procurer la sécurité et le sens face au doute, au désespoir et à la
mort. Le Christ souffrant et le Christ travaillant parmi les hommes à
l’avènement du Royaume sont enracinés dans le Christ glorieux, tout
comme la victoire sur la mort ne peut provenir que de l’amour. En disant « Que le Père et le Fils et le Saint Esprit soient
glorifiés en tous lieux par l’immaculée Vierge Marie », nous
affirmons aussi que le modèle de l’humanité telle que Dieu l’a
voulue, et que la seule réponse à la quête innocente de l’identité
humaine s’appelle Marie. Elle est notre modèle ; en elle nous
voyons la vérité de l’amour de Dieu pour nous et la beauté de notre
régénération en Lui. En Marie immaculée, l’humanité entière
glorifie le Père, le Fils et le Saint Esprit. » Nous nous réfugions en Marie pour oser répondre à l’invitation du Seigneur à nous approcher de sa table. « Seigneur, je ne suis pas digne… mais je suis enfant de Marie… » Amen !
Robert Witwicki sm
Pentecôte 2011 « Un
bruit pareil à celui d’un coup de vent… une sorte de feu qui se
partageait en langues… prenons une comparaison : notre corps
forme un tout… » Frères et sœurs : On ne raconte pas l’histoire de l’Esprit comme on raconte l’histoire de Jésus, qui est celle d’un homme de notre monde et de notre grande histoire. On parle de l’Esprit dans le langage par lequel lui-même se fait connaître à nous : le langage de la poésie et des symboles, où les images disent des réalités plus grandes qu’elles-mêmes, et qui dépassent la perception de nos sens. Le langage de l’Esprit n’est pas celui du fils. Le Fils a un corps et le corps meurt si on le partage, si on le divise. L’Esprit parle feu : le feu partagé en flammes reste pleinement feu, de même l’eau d’une source qui remplit les cruches ou le vent qui souffle où il veut, s’engouffrant, indomptable, dans tout ce qu’il trouve ouvert … « Quand la lune se reflète dans l’eau, elle n’est pas mouillée. Quand le soleil se reflète dans l’eau, il ne s’éteint pas. » Les symboles de l’Esprit sont des éléments en mouvement, subtils, réels mais insaisissables. De toutes les facultés de notre être, ouvrons-nous aujourd’hui au mystère et à la présence agissante de l’Esprit de Dieu. Lâchons notre imagination à la rencontre des images de la liturgie qui évoquent l’Esprit ; sachons comprendre l’action mystérieuse qui s’opère dans les rites du baptême et de l’Eucharistie ; et dans ce sanctuaire marial, contemplons en Marie ce que l’Esprit opère dans la personne qui se livre à Lui. On pourrait faire la même lecture dans la vie des saints – de St Barnabé que nous fêtions hier, de St Arthur, martyr de la réforme anglicane au 16e s., le Patron de notre candidat au baptême, de celui ou celle dont nous portons personnellement le nom depuis le jour où nous avons été baptisés. La liturgie de la Pentecôte célèbre l’Esprit comme une source jaillissante qui purifie, apaise et féconde ; comme une force pour construire et pour franchir les obstacles ; comme un vent qui chasse les nuages, gonfle les voiles et secoue les feuilles mortes ; comme l’amour divin qui unifie et garde unis… « O feu, chante Saint-Ephrem, O feu dont la venue est parole et dont le silence est lumière. » Le feu de la Pentecôte, c’est comme un arc électrique entre Dieu et les hommes… Le Père livre à l’homme le Verbe « Je t’aime »… (Verbe avec un grand V) et quand l’homme accueille le souffle de l’Esprit, il peut dire à son tour : « je t’aime » - « tu sais que je t’aime ». C’est la parole ultime et centrale que Pierre – et l’Eglise qu’il représente - a à dire : « je t’aime » - à Dieu et aux hommes, même au frère ennemi : « tu sais, je t’aime ! »… L’Esprit nous introduit dans le mystère de la Sainte Trinité. On peu dire qu’il gère l’abaissement de Dieu le Père jusqu’à nous, les hommes, dans son Fils Jésus, devenu fils de Marie. - Et, en sens inverse, en quelque sorte, l’Esprit nous fait vivre, nous, de la vie de Dieu, dès cette existence terrestre ; il nous vivifie de la vie du Père. L’Esprit nous fait fils et filles de Dieu dans le Fils Unique, Jésus-Christ ; il nous filialise et il nous donne de réaliser que notre accomplissement humain ultime est de ressembler au Christ, d’être conformes au Christ. Lui, LE Fils, est l’aîné de la multitude des humains appelés à passer comme lui, par la Pâque, de ce monde au Père. Saint Paul voit même le cosmos entier, dans la grande communion des êtres créés, aspiré en Dieu le Créateur, une vision qui transparaît déjà dans le psaume qui nous avons chanté tout à l’heure. L’Esprit nous donne aussi part à ce qu’il est lui-même : il nous communique de son souffle, de son pneuma, pour nous rendre pneumatiques comme lui ; il allume en nous le feu de l’amour, il illumine nos intelligences pour les ouvrir à la vérité, il donne dynamisme à notre action, à nos engagements… - Une langue de feu se pose sur chacun des Apôtres, dit le récit des Actes : l’Esprit frappe à nos oreilles et les ouvre à l’intelligence de ce que nous dit Jésus, Parole du Père, Verbe de Dieu. A la Pentecôte de Jérusalem, l’Esprit se révèle donc lui-même, se fait connaître, et, en se communiquant à nous, disciples de Jésus, il nous rend nous-mêmes révélateurs, en ce monde, de Jésus et des mystères de Dieu. La mission dans laquelle il propulse l’Eglise, c’est essentiellement cela : faire connaître Jésus, chemin vers le Père. La première œuvre de Pentecôte est d’unir des peuples – Parthes, Mèdes, Elamites… . Chaque fois que des hommes différents - de races, cultures, religions mêmes…- se comprennent, l’Esprit reconstitue le Corps du Christ. On le reconnaît là ! Et dans l’Evangile, Jésus demande explicitement à ses disciples de coopérer avec l’Esprit par la rémission des péchés. L’Esprit qui nous inspire, nous fait aussi, comme Marie, chanter les merveilles de Dieu, célébrer le Nom de Jésus Sauveur qui est au-dessus de tout nom … « Quand on a le Saint-Esprit, dit le curé d’Ars, le cœur se dilate, se baigne dans l’amour divin. Le poisson ne se plaint jamais d’avoir trop d’eau… ! » Il arrive un moment où l’homme tout entier doit se mettre en mouvement, et devenir ainsi symbole vivant de l’Esprit, – à la manière de la Vierge Marie couverte par l’Esprit au jour de l’Annonciation, qui est partie en courant pour la première visitation de l’Eglise en mission. L’Esprit nous met en mouvement vers l’autre et nous entraîne par le Fils vers le Père. La plénitude d l’effusion de l’Esprit en Marie, sa Pentecôte personnelle…, est peut-être antérieure à sa présence au Cénacle où l’Esprit descend sur les Apôtres : c’est déjà l’Annonciation, où l’Esprit manifeste sa prédilection pour Elle. Dès son Immaculée Conception s’accomplit en Marie la nouvelle création signifiée par la Pâque du Christ, et la libération du péché dont parle l’Evangile aujourd’hui. Au pied de la croix de Jésus, Marie reçoit le Souffle rendu par son fils et associé à sa fonction maternelle. L’Esprit se donne toujours à qui s’ouvre à son don. Toutes les étapes du mystère chrétien apparaissent en Marie comme un fruit unique de l’Esprit. Sa vie dans l’Esprit trace la voie que l’Eglise entière est appelée à suivre. L’Ascension, c’est l’Annonciation faite aux Apôtres. « Vous allez recevoir une puissance, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous : vous serez alors mes témoins ». Et comme à l’Annonce faite à Marie, l’Ange est là, pour authentifier. La Pentecôte, c’est la Visitation, une nouvelle visitation aux nations, et St Luc, qui en transmet le récit, y laisse entendre des échos du Magnificat de Marie : « tous nous les entendons proclamer dans nos langues les merveilles de Dieu »… Marie est présente quand il faut prier pour que la grâce nous soit donnée. - Nous sommes tous « temple » du Saint-Esprit – mais, en ce qui nous concerne, un temple souvent ouvert à tous les vents…, à tous les vents du monde et de ses idéologies, à tous les vents contraires… Heureusement, il y a Marie ! Et heureux le disciple qui accueille Marie comme véritable Temple de l’Esprit ; dans son sein peut naître encore un enfant de Dieu qui ne trouvera refuge qu’en Lui. Je ne conclus pas puisque je n’ai pas voulu raconter d’histoire… mais dans ce sanctuaire de la Consolatrice des affligés, je termine par cette prière : « Envoie ton Esprit, Seigneur, sur tous ceux qui cherchent un consolateur et qui se tournent d’instinct vers Marie pour lui confier leurs détresses, leur solitude, leurs nécessités… » Amen! Robert Witwicki sm
7e dimanche de Pâques année A- 2011 « Ils
participaient fidèlement à la prière, avec quelques femmes dont Marie, mère de Jésus, et avec ses frères » Ac 1, 14 Les jours qui séparent l’Ascension de la Pentecôte constituent un temps marial privilégié, un peu comme le quatrième dimanche de l’Avent ou le Samedi Saint. L’image qui s’impose est celle que suggère le quatrième Evangile lui-même dans le passage que nous lisions vendredi dernier : « La femme qui enfante est dans la peine parce que son heure est arrivée. Mais quand l’enfant est né, elle ne se souvient plus de son angoisse, dans la joie qu’elle éprouve du fait qu’un être humain est né dans le monde. Vous aussi, maintenant, vous êtes dans la peine, mais je vous reverrai et votre joie, personne ne vous l’enlèvera » (Jn 16, 22) La chambre haute de Jérusalem où se tiennent les apôtres et les femmes est comme le ventre maternel dont bientôt va être expulsée l’Eglise missionnaire, sous la poussée de l’Esprit Saint. Le récit des Actes évoque le chemin qu’ils viennent de parcourir pour y accéder : du Mont des Oliviers au centre de la ville il faut descendre dans la profonde vallée du Cédron avant de grimper la pente opposée qui mène à la cité de David. C’est un beau symbole de la dure épreuve qu’ils viennent de traverser avec Jésus, leur Maître, abaissé jusqu’à la mort des criminels, avant d’être exalté dans la vie glorieuse de Pâques par Dieu son Père. Tout comme le corps glorieux du Christ reste marqué par les stigmates de sa Passion ainsi le corps apostolique, handicapé par la perte d’un des leurs : les Douze ne sont plus que onze et cela pèse sur leur cœur. Mais il y a aussi avec eux les femmes, dernières à avoir quitté le tombeau scellé de Jésus, premières à l’avoir vu ouvert, au matin de Pâques, premières en chemin pour annoncer à Pierre et à ses compagnons la grande nouvelle : Il est ressuscité ! – Ils sont donc là, maintenant, à la fois libérés et enfermés. Ils prient, ils se préparent dans ce séminaire à un grand jour qu’ils attendent de l’intervention de Dieu lui-même, selon la promesse fait par le Seigneur avant sa disparition de devant leurs yeux de chair. Veille de Pentecôte : « ils participaient fidèlement à la prière avec quelques femmes, dont Marie, mère de Jésus, et avec ses frères ». Avons-nous le sentiment, aujourd’hui, de vivre au cœur de notre Eglise quelque chose de cette expérience de salle d’accouchement ? Croyons-nous qu’il y a aujourd’hui, pour nous, chrétiens, une grâce du Cénacle ? Le passé récent de notre Eglise nous donne peut-être plutôt l’impression d’être au fond du Cédron, dans la vallée de l’ombre et de la mort ; le corps de l’Eglise éprouve douloureusement les blessures qui lui ont été causées par les scandales récents, par les failles qui menacent son unité et par les replis crispés d’une partie des chrétiens sur un passé qui ne reviendra pas. Tout cela est vrai. La Lettre de Pierre vient de nous rappeler que la tourmente des chrétiens peut avoir deux causes et deux significations opposées : il se peut que le monde nous fasse souffrir parce que nous sommes « meurtriers, voleurs, malfaiteurs, dénonciateurs… », pour reprendre les termes de la lettre. Dans ce cas : au tribunal ! - « Mais si c’est comme chrétiens, parce que vous voulez communier aux souffrances du Christ…, réjouissez-vous car l’Esprit de Dieu, l’Esprit de gloire repose sur vous ! » Mais si nous sommes sincères et convaincus lorsque nous professons que nous croyons en l’Esprit-Saint et en Marie, Mère de l’Eglise, nous ne pouvons pas rester au fond du Cédron ; nous devons grimper l’autre versant jusqu’à la chambre haute où l’Esprit qui a ressuscité Jésus d’entre les morts est en train de préparer une nouvelle Pentecôte, comme il en a suscité de nombreuses au cours des deux mille ans de la vie de l’Eglise du Christ. Alors posons-nous la question : où voyons-nous les signes du prochain printemps de l’Eglise ? croyons-nous qu’elle va accoucher de quelque chose de bon pour les jeunes générations de notre monde ou n’est-ce là que rêverie illusoire sur une Eglise dont la disparition serait déjà programmée ? La célébration du Christ nous ramène sans cesse à l’Alpha de l’Eglise, à ses origines et à ce qui en a été transmis au cours des siècles. Mais la fête de l’Ascension nous oriente résolument vers l’Oméga de cette même Eglise, de cette Eglise tournée vers l’avenir, vers son avenir, vers le chemin qui s’ouvre devant Elle, et vers l’avenir – ou « le revenir » - du Seigneur en gloire. « Viens, Seigneur Jésus ! » Une des manières les plus sûres de nous ouvrir à l’avenir voulu par le Seigneur et l’Esprit, c’est de « méditer dans notre cœur », avec et comme Marie et la communauté du Cénacle, ce que Jésus a vécu, a fait et nous a enseigné. – Ce que nous fait faire le Rosaire ! - C’est d’entrer profondément dans la prière de Jésus lui-même au moment où il se dispose au grand passage du mont des Oliviers à travers le Cédron vers la colline du Calvaire pour être élevé de terre et, là, attirer à lui tous les hommes. Le fondement solide de notre foi chrétienne sera toujours le mystère du Père, scruté avec toute notre intelligence et notre cœur et prié avec la ferveur et la confiance d’un vrai enfant de Dieu, à l’exemple et à la suite du Fils Premier-né, Jésus Christ. L’Evangile d’aujourd’hui est donc moins à commenter qu’à prier avec Jésus, avec Marie, avec les Apôtres. Si nous fondons notre espérance sur le Père, nous pouvons regarder l’avenir avec confiance. Osons-nous croire que c’est aussi de nous que Jésus dit au Père : « Ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi… Ils ont vraiment reconnu que je suis venu d’auprès de toi et ils ont cru que c’était toi qui m’avais envoyé ». A la Pentecôte l’Esprit de Dieu qui a envoyé le Fils envoie aussi ses disciples, son Eglise, hommes et femmes, nous envoie dans le monde, pour y continuer l’œuvre du Fils et apprendre aux jeunes d’aujourd’hui à dire « Notre Père ». Alors, comme Jésus et avec Marie, prions pour les familles chrétiennes où l’on apprend à vivre en parents et en enfants selon le projet de Dieu, le Créateur ; prions pour les jeunes qui vont se rassembler à Madrid pour dire ensemble « Notre Père ». Prions pour les enfants du caté, prions pour les séminaristes et les novices, prions pour les couples qui, cet été célèbrent le sacrement de l’amour ; prions pour les chrétiens qui travaillent à enfouir le levain de l’Evangile dans les réalités politiques, sociales, culturelles… de notre monde. Prions pour les théologiens et les théologiennes qui nous aident à éclairer mutuellement foi et raison… Par tous ceux là, et beaucoup d’autres, se prépare l’avenir de la cause du Christ et de l’Evangile dans notre monde. Par eux, l’Esprit actualise la Pentecôte, l’accouchement d’un monde transfiguré par le Christ Ressuscité, chemin, vérité et vie pour les hommes. Dans la chambre haute on regarde vers en haut, on se tourne vers l’avenir, on fait confiance à Dieu. « Fais-nous croire, Seigneur, que le Sauveur est encore avec nous jusqu’à la fin des temps, comme il nous l’a promis. » Amen !
P. Robert Witwicki sm Solennité de l’Ascension du Seigneur Année A – 2 juin
2011 « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? » Pendant quarante jours les apôtres s’étaient bien habitués progressivement aux apparitions de Jésus ressuscité. Certes ce n’était plus comme du temps où ils parcouraient avec lui les routes de Palestine, accompagnés d’immenses foules enthousiastes. Et puis il y avait eu le drame, l’opposition des Pharisiens, des autorités religieuses, le rejet de Jésus par les foules et la collusion avec le pouvoir romain pour un procès inique, la condamnation et l’exécution. Seuls quelques privilégiés avaient eu la joie de découvrir que Jésus était ressuscité. Et maintenant avec son départ, ils allaient être témoins de la puissance de Dieu qui avait ressuscité leur Maître et Seigneur. Mais pour l’instant, Jésus leur donne l’ordre de rester à Jérusalem dans l’attente de cette force et de cette clairvoyance nécessaires pour réaliser leur mission : « C’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici quelques jours. . . Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? » Il est bien difficile une fois de plus de s’adapter à une nouvelle présence de Jésus. Désormais, il est présent, mais il n’est plus visible. « Je suis avec vous, dit-il, tous les jours jusqu’à la fin du monde. » Quelle est donc ce nouveau mode de présence ? En premier lieu, il y a tout son enseignement dont ils ont été les auditeurs privilégiés pendant les trois années de vie publique. Il y a aussi sa présence sacramentelle dans le pain et le vin qui deviennent par sa parole, son Corps et son Sang. Et ils ont mission de le rendre présent par leur ministère : « Faites ceci en mémoire de moi. » Et maintenant, ils vont être investis par l’Esprit Saint qui leur fera comprendre toutes choses, les rendra témoins et témoins efficaces. L’intelligence de Dieu dans le cœur des apôtres pour dire le message dans toute sa pureté. Mais il y a plus, si Jésus ressuscité retourne auprès de son Père, sa mission accomplie, c’est pour préparer une place auprès de lui pour tous ceux qui croient en lui. « Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure ; sinon, est-ce que je vous aurais dit : Je pars vous préparer une place ? Quand je serai allé vous la préparer, je reviendrai vous prendre avec moi ; et là où je suis, vous y serez aussi. » (Jn 14, 2-3) Si Jésus retourne auprès de son Père, c’est pour réaliser la phase finale du dessein divin. Après la rupture, à cause du péché, de l’Alliance initiale entre Dieu et l’humanité, le Père a envoyé son Fils pour que, par sa Passion et sa Résurrection, il réalise le salut en faveur de toute créature humaine à travers les âges. Mais ce salut, s’il est l’œuvre exclusive de Dieu, n’en demande pas moins l’assentiment des créatures auxquelles il est proposé. C’est une question de liberté puisque Dieu nous a voulu à son image et ressemblance, c’est-à-dire, capables d’aimer et de choisir. Ainsi, Dieu associe ceux qui adhèrent à lui par la foi à son œuvre de rédemption par le moyen du témoignage. C’est en premier lieu la mission des apôtres, mais aussi, et jusqu’à la fin des temps, celle de l’Eglise, Corps du Christ dont il est la tête. Désormais, le Christ est de nouveau dans la gloire, comme il l’était de toute éternité avant sa venue dans le monde. Mais on ne peut dissocier la tête du corps, ainsi, l’Eglise est promise à cette gloire auprès du Père, en Christ, dans l’Esprit Saint. Reste aux croyants d’être témoins du salut apporté par le Christ. C’est l’œuvre des apôtres, c’est l’œuvre de l’Eglise, c’est l’œuvre de ses membres, c’est l’œuvre de chacun de nous. C’est une bonne nouvelle que nous avons à transmettre, mais d’abord à vivre : Celui qui nous a créés par amour, nous a offert le salut et nous donne accès à la vie d’amour en lui. Entre l’Ascension et la Pentecôte, dix jours nous sont offerts, pour qu’à l’instar des apôtres, nous attendions dans la prière, d’être renouvelés par l’Esprit Saint. Certes il est déjà présent et investit le cœur de l’Eglise, mais il est bon chaque année de faire cette expérience de cette attente où nous sollicitons son action agissante dans nos vies.
P. Jean-Edouard Gatuingt sm
6e dimanche de Pâques Année A - 2011 « Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant toux ceux qui vous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en vous – avec douceur et respect » (I P 3, 15) Nous avons fêté Pâques il y a 6 semaines, le 24 avril, et dans
quelques jours nous célébrons le départ de Jésus vers le Père, son
Ascension au ciel, qui marque la fin des merveilleuses rencontres de Jésus
ressuscité avec ses disciples, femmes et hommes. Pendant ces semaines,
nous avons relu avec bonheur les récits de ces rencontres – avec
Marie-Madeleine – « ne
me retiens pas, je dois monter vers mon Père ! »
-, avec les disciples d’Emmaüs – « cœurs
lents à croire ce qu’on dit les Ecritures ! Ne fallait-il pas
que le Fils de l’homme souffrît cela pour entrer dans la gloire ? » -, avec Thomas – « Mon Seigneur et mon
Dieu ! »-, avec Pierre : « Pierre,
m’aimes-tu ? »…
Jésus nous a également initiés au mystère du Père et de l’Esprit,
et nous a introduits petit à petit dans cette relation mystérieuse
avec le Père qui est faite de vie, d’amour, de connaissance, de créativité,
d’intimité, de paix, de joie… - Si l’on avait interviewé le diacre Philippe dans cette ville de
Samarie où il annonce avec succès que Jésus est le Messie et opère
de nombreuses guérisons, en lui demandant : pourquoi fais-tu cela ?
pour qui roules-tu ? – il aurait répondu : A cause de Jésus ! On aurait pu également demander ensuite à Pierre et Jean :
pourquoi êtes-vous venus de Jérusalem imposer les mains aux nouveaux
baptisés de Samarie ? – Eux aussi auraient répondu : A
cause de Jésus ! Car c’est lui, Jésus, qui a promis d’envoyer
sur nous l’Esprit-Saint et qui nous a demandé de nous ouvrir à sa présence
et à son action. « A
cause de Jésus »
est le titre d’un livre à succès de Mgr Joseph Doré, connu comme
ancien archevêque de Strasbourg mais tout autant comme initiateur
d’une collection de 100 livres sur « Jésus et Jésus-Christ ».
C’est un théologien passionnément amoureux de Jésus et de son
Eglise. « A cause de Jésus » est la devise de sa vie, en
particulier de son épiscopat. Il raconte qu’à chaque fois que ses
supérieurs lui demandaient quelque service qui dérangeait ses projets
personnels – quitter son séminaire de Nantes pour Rome, enseigner à
la catho de Paris en 1968, devenir évêque de Strasbourg à 60 ans…-
à chaque fois, après un sérieux discernement et la prière, il répondait
oui – A
cause de Jésus ! - A la question de Saint Pierre : comment justifiez-vous l’espérance qui est en vous, mes frères et mes sœurs chrétiens ? demandons-nous, personnellement, si nous pouvons répondre en toute sincérité : A cause de Jésus ! Heureux les missionnaires de l’Evangile de par le monde si, interrogés à la suite du diacre Philippe, sur la raison qui les a poussés à quitter leur pays et leur famille, à renoncer à toute carrière, à risquer leur santé et peut-être leur vie, ils peuvent répondre , eux aussi : « a cause de Jésus ! » Heureux les moines et les moniales, heureux les chartreux, heureux les ermites qui, interrogés sur leur vocation et leur choix de vie, peuvent répondre tout simplement : à cause de Jésus ! Heureux les prêtres et les évêques qui ont fait le pas en avant lors de leur ordination pour cette raison ultime et vraiment pas pour une autre : à cause de Jésus ! On a certainement interviewé l’un ou l’autre des participants à la marche pour la vie, le samedi 16 mai, à Bordeaux. Pourquoi vous êtes là, dans ce cortège ? – heureux ceux qui ont pu répondre tout simplement : à cause de Jésus ! Parce que Jésus m’apprend que la vie est le grand don que Dieu nous fait, que la vie appartient à Dieu, que « tu ne tueras pas ! » est l’interdit fondamental de toute morale permettant aux hommes de vivre ensemble dans le respect mutuel, dans la confiance, dans la joie… La bio-éthique, les lois pour la vie : nous, les chrétiens, nous y tenons « à cause de Jésus ! » « Ayez une conscience droite… menez une vie droite – « à cause de Jésus », nous exhorte saint Pierre. Mieux souffrir pour avoir fait le bien que pour avoir fait le mal… Pourquoi ? – « A cause de Jésus ! » - « Car lui, juste et irréprochable, il est mort pour les coupables afin de nous introduire devant Dieu. » Risquer sa vie pour l’annonce de l’Evangile et mourir martyr ne peut pas avoir d’autre raison que celle-ci : à cause de Jésus. Alors, au moment où la liturgie de notre Eglise
nous met en communion avec Jésus passant de ce monde à son Père, nous
accueillons avec grand cœur ses ultimes exhortations : « si
vous m’aimez vous resterez fidèles à mes commandements. – Le monde
ne me voit plus, mais vous, vous me voyez vivant, agissant, par
l’Esprit qui habite en vous et qui vous fait vivre. La question ultime de Jésus à Pierre se pose à nous au moment où Jésus quitte ce monde : mes amis, si vous m’aimez, recevez mes commandements et restez-y fidèles. – « Oui, Seigneur, tu sais bien que je t’aime ! » Pourquoi s’imposer de suivre la voie balisée par ces radars pédagogiques que sont les commandements – commandements de Dieu, commandements de l’Eglise… ? - A cause de Jésus ! Alors nous sommes prêts à rendre compte de la foi, de l’espérance et de l’amour qui nous habitent et qui nous motivent : Pourquoi venez-vous à la messe le dimanche ? – à cause de Jésus ! Pourquoi revenez-vous, le dimanche apès-midi, prier le chapelet ? – à cause de Jésus, le fils de Marie. Pourquoi militez-vous pour le respect de la vie – de la vie qui commence et de la vie qui s’achève- ? pour la justice et la solidarité entre riches et pauvres ? pourquoi ne voulez-vous pas que le dimanche devienne un jour comme les autres – travail et commerce ? - pourquoi faire baptiser vos enfants et les envoyer au caté ou encore, surveiller ce qu’ils regardent sur Internet.. : à cause de Jésus ! Comment pouvez-vous regarder avec amour et confiance ce monde où il se passe tant de catastrophes, de crimes horribles, de drames bouleversants.. ? – A cause de Jésus, car le Père à tant aimé ce monde qu’il a envoyé dans ce monde son fils unique ! Et quand ce fils s’en retourne vers le Père, ce n’est pas pour se débarrasser de ce monde mais pour nous préparer notre place dans la maison du Père pour l’éternité. A cause de Jésus… : fervente semaine, dans la joie, le courage et la paix du cœur ! Amen !
4e dimanche de Pâques 2011 - Dimanche des vocations
Début de la messe (Benoît XVI) Le premier geste de Jésus,
quand il a appelé ses plus proches collaborateurs pour annoncer le Règne
de Dieu (cf. Lc 10,9) a été de prier pour
eux. Jésus a passé la nuit, seul, en prière et à l’écoute de la
volonté du Père (cf. Lc 6,12). Les
vocations au ministère sacerdotal et à la vie consacrée sont avant
tout le fruit d’un contact permanent avec le Dieu vivant et d’une
prière insistante qui s’élève vers le «Maître de la moisson»
tant dans les communautés paroissiales, que dans les familles chrétiennes
ou dans les groupes vocationnels. Homélie «Suis-moi!» - Aux hommes à qui Jésus adresse cet appel, il fait une proposition exigeante et exaltante, - déclare Benoît XVI, dans son message pour ce dimanche de prière pour les vocations -: il les invite, dit-il, à entrer dans son amitié, à écouter attentivement sa Parole et à vivre avec lui; il leur enseigne le don total à Dieu et à l’annonce de son Règne selon cette loi de l’Évangile : «Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul; mais s'il meurt, il donne beaucoup de fruit » (Jn 12,24). Jésus invite ceux qu’il appelle à sortir de leur volonté fermée sur elle-même, à abandonner l’idée d’une réalisation de soi, - à faire carrière - pour se plonger dans une autre volonté, celle de Dieu, et se laisser conduire par elle; il leur fait vivre une fraternité qui naît de cette disponibilité totale à Dieu (cf. Mt 12,49-50), et qui devient le caractère distinctif de la communauté de Jésus: «Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres» (Jn 13,35). Suivre le Christ est exaltant mais aussi exigeant. Il s’agit d’apprendre à fixer son regard sur Jésus, à le connaître intimement, à l’écouter dans la Parole et à le rencontrer dans les Sacrements. Il s’agit d’apprendre à conformer sa propre volonté à la Sienne. Dans le monde actuel, la voix du Seigneur est souvent étouffée par d’« autres voix » ; l’invitation de Jésus à le suivre en donnant sa vie peut apparaître trop difficile… Ceux qui reçoivent l’appel du Seigneur et qui disent ‘oui’ à Dieu et à l’Église ont besoin de sentir que la communauté chrétienne est proche d’eux et qu’elle réalise elle-même la grandeur du service que le prêtre veut rendre aux hommes : à savoir, leur révéler, leur donner Dieu ! pas moins ! - Dieu qui s’est rendu visible en Jésus Christ et qui nous rassemble dans l’Église universelle pour apprendre à son école, avec lui et par lui, la vraie vie et pour tenir présents et rendre efficaces les critères de l’humanité véritable. Rappelons-nous l’insistance de Jean-Paul II à présenter Jésus Christ comme le révélateur et le sauveur de l’homme, en toute sa dignité et dans la grandeur de sa vocation d’enfant de Dieu. Entrer dans la volonté de Dieu, insiste encore Benoît XVI, n’annihile ni ne détruit la personne, mais lui permet de découvrir et de suivre la vérité la plus profonde sur soi; à vivre la gratuité et la fraternité dans les relations avec les autres, car c’est seulement en s’ouvrant à l’amour de Dieu qu’on trouve la vraie joie et la pleine réalisation de ses aspirations. »
Frères et sœurs, le message du pape nous interroge : est-ce bien ce type de prêtres que nous voulons ? Ne les imaginons-nous pas souvent comme de simples fonctionnaires de Dieu, qu’on appelle à l’occasion comme un livreur de pizzas, comme le SAMU ? – "On a la salle et le traiteur pour notre mariage, il nous reste à trouver un curé ! La galère !" – Par contre il y a des agences de pompes funèbres qui fournissent l’eau bénite et le prêtre pour le cimetière : ça, c’est formidable ! - Faisons-nous une différence entre la fermeture des écoles, quand l’Etat supprime des milliers de postes d’enseignants, ou la disparition des bureaux de poste dans les villages… et la fermeture des églises ? Où situons-nous l’enjeu de tout cela ? Si nous n’arrivons pas à faire mûrir plus de vocations dans nos familles chrétiennes, n’est-ce pas, peut-être, parce que nous aurions une piètre idée de cette vocation et que nous ne souhaiterions pas vraiment cette carrière pour nos jeunes ? C’est notre propre amour du Christ, c’est la nature et le degré de notre appartenance à l’Eglise du Christ qui sont aujourd’hui interrogés… Revenons alors à la Parole de ce dimanche, si lumineuse, si forte. Pierre, que les Actes nous montrent debout, en train de haranguer les foules de Jérusalem, est le type de ceux que Jésus a appelés. Ce ne sont pas ses doctorats qui ont fait de lui le premier pape, mais l’appel de Jésus et la réponse généreuse de ce pêcheur courageux et généreux, prêt à se jeter à l’eau, disposé à suivre Jésus jusqu’à la croix. Le vrai tournant de sa vie, c’est sa rencontre avec Jésus Ressuscité lui demandant : « Pierre, m’aimes-tu ? M’aimes-tu vraiment ? » - « Jésus, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime !! » Ce n’est plus le Pierre ridicule tirant l’épée et coupant l’oreille d’un soldat dans le jardin de Gethsémani ; le glaive de sa parole pénètre maintenant jusqu’au fond des cœurs : « Frères, que devons-nous faire ? » - Détournez-vous de cette génération égarée, tournez-vous vers le Christ, accueillez l’Esprit Saint ! – voilà ce que dit Pierre, et les autres Apôtres avec lui. C’est le Seigneur qui est mon berger ! - chantons-nous en ce dimanche. Mais est-ce vrai, concrètement ? Nous pouvons tester l’authenticité de notre déclaration à la lumière de la Parole du jour. « Les brebis écoutent la voix du berger ». Première question, donc : quand et comment est-ce que j’écoute la voix de Jésus ? combien de temps est-ce que je consacre chaque jour à l’oraison ? « Je suis la porte des brebis. On entre en passant par moi ; on sort librement vers les pâturages. Je suis venu que vous ayez la vie en abondance » Deuxième question : Est-ce que ma relation au Christ, dans la bergerie qu’est son Eglise, me fait respirer la vie à pleins poumons, est-ce que j’y fais l’expérience de la liberté des enfants de Dieu ? Est-ce que l’Evangile éclaire les grandes questions que je me pose dans la vie ou est-ce que je cherche ailleurs cette lumière ? « Si l’on vous fait souffrir alors que vous avez bien agi, ne vous scandalisez pas mais réjouissez-vous car ce type de souffrance vous rapproche du Christ ; lui le premier a été insulté, accablé de souffrances alors qu’il était innocent ; c’est pas ses blessures que vous êtes guéris ! » - C’est dans la Lettre de Pierre… - Troisième question : est-ce que je prie pour que Dieu enlève toute souffrance de ma vie ou au contraire pour avoir la grâce de souffrir en communion avec le Christ et de participer ainsi avec lui à la guérison du monde ? Jésus est le berger qui sacrifie sa vie pour ses brebis. C’est par le chemin de la croix que Jésus m’entraîne au sommet. La route goudronnée qui esquive la croix me fait sortir du circuit du Christ. - Frères et sœurs, il y a là de quoi méditer et s’interroger longuement. Je vous propose donc d’y consacrer du temps en ce dimanche des vocations.... Et certainement que nous retrouverons là foi et amour pour chanter en vérité : « Tu es mon berger, ô Seigneur, rien ne saurait me manquer où tu me conduis ! » Qu’il en soit vraiment ainsi ! Amen !
P. Robet Witwicki sm
3ème dimanche de Pâques –
Année A 8 mai 2011 « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route, et qu’il nous faisait comprendre les Ecritures ? » L’évangile des disciples d’Emmaüs relate d’abord une expérience spirituelle intérieure. La transformation du cœur des disciples se fait à partir des Ecritures commentées par Jésus lui-même. Lorsque Jésus les rejoint sur le bord de la route, les disciples tournent le dos à Jérusalem, au Temple, lieu privilégié de la présence de Dieu pour les juifs. Ils sont écrasés de tristesse et repassent entre eux les événements de ces derniers jours, la fin de leurs illusions. Ils avaient cru en ce Jésus, « prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple ». Mais voilà qu’il a été arrêté par les autorités religieuses et civiles, condamné et exécuté. Et cela fait trois jours qu’il est mort. Comment désormais organiser sa vie ? Et pourtant, il faut vivre, retourner à son quotidien. N’est-ce pas parfois ces sentiments que l’on éprouve, en particulier lors du décès d’un proche ? Les disciples d’Emmaüs sont tellement enfermés dans leur peine qu’ils n’ont pas reconnu Jésus en cet étranger qui les accoste. Ils n’ont pas plus été interpellés par le témoignage des femmes qui ont trouvé le tombeau vide et sont venues dire qu’elles avaient vu des anges disant que Jésus était vivant. Ils sont inconsolables, tous leurs espoirs, terrestres entre autres - ils espéraient que Jésus serait le libérateur d’Israël - se sont évanouis le vendredi précédant la Pâque. N’avons-nous pas la tentation parfois de nous laisser enfermer dans notre souffrance sans vouloir chercher à en sortir ? « Comme votre cœur est lent à croire tout ce qu’on dit les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ? » C’était écrit ! alors pourquoi n’ont-ils pas fait le rapprochement entre la vie de Jésus qu’ils connaissaient et ce qui était annoncé ? Mais comment imaginer qu’un libérateur puisse être faible, qu’un sauveur puisse sauver en mourant ? C’est tellement loin de nos schémas humains ! Or c’est pourtant en se mettant au plus bas de la condition humaine que Jésus, Fils de Dieu fait homme, a pu rejoindre les hommes dans toutes leurs limites. Comme le dit saint Paul dans sa lettre aux Philippiens « Jésus s'est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu'à mourir, et à mourir sur une croix. C'est pourquoi Dieu l'a élevé au-dessus de tout ; il lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms, afin qu'au Nom de Jésus, aux cieux, sur terre et dans l'abîme, tout être vivant tombe à genoux, et que toute langue proclame: ‘Jésus Christ est le Seigneur’, pour la gloire de Dieu le Père. » (Philippiens 2, 8-11) Car la gloire du Père et aussi celle du Fils n’a rien à voir avec la gloire que l’on recherche bien souvent dans ce monde et dont tous les journaux people sont friands, ainsi que leurs lecteurs d’ailleurs ! La gloire de Dieu passe par le service. Dieu est au service de l’homme, de son vrai bonheur. « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant » proclame saint Irénée. C’est-à-dire que par le sacrifice du Fils, désormais l’homme a accès à la vie en Dieu. Il est désormais vivant. Il est promis pour la vie éternelle et déjà vit de cette vie. La certitude de cette affirmation réside dans le fait que Jésus, vrai Dieu tout en étant vrai homme, après sa mort est de nouveau vivant et s’est manifesté à plusieurs de ses disciples, et entre autres aux pèlerins d’Emmaüs. Ils le reconnurent à la fraction du pain. Désormais c’est le signe eucharistique qui est révélation de la résurrection du Christ. C’est le Vivant, le Ressuscité que nous recevons, avec lequel nous entrons en communion. Celui qui nous transforme de l’intérieur par sa Parole et son Eucharistie. L’Eglise ne cesse de dire ce message et d’en vivre depuis le jour de la Pentecôte où Pierre, en présence des autres apôtres, habités comme lui par l’Esprit Saint, déclara à la foule : « Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous nous en sommes témoins ». Nous, l’Eglise d’aujourd’hui, à notre tour de transmettre ! Notre cœur est-il tout brûlant lorsque nous quittons l’église après la messe ? Comme les disciples d’Emmaüs, nous devons partir annoncer la Bonne Nouvelle. Celle qui efface toute tristesse, qui supprime toutes les peurs et les angoisses, celle qui donne sens à notre vie terrestre car elle nous ouvre à une vie éternelle de communion avec le Dieu d’amour.
P.
Jean-Edouard Gatuingt sm
Pâques 2011 - messe du jour.
Dimanche dernier, vous êtes allés porter un rameau béni sur la tombe de vos proches : avez-vous vu, comme Marie Madeleine, que « la pierre a été enlevée du tombeau » ? Pâques commence donc ainsi : l’aube d’un jour nouveau, une porte ouverte, la porte de l’au-delà de notre mort. Une course éperdue entre ville et cimetière, de Marie-Madeleine, de Simon Pierre, de « Celui que Jésus aimait », de ceux que Jésus aimait, de ceux qui aimaient Jésus jusqu’à vouloir mourir avec lui… Ils l’avaient suivi au plus près dans sa marche à la mort ; ils avaient recueilli ses dernières volontés et son ultime souffle de vie sur la Croix. Madeleine était restée aussi longtemps qu’elle avait pu, assise devant le tombeau où Joseph d’Arimathie avait déposé le corps de Jésus avant de rouler devant la grosse et lourde pierre… Et maintenant, le tombeau est ouvert ! Le cœur de Madeleine est, d’un coup, libéré d’une pression énorme comme une bouteille de Champagne quand le bouchon saute au loin dans une sympathique explosion. « On a enlevé le Seigneur de son tombeau »… Madeleine n’a pas regardé de près ; elle bute sur « On » : « on » l’a enlevé ; « on » l’a mis dans un lieu inconnu… L’‘autre disciple’, arrivé au tombeau en courant, se penche et voit que le linceul est resté dans le tombeau ; à la suite de Pierre, il voit aussi le linge qui avait recouverte la tête de Jésus… Et les yeux de sa foi s’ouvrent d’un coup : il voit ce que disaient les Ecritures : « il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts ». C’est son cœur aimant qui fait le pas dans la foi, qui croit le Ressuscité. Son cœur permet à ses yeux de voir et de lire le signe des linges. Le cœur aimant et croyant du disciple lui fait voir à l’intérieur du tombeau, un Vivant ; Lui fait voir à l’intérieur des Ecritures de la Bible une Parole, le Verbe, qui s’incarne – Jésus, Fils de Dieu, devenu fils de Marie de Nazareth ; Lui fait voir à l’intérieur du pain rompu, une Présence bien réelle – Ave verum corpus natum de Maria Virgine.. ; Lui fait voir à l’intérieur de Dieu, du « je crois en Dieu » - un cœur qui bat d’Amour ; Lui fait voir en toute personne humaine une ouverture par où le Vivant peut entrer en lui ; Lui fait voir à l’intérieur des églises et des communautés rassemblée que Jésus est là, sans effraction, au milieu de ceux qui croient en lui et qui le célèbrent. C’est si simple à dire et si grand à vivre : « tu es là, au cœur de nos vies, et c’est toi qui nous fais vivre, toi le vivant, ô Jésus-Christ ! »
Nous sommes là ce matin, frères et sœurs, pour fêter l’événement qui est au centre de notre foi de chrétiens, disciples de Jésus ressuscité. Heureux aussi, comme Pierre chez le centurion Corneille à Césarée, de pouvoir agrandir, par la célébration du baptême, le cercle de celles et de ceux qui partagent notre foi et notre espérance, de faire grandir l’Eglise-famille de Dieu. Tandis que les récits que nous venons de lire réveillent notre foi pascale et nous font refaire le pèlerinage au Saint Sépulcre où prend flamme notre foi chrétienne, laissons-nous aussi retremper dans l’eau du baptême et retrouver, à travers les rites du sacrement que nous allons célébrer, la jeunesse de notre foi. Chers parents, parrain et marraine, c’est à vous qu’il revient de prendre vos enfants par la main pour leur apprendre à marcher sur les pas de Jésus, notre Maître et notre Seigneur. Que cela ne vous effraye pas : il y a une grâce donnée par le baptême, et c’est elle qui fait l’essentiel du travail dans le cœur de vos petits. Quand un adulte se fait baptiser, il perçoit bien que la grâce le travaille : il se pose des questions, il purifie peu à peu son cœur… et à partir du baptême, il avance avec plus d’assurance sur le chemin de sa vie. Sa foi, d’abord balbutiante et en recherche, soutenue par la foi des accompagnateurs, devient foi personnelle, et responsable à son tour des autres qui cherchent… Pour le bébé innocent ou le petit enfant, c’est un peu différent, bien sûr. Cependant faire baptiser un enfant ça change beaucoup.. d’abord pour les parents, n’est-ce pas ? Vous avez pris une décision libre et responsable qui ne pouvait être qu’un acte d’amour pour vos enfant : en les faisant baptiser, vous leur offrez ce qu’il y a de plus beau et de plus éternel. L’eau du baptême qui coule sur l’enfant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit le fait renaître à une nouvelle vie, la vie avec Dieu, Dieu qui est vie et amour, relation vivante et aimante entre le Père, le Fils Jésus et l’Esprit de communion, de lumière et de paix. A partir du baptême, la grâce de Dieu est présente et active en l’enfant, comme un germe divin, et elle attend de s’épanouir pour le guider sur le chemin de la sainteté ; pas moins ! Sainteté étant synonyme d’amour de charité. Comment la graine semée dans l’enfant au jour du baptême par la volonté des parents va-t-elle s’épanouir et porter fruit ? – Encore par le travail des parents, aidés des parrain et marraine et des autres membres de la famille ! Ayant fait baptiser leur enfant, les parents se constituent par le fait même éveilleurs et éducateurs de la foi de leurs petits. Comment faire ? – Vous pourriez vous-même répondre, vous avez l’expérience… – Perla, une maman d’Ile de France, témoigne : très tôt, nous avons parlé à nos enfants de Jésus et de Marie, pour qu’ils leur deviennent familiers. Bébés, ils touchaient Jésus sur la croix, ils avaient leur petite statue de Marie, même dans leur lit ; ils écoutaient des chansons d’Evangile et des prières chantées… Enfants, ils avaient des livres et des DVD sur la Bible, adaptés à leur âge et découvraient l’histoire des croyants de la Bible. Ils développaient ainsi une relation personnelle avec Jésus, ils lui parlaient, ils le découvraient proche d’eux, et même en eux. « Si vous voyagez sur terre, disait Madeleine Delbrêl, vous trouvez beaucoup de traces de Dieu mais si vous descendez au fond de vous-mêmes, vous trouverez Dieu lui-même présent. » A travers leurs joies mais aussi à travers les moments pénibles de leur vie, ils sentent que Dieu les aime toujours, qu’il est toujours présent. Leur vie intérieure se développe ainsi comme leur vie affective et leur vie intellectuelle… Nous emmenons les enfants à des retraites pour familles et nous sommes émerveillés de voir que les enfants, déjà tout petits, sont très doués pour adorer et louer le Seigneur. Nous prions en famille pour que les enfants se familiarisent avec la parole de Dieu ; nous les envoyons au catéchisme avec les autres enfants pour qu’ils puissent poser leurs questions et être éclairés. Nous les mettons souvent en contact avec l’Eucharistie, où Jésus est réellement présent et même perceptible, comme Jésus ressuscité pour les premiers chrétiens… Tout ce travail de parents chrétiens n’est pas toujours facile ; nous avons souvent senti nos limites. Mais peu à peu nous avons mieux réalisé qu’en fait, le plus gros travail est fait par Dieu lui-même : c’est lui qui agit sur la sainteté des enfants, par son Esprit ; et nous, nous accompagnons le travail de Dieu. Plus tôt on familiarise les petits avec ce que nous, adultes, nous appelons des mystères : la Trinité, Jésus ressuscité, Jésus présent dans l’hostie Eucharistie.. plus ils peuvent en vivre en grandissant… La grâce du baptême produit ses fruits dans leur vie. » Comme Marie-Madeleine et les Apôtres lisant les signes du tombeau ouvert et des linges funéraires restés là, comme cette maman initiant ses enfants à la foi par des objets religieux tout simples, recevons à nouveau le message central de Pâques à travers les symboles mêmes de cette fête : l’eau qui donne la vie, le feu qui éclaire, qui réchauffe et qui brûle, l’huile qui imprègne et qui fortifie, le vêtement blanc qui dit qu’on est de Jésus-Christ, et plus les fleurs qui disent la joie et la fête, les œufs que l’on colore pour célébrer la vie qui naît… tout ça, c’est Pâques, c’est Jésus vainqueur de la mort, c’est le ciel ouvert et la vie qui ne finit pas. Alleluia !
P. Robert Witwicki sm Vigile pascale 2011
23
AVRIL
Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël,
|